Confidence pour confidence

Salut le blog,

ça fait un bout que j’ai pas pris le temps de t’écrire sur cette drôle de vie que je vis au Liban. Mais je pense que ça y est, j’ai compris pourquoi j’ai le syndrome de la page blanche… L’autre jour, j’ai entendu un truc pas mal vrai à propos de cette région du monde: « On y passe deux semaines, on se sent prêt pour écrire un bouquin, après trois mois, on a seulement envie d’écrire quelques pages et après un an, plus un seul mot ne sort ». Franchement, c’est pas faux.

C’est que ça remue pas mal de questions de vivre dans l’un des pays les plus compliqués du monde.

Tous les jours, je découvre des trucs, des enjeux politiques, des émotions, des différences culturelles, des impressions, des odeurs, des sentiments, des faits historiques, des goûts, des histoires, des vies. Franchement, je crois que je ne réalise pas encore vraiment toutes ces choses que je suis en train d’enregistrer.

Parfois, j’ai l’impression que j’avance pas, que je gagne pas assez de fric, que ma vie n’est pas sérieuse. Alors, je tourne en rond dans ma chambre et dans ma tête en rafraîchissant ma boite mail toutes les deux secondes. Et puis, soudain, je lève mon regard vers l’extérieur et ouvre les oreilles à autres choses que mes pensées intérieurs et je réalise toute cette vie qui est autour de moi…

Ce type qui hurle dans la rue pour vendre des trucs inutiles, ce voisin qui regarde sa télé trop fort, ces oiseaux qui sont en train de chanter, le gars qui remonte la porte de son garage bruyamment, ces enfants qui jouent en rigolant, les klaxons (ah ces fucking klaxons), ces feux d’artifices pour célébrer j’sais pas quoi (ça semble être une coutume nationale les feux d’artifices), le bruit des voitures qui remontent la rue, et cetera. Et c’est alors que j’aperçois; le ciel bleu toujours un peu voilé (par la poussière ou la pollution j’sais pas trop), les petits rideaux aux balcons tellement typiques de cette région, les fils électriques qui débordent de partout, les citernes remplies d’eau, le vent qui fait danser les fameux rideaux, les paraboles qui jalonnent les toits.

Et alors je réalise que je suis au Liban, et que bordel de dieu, faut profiter de la vie tant qu’on est vivants.

J’ai tellement de choses à te raconter.

Ça viendra. J’espère.

La suite au prochain numéro.

ps: si tu as aimé ce que tu as lu, tu peux liker la page FB du blog: https://m.facebook.com/unjourjetiendraiunblog/

PEACE, LOVE & TCHEU-QUELLE-VIE-ON-MENE-QUAND-MEME.

Mon téquar à sept heures quart.
Mon téquar à sept heures quart.

 

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Chronique de Beyrouth (4): on s’habitue à tout

Salut,

ça fait un bout que je t’ai pas écrit. Voilà maintenant cinq mois que j’ai quitté ma petite Belgique pour venir tenter un bout de nouvelle vie ici, au Liban. Cinq mois, c’est pas beaucoup, mais quand même, c’est pas rien non plus. Tu as le temps de découvrir, comprendre (un peu), t’attacher (beaucoup), prendre tes marques, créer des choses, apprendre quelques mots d’arabe, voir passer les saisons, te sentir bien.

Les coupures d’électricité quotidiennes, les embouteillages, les services (taxis collectifs), la belle lumière, les toilettes hypers propres partout, les enfants qui mendient, les supers riches à côté des supers pauvres, la bouffe mega bonne, le stress d’écrire une connerie dans un article de presse, s’apprivoiser, être payée en chèque, appeler ses proches par skype, avoir un internet de merde, parler de la guerre, vérifier si c’est l’électricité ou le générateur, recevoir des messages vocaux sur WhatsApp, se déplacer dans une ville sans adresse, relativiser les choses, voir des photos de martyrs sur la route, débrancher le frigo pour faire marcher le micro-onde, ne jamais boire l’eau du robinet, ne jamais jeter le pq dans la toilette, comprendre 1 mot sur 10 quand quelqu’un parle arabe, expliquer pourquoi je suis là, fermer la fenêtre quand ça pue la pollution, rencontrer des gens gentils et puis tout le reste aussi.

On s’habitue. A tout, enfin je crois.

C’est quand même marrant de réaliser qu’à un moment ce qui était inconnu et surprenant devient normal et confortable. Les repères changent, les habitudes aussi (oui je sais, ça on l’a compris).

Cinq mois que cette nouvelle vie à commencé, avec des (sacrés) défis personnels et professionnels. Vivre à deux + écrire pour du vrai = salut-je-deviens-une-adulte-qui-s’assume.

On va pas se mentir, au début, c’était pas vraiment si simple. Sortir de la zone de confort, tout ça. (Ho Hisse). Et puis, vient un beau jour où tu te réveilles sans te demander ce que tu fous là et soudain tu réalises que, ouais, ça y est, tu commences à faire tes marques.

Petit à petit l’oiseau fait son nid.

C’est beau je trouve de s’approprier un nouveau pays, des nouveaux amis, une nouvelle vie.

Voilà, voilà, je voulais te dire ça parce-que je passais par là,

Bisous de Beyrouth.

Welcome to Lebanon

Tcheu. Esti. Yalla.

C’est la nuit. J’ai une réunion dans huit heures. Mauvais timing pour avoir le clavier qui démange. Pas grave, demain, je boirai un double café.

Le blog, j’ai les neurones en ébullition et le cœur proche de l’explosion. Tout va vite en ce moment; le vent dans les arbres, les voitures dans les tunnels et puis le temps tout simplement.

Il y a un an, je m’apprêtais à partir vivre au Canada pour quelques mois. J’en avais gros sur le cœur et il y avait comme des nœuds dans mon cerveau. J’étais aussi forte qu’une feuille morte d’un été des indiens. J’ai traversé un océan, pleuré un peu, fait des sacrées côtes en vélo, mangé des betteraves, écouté des histoires, marché dans la neige, gravé une petite madame sur mon bras, levé mon pouce, baissé mes armes. C’était pas rien.

Un jour, j’ai redécouvert les verts pâturages et les maisons de briques. Ah, que j’étais heureuse de te retrouver petite Belgique. Les copains, ce Jeje si familier qui m’a ému aux larmes, le rythme effréné, les projets, les rires, la pluie contre laquelle on peste et le soleil dont on savoure le moindre micro rayonnement. Un tableau presque parfait. Mais les monstres cachés au fond du placard ont repointé le bout de leur nez. Petit à petit ils ont repris leurs places, entre le cœur et l’estomac. Bien à leur aise. Et ensemble ils ont chanté leur refrain préféré. Le ciel est devenu trop gris. Il fallait repartir.

Seule avec une adresse de couchsurfing sur un bout de papier je m’en suis allée voir le soleil. Et je l’ai rencontré. Il vit quelque part à Lisbonne dans une rue qui monte fort-mais-pas-tellement-que-ça. Il a soufflé sur moi comme sur un pissenlit. C’était chouette. J’ai eu le cœur gros et j’ai dit merci.

Je suis rentrée au Pays avec la ferme intention d’ouvrir les yeux. De regarder le monde qui est juste là, pas celui là-bas. Et c’est devenu bien. J’ai appliqué tant que j’ai pu le conseil de mon ami l’astre: tenter de faire seulement des choses qui me satisfont. J’ai évité les pièges et j’ai tracé ma route.

Et puis, j’ai décidé qu’il était temps de réaliser un de mes rêves et je suis partie au Liban. Et c’était quand même quelque chose. Et là je sais pas comment ni pourquoi, j’ai décidé de fermer le placard des monstres. A double tour. Et j’ai ouvert les yeux le plus que je peux. Il était là devant moi. Les yeux doux et les gestes plein d’assurance. J’ai tellement regardé que je suis tombée. Sur le sol. En amour.

Encore une fois, je t’ai retrouvé petite Belgique pleine de la tendresse que je te porte. Après ce troisième retour, j’ai été souvent contente. Je me suis dit qu’il était temps d’évoluer un peu, puis de prendre soin des autres à mon tour. Aussi, j’ai beaucoup utilisé mon téléphone à travers les nuages puis un jour j’ai acheté un aller simple pour Beyrouth. C’était quand même quelque chose.

Il y a un an je partais vivre au Québec, aujourd’hui je pars vivre au Liban. Fichtre. La vie c’est quand même une sacrée aventure.

Quand on veut, on peut. C’est le conseil du jour.

Et si tu as besoin d’un bon serrurier pour les placards un peu difficiles à verrouiller, n’hésite pas à demander.

Kuss!

Carnet de voyage: le Liban (partie 1)

Si je pars en Espagne on me répond « oh c’est cool, bon voyage » quand j’ai décidé d’aller au Liban on m’a répondu « oh, c’est cool mais pourquoi faire?« .

Avant le départ, je décide, comme d’hab’, d’acheter un guide genre le Routard ou le Lonely: impossible à trouver. « Ils veulent pas pousser les gens à aller dans une région qui est à risques » me dit le vendeur. « C’est sur » que je répond en pensant que RoutardMonOeilOuais. Je finis par trouver une édition 2012 du Petit Futé: un précieux sésame. Pendant ce temps là, mes proches essayent encore de me dissuader: « c’est pas le moment avec tout ce qu’on raconte, et puis les réfugiés et puis ce qu’on voit à la télé et bla et bla et bla.« 

En vain, un jour, je fais mon sac, je prends mon carnet avec l’adresse de mon couchsurfing et je pars. Une longue escale à Istanbul;  assise par terre entre la porte des toilettes et le panneau des départs; j’observe le monde en transit. J’arrive à la porte d’embarquement pour Beyrouth, et là, je sais pas, c’est sans doute un peu niais mais je me sens bien: les gens sont beaux, tout le monde sourit. J’entends du français et de l’arabe. Je les regarde, et je me dis que dans une heure ça y est, je serai au Liban. Dans l’avion, je vais pas te raconter que c’est la fête mais presque, le monde est bien sympathique. Je suis une des seules qui a des euros donc je deviens la banque d’échanges de monnaie officielle du vol, alors on rigole. Le mec d’à côté arrête pas de vouloir me donner à manger et à boire. Je dis non mais il met les trucs dans ma bouche. Je souris, il y a plus de doute, le voyage a commencé. J’arrive à Beyrouth au beau milieu de la nuit où un inconnu plutôt vraiment gentil m’attend à l’aéroport, il s’appelle B.. Tu sais, j’aime les premières secondes dans un nouveau pays. Quand même si fatiguée par le voyage tous mes sens sont en éveil. Cette nuit là, l’air est très chaud. On roule, on prend des tunnels. Sur la route, il y a; des immeubles avec des petits rideaux aux terrasses  (tous ces balcons me font penser à une myriade de petites scènes de théâtre), des panneaux publicitaires avec des femmes en sous-vêtements, des fils électriques qui sortent d’un peu partout, et des statues de vierges et de saints à vendre. On arrive à la maison. Dehors, le vent se met à souffler de toute sa force de vent, on se croirait dans un sèche cheveux géant. On parle un peu. Même beaucoup. Puis, je vais dormir et je me dis que c’est chouette quand même la vie.

Le lendemain matin, l’excitation me gagne: j’ai hâte de voir et de comprendre où je suis, de goûter des trucs, de sentir le soleil, de me balader. On s’exécute. Il fait 35 degrés. On arrive au centre ville. Première chose que je remarque c’est l’immense mosquée el-Amine construite entre 2002 et 2007 par le milliardaire sunnite Rafic Hariri. Rafic Hariri a été premier ministre du Liban durant cinq gouvernements entre 1992 et 2004. Il a été assassiné dans un attentat en 2005. À droite de la mosquée, un grand building avec la photo d’un homme. Je demande « c’est qui lui? » B. me répond « un journaliste assassiné« . Il s’agit de Gébrane Tuéni, un intellectuel défenseur des droits de l’homme mort dans un attentat en 2005 lui aussi. Un peu plus loin, la statue d’un homme. Encore une fois, je demande « c’est qui lui? » et comme dans un mauvais dialogue B. me répond encore un fois avec exactement la même intonation « un journaliste assassiné« . Je rigole, c’est nerveux. Cette fois il s’agit de Samir Kassir, un historien et journaliste franco-libanais tué encore une fois en 2005.

Plus d’infos sur ces attentats par ici: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/12/27/attentat-a-beyrouth-le-dernier-en-date-d-une-longue-serie-d-assassinats-politiques_4340884_3218.html

Après cette joyeuse introduction, je découvre le centre ville pour de bon. Les rues sont très propres, tout est rénové. J’apprends que la vieille ville a été ravagée par la guerre alors oui il a fallu tout reconstruire. Aujourd’hui, c’est une sorte de vitrine lisse d’un Beyrouth clinquant; ambassades, institutions politiques, boutiques de luxe, restaurants de standing, loyers impayables. Le tout sous la surveillance des militaires. Calme et propreté. On est loin de l’agitation urbaine du reste de la ville.

Le soir, je débarque dans le très cool quartier de Jetawi, à Mar Mikhael. C’est la zone bobo. Plein de petits bars, de restos, de clubs, de musique. Des gens cools partout. Même quelques cyclistes! (À Beirut c’est pas fréquent-fréquent nous en reparlerons). Bref, un endroit qui respire la vie, la fête et les verres bien hauts: kessik! (comme ça si tu vas au Liban tu sauras même dire santé). Coup de cœur absolu, pour un petit bar à la programmation plutôt underground le « Radio Beirut »; le matin, sur la terrasse pour un petit café ou le soir devant un concert avec une boisson un peu plus alcoolisée, cet  endroit est devenu mon véritable QG. J’y ai rencontré S. une artiste comédienne/danseuse/performeuse qui connaît Bruxelles et Beyrouth comme sa poche. Elle est belle et respire la vie. On papote de Saint-Gilles, d’art et de la guerre. Et tout d’un coup, elle lâche: « Une bombe peut exploser mais la vie continue. On va mourir un jour donc on profite. » Et puis la papote suit son cours en toute légèreté à propos du chaos organisé de Beyrouth et de la pluie incessante de Bruxelles. Autour de nous, les gens sont beaux. Il fait chaud. La musique est chouette. Ma limonade est délicieuse. Je sens une énergie folle. Je me dis, que voilà ça y est je suis à Beirut et que non ça ne ressemble vraiment pas à ce que je croyais que ça ressemblerait. Je rencontre quelques européens (et même que j’ai trouvé le petit prince, il est écossais et voyage depuis sept mois) ils me demandent pourquoi Beyrouth? Je leur répond « pourquoi pas« . Ils me disent presque tous « attention, on tombe amoureux de cette ville en moins de deux » (ils avaient raison mais ça je ne le savais pas encore). A Radio Beirut, je fais la connaissance de E., personnage énigmatique de la vie underground beyrouthine. E. est DJ de funk et tient un magasin de vinyles dans le quartier arménien de Borj Hammoud. Il est brillant, cultivé et d’une sensibilité déconcertante. Il me raconte la vie de ses parents communistes, le milieu littéraire, la ligne de démarcation pendant la guerre, les soirées sur la plage, sa thèse de philo, ses musiciens préférés de jazz. Bref, on papote et c’est bien. Je lui dis « mais faut faire un docu sur toi ça changera des sujets sur le Hezbollah » il me répond que tracks d’Arte l’a contacté et que l’équipe de Vice l’a déjà rencontré. « Ah, d’acc, en tout cas, c’est moins prestigieux mais il m’arrive d’écrire des histoires et je parlerai de toi c’est sur », ça c’était ma super réponse. On s’est un peu marré. https://www.vice.com/en_uk/read/beirut-vinyl-ernesto-chahoud-764

Carnet de voyage: Liban (partie 2)

Une société multi-confessionnelle

A Beyrouth, je remarque assez vite que tout le monde se connaît (encore pire qu’à Bruxelles). En tout cas, tu connais tous les gens de ta « communauté ». C’est pas simple à comprendre mais je vais tenter d’essayer de faire un petit récap de la démographie libanaise. (Le seul réel recensement date de 1932, hum, mais voici une estimation de la situation actuelle). Avec une superficie trois fois inférieures à la Belgique, les libanais sont environ 4 millions. Aujourd’hui, le Liban compte 60% de musulmans  (sunnites, chiites, druzes, ismaeliens, alaouites) et 40% de chrétiens (maronites, grecs orthodoxes, grecs catholiques, arméniens orthodoxes, arméniens catholiques, protestants, romains catholiques, syriaques catholiques, syriaques orthodoxes, assyriens, chaldéens et coptes.) Ouais. La suite va se compliquer, accroche toi. Le Liban est bien connu pour son multi-confessionnalisme. Des églises de toutes les sortes, des mosquées. 18 communautés officiellement reconnues (13 chrétiennes, 1 juive et 4 musulmanes). Il y a de quoi être un peu confus. J’ai essayé de comprendre mais j’ai lâché prise. Vraiment, vraiment, vraiment c’est aussi fascinant que déroutant. Ces chiffres sont ceux des citoyens libanais mais on ne peut pas s’arrêter là. On compterait, 200.000 femmes domestiques (ouais les gens aisés ont des bonnes) venues d’Asie et d’Afrique. Il faut aussi tenir compte des 350 000 réfugiés palestiniens. Et puis, aujourd’hui, avec la guerre, il y aurait 1 million de réfugiés syriens.

Dès que je peux, je m’en vais

La diaspora libanaise compte plus de 10 000 000 de libanais à travers le monde. Au 19ieme, beaucoup ont fui la famine, l’émigration moderne datant du début de la guerre compte environ 2 millions de personnes.

A chaque fois, c’est la même chose  on boit un verre tranquille, on parle de tout et de rien et puis cette phrase fatidique: « je vais partir, faire ma vie ailleurs ». Alors, tu penses bien le mot qui sort de ma bouche c’est « pourquoi? » et eux de me répondre « on a pas de futur ici« . Beaucoup de jeunes universitaires qui veulent construire leur avenir et un pays qui ne fait rien pour les retenir… Alors ils s’en vont en Amérique du Nord, dans les pays du Golf ou en Europe. Tu sais le blog, au Liban, il y a très peu de protection sociale, pas d’allocations de chômage, la non-existence du mariage civile, l’omniprésence de la religion, les problèmes de mobilité dans le pays, mais aussi et surtout la difficulté de voyager vers l’étranger et ce sentiment d’humiliation d’être à traité comme un paria (le passeport libanais donne la possibilité de visiter seulement 38 pays sans autorisation des ambassades étrangères VS 171 pour le passeport belge), la corruption, le chaos, la fermeture des frontières, les coupures d’électricité quotidienne, les stigmates de la guerre et puis cette maudite instabilité… Ils en ont marre et c’est normal. Mais il y a de quoi se désoler de la fuite de cette intelligentsia qui fait vivre le Liban. « Tu sais, on a les mêmes attentes par rapport à la vie que vous les européens et voir ce chaos tous les jours c’est vraiment pas possible. Toi, t’es en vacances alors oui, tout te parait trop cool mais vivre ici c’est différent. On fini par faire semblant de rien sinon on deviendrait fou. Du coup, les gens font la fête, se droguent, claquent de la thune dans des bagnoles ou des smartphones derniers cris. » J’ai failli répondre « chez moi ils font pareil mais sans doute pour d’autres raisons » mais j’ai rien dit.

Hi, kifak ça va?

Depuis tantôt, je te raconte que j’ai tapé la causette à tout le monde… Tu te demandes pas dans quelle langue? On s’entend que je ne parle pas un mot d’arabe  (enfin si peut-être un mot) mais bref ce que je veux te dire c’est qu’aussi déroutant que passionnant, les libanais peuvent prononcer dans la même phrase des mots de français, d’arabes et d’anglais. C’est absolument fascinant. Par exemple, ils disent « merci » et pas « choukran ». Ils se saluent par le « Hi » anglais suivit du « kifak » libanais. Pour se dire au revoir la formule la plus connue est « Yalla Bye ». Une langue mixée donc. Un peu à l’image de la société toute entière. L’élite parle un français et un anglais impeccable. Certaines écoles et universités ne sont qu’en français. La plupart des libanais sont très francophiles, ce qui donne un véritable sentiment de « comme à la maison ». Donc bref, pour répondre à la super énigme, j’ai parlé français avec les copains libanais comme je le parle avec toi. Ouais. Il y a un autre truc qui vraiment mais alors vraiment m’a étonné c’est l’utilisation simultanée de deux monnaies: la livre libanaise et le dollar américain. 1$ = 1500 livres libanaises. Tu peux payer en dollar et on peut te rendre en livres libanaises. Voire payer en dollars et en livres libanaises. Ou payer en livres libanaises et on te rend en dollars. Ou encore… Bref, il y a de quoi être légèrement décontenancé. Avec la conversion vers l’euro en plus, je te dis pas… J’ai fait des calculs vraiment savants. Et comme pour le reste, en vain, à un moment j’ai lâché prise. Bref, j’en ai conclu que pour parler trois langues en même temps et payer avec deux monnaies, ils doivent avoir un cerveau un peu plus évolué, c’est pas possible autrement. Il y a plus qu’à le prouver scientifiquement.

« T’as vu comment on roule ici? Welcome to Lebanon »

Il y a deux bandes sur la route, les voitures forment 4 files, c’est normal. Pas ou très peu de trottoirs, inexistence des passages pour piétons, des feux qui marchent pas, un code de la route tout relatif… A Beyrouth, si t’es à pied, tu apprends vite à t’imposer. Du trafic du matin au soir. Une symphonie de klaxons. Comme je te le disais plus haut c’est pas vraiment le paradis des vélos (en plus ça monte et ça descend tout le temps et avec la chaleur…) Puis, faut que je t’explique les taxis-services… D’apparence c’est des taxis mais il klaxonnent dés qu’il passent près d’un piéton pour lui demander si il veut monter, si tu vas dans sa direction tu peux grimper dedans, c’est 2000 livres pour un service (une petite distance), on se retrouve donc à plusieurs clients dans le même taxi, une sorte de covoiturage en quelques sortes. Les bus (des minibus un peu deglingos) fonctionnent un peu de la même manière, ils te klaxonnent quand tu marches au bord de la route (il y a pas d’arrêts de bus), si ils vont dans ta direction, tu montes dedans si pas t’attends le suivant. (ça change des stations de metro de la stib). Évidement, quand tu débarques et que tu comprends encore rien à la géographie de la ville, c’est pas évident-évident vu que pour se déplacer faut savoir vers où tu veux aller. Il y a pas de trains ni de trams ni de metros. En fait, il y a pas de système de transports publics. Mais au final, ça marche quand même et puis tu papotes avec le chauffeur et les gens et ça c’est plutôt marrant.

Envoie moi ta localisation sur whatsap

Faut aussi que tu saches, au Liban, il y a pas vraiment d’adresses. On ne dit pas « je vais au 54, rue jean Moulin » mais « je vais dans la rue qui monte près du supermarché de tel quartier« . Alors oui, évidement quand tu viens d’arriver et que tu connais pas encore grand chose c’est pas simple de s’y retrouver. Moi, mon plan c’était d’appeler les copains libanais « je te passe le chauffeur, tu veux bien lui expliquer vers où je dois aller?« . Sinon, le truc des libanais pour se retrouver, c’est de s’envoyer la geolocalisation sur whatsapp pour ensuite se googlemapper « rdv là« . Une société système D, tu dis?

La nature et la culture

Malgré sa petite surface, le Liban est un pays de contraste même en terme de nature et de paysages. Le pays a plus de 200km de côte (beaucoup de plages privés mais aussi de très belles plages publiques), de magnifiques forêts de cèdres, des plaines agricoles et des montagnes enneigées. Cette parcelle de terre se trouve au carrefour entre l’Occident et l’Orient et est à l’origine des plus anciennes civilisations du monde. Le Liban est une mosaïque culturelle et confessionnelle. Le pays des cèdres offrent une multitude de sites archéologiques à découvrir! Phéniciens, Assyriens, Grecs, Romains, Byzantins, Turcs, Français. Tous ont laissé leurs traces pour faire de ce petit pays un vrai trésor d’architecture et d’histoires. Entre autres; Baalbek, un incroyable site archéologique à quelques kilomètres de la Syrie. L’endroit est merveilleux mais vidé de ses touristes qui sous les conseils des ambassades n’osent plus s’y rendre, bien que le danger ne soit pas vraiment réel. Alors, j’te dis si tu lis ceci et qu’un jour tu vas au Liban, VAS-Y! Et dis bonjour, à F. de ma part, ce sympathique petit guide qui m’a invité à manger chez lui avec toute sa famille comme ça juste pour être sympa alors que je rêvassais dans les ruines…

Le sud du Liban

Revenons au voyage… B. m’a proposé d’aller dans le village de son enfance; Ain Ebel, dans le Sud du Liban, à quelques kilomètres de la frontière israélienne. Bon, faut que tu saches que nos chères ambassades européennes interdisent à leurs ressortissants de se rendre dans cette région sans autorisation, du coup il y  pas mal de barrages militaires sur la route. Heureusement, on est des petits filous et on est passé ni vu ni connu. Le sud du Liban c’est toute une histoire, alors si t’es d’acc je te fais un maxi condensé de ce que j’ai un peu compris. De 1982 jusqu’en 2000, Israël a occupé la région. Durant cette époque, le pays était véritablement divisé en deux. Les habitants du Sud devaient se procurer un laisser-passer pour pouvoir rejoindre le Nord du pays. Le trajet qui prend aujourd’hui deux heures maximum prenait alors plus de cinq heures à cause de tous les check points.  Après le retrait des troupes israéliennes, la région devient le bastion du Hezbollah.  Pour les gens que j’ai rencontré le Hezbollah n’est pas le groupe de méchant qu’on nous décrit dans les médias (ouais je caricature un peu mais bon) en effet, le groupe armé est vu comme le libérateur du Liban, forts religieux certes mais idéalistes et prêts à donner leur vie pour leur terre.  B. m’explique qu’un de ses amis est mort en bataille en défendant les couleurs du Hezbollah. C’était un jeune médecin brillant et engagé, jusqu’à sa mort, personne ne savait qu’il combattait pour le groupe armé. Dans le sud, les affiches à l’effigie des martyrs se comptent par centaines. C’est quand même un peu impressionnant.

(Faut quand même que je te dise un truc; on est arrivé dans les villages du Hezbollah en écoutant la radio en hébreu qu’on captait vu la petite distance avec la frontière. C’était quand même du bon gros WTF)

En 2006, Israël bombarde la zone pendant 30 jours de combat en faisant plus de 1100 victimes. B. m’explique que l’armée prévenait les civils en balançant des messages au dessus des maisons; mais fuir n’était pas donné à tout le monde, il fallait avoir un autre endroit où aller, une voiture, de l’essence  (denrée rare en période de conflits). Un groupe de civils sous les conseils de la croix rouge est parti en mini bus en s’armant de drapeaux blancs, ils ont été massacrés.

C’était la guerre. Il y même pas 10 ans. Juste là.

Aujourd’hui la région est calme, les parents de B. vivent dans une grande maison face aux montagnes remplies d’oliviers. C’est un endroit apaisant et magnifique. Difficile d’imaginer qu’en 2006 sur ce péron que j’emprunte en riant un homme est mort fusillé. Depuis 2000, la frontière avec Israël est fermée. Le pays voisin avec tant de points communs est interdit d’accès. Nous sommes à quelques kilomètres de la frontière, B. me dit « t’imagines que juste là il y a des gens qui vivent, qui travaillent, qui font la fête et je peux pas les rencontrer« . Il y a plus qu’à utiliser Tinder, pour rentrer en contact avec CeuxQuiViventJusteLà. On dirait que c’est une mauvaise blague, mais en fait pas vraiment.

E., un jeune libanais me dit, « en Inde j’ai rencontré un israélien, on a fumé ensemble.  Je lui ai dit, et quoi quand tu vas rentrer chez toi tu vas mettre ton uniforme et venir me tuer? On a rigolé  » Et il continue « le jour où on ouvre la frontière, je serai le premier à passer de l’autre côté et à aller faire la teuf à Tel-Aviv« . J’ai souri. Puis, j’ai senti un truc me piqué le cœur.

Carnet de voyage: Liban (partie 3)

Les trois prochains paragraphes sont pas funky-funky autant te prévenir. Mais bon, en fait, la vie c’est pas toujours si joli.

Les réfugiés syriens

Depuis le début de la guerre en Syrie, le Liban a accueillit plus d’un million de réfugiés syriens. Ils représentent un quart de la population. Nombre d’entre eux vivent dans une situation extrêmement précaire. Certains plus sont plus chanceux (parce-que souvent plus riches) et peuvent continuer une vie descente. A Byblos, une jolie station balnéaire, je rencontre une jolie fille avec des yeux claires, des longs cheveux bruns et un grand sourire. On parle de coup de soleils, de voyages et de couchsurfing. Puis là, au détour de la conversation, j’apprends qu’en fait ça fait pas très longtemps qu’elle vit au Liban, elle est arrivée avec sa famille pour fuir la guerre en Syrie. Je peux pas m’empêcher, je lui demande un truc du genre « tu continues à suivre l’évolution de la guerre d’ici? ». Elle me répond que ça fait un an qu’elle a plus ouvert un journal. « Si tu veux continuer à vivre, il faut vivre ». Et puis, voilà, on a changé de sujet. Pour en savoir plus sur la situation des réfugiés: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/12/04/au-liban-le-desespoir-des-refugies-syriens_4534073_3218.html et http://www.msf-azg.be/fr/publication/les-r%C3%A9fugi%C3%A9s-syriens-au-liban-vivent-dans-la-crainte-et-lincertitude et http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/refugies-syriens-au-liban-imaginez-24-millions-de-refugies-en-france_1628596.html

Les réfugiés palestiniens

On peut pas parler du Liban sans parler des réfugiés palestiniens. Un grand nombre d’entre eux vivent ans des camps en bordure des villes. C’est un peu un tabou de parler de ça parce-qu’il y a comme pas de solutions… En 1948 des centaines de milliers de palestiniens sont chassés de chez eux, beaucoup fuient vers les pays voisins. A l’époque, ils sont 100 000 à arriver au Liban. Aujourd’hui, ils seraient plus de 350000 (les chiffres varient selon les sources) dont la grande majorité vit dans l’un des 12 camps officiels que compte le Liban. Ces camps au fur et à mesure des années sont devenus de véritables villes voire des micro-pays à l’intérieur du pays. Chaque habitant qui entre ou qui sort du camp doit présenter sa carte de réfugié. Une sorte de prison à ciel ouvert depuis 65 ans. La question des réfugiés palestiniens (ils représentent 10% de la population libanaise) est très délicate pour ce petit pays à l’équilibre si fragile. Dans les années 70, les Palestiniens sur le territoire libanais étaient très engagés militairement et politiquement, ils ont pu organiser une résistance contre Israël à partir du Liban. La guerre civile a été déclenchée suite à un conflit entre des Palestiniens (et propalestiniens) et des Libanais chrétiens. Aujourd’hui, le pouvoir libanais par peur de déséquilibrer la démographie du pays ne fait rien pour changer les choses. Du coup voilà, ça reste comme ça. Ils n’ont pas la nationalité et attendent en vain de récupérer leur terre qui appartient aujourd’hui à Israël. Un sacré pétrin tu dis? Sources et pour en savoir plus: http://rue89.nouvelobs.com/2010/08/19/la-question-difficile-des-droits-palestiniens-au-liban-162990 et http://www.ism-france.org/temoignages/Notre-sejour-dans-le-camp-de-refugies-palestiniens-d-Ein-El-Helweh-au-Liban-article-18177

Un équilibre fragile

En 1943, les Libanais ont conclu un pacte national qui pose les bases du système politique. Le pouvoir exécutif est exercé par le président de la République qui doit être chrétien maronite. Le chef du gouvernement, le premier ministre, est musulman sunnite et le vice-président du Conseil des ministres est un grec-orthodoxe. Le président de l’Assemblée nationale est un musulman chiite. Le système politique repose donc sur un équilibre fragile. Aujourd’hui, le Liban n’a plus de président depuis plus d’un an.

La ligne de démarcation pendant la guerre

Dans le quartier d’Achrafieh, on retrouve le musée national, il est positionné sur l’ancienne ligne de démarcation qui pendant la guerre civile de 1975 à 1990 séparait les quartiers musulmans de Beyrouth-Ouest des quartiers chrétiens de Beyrouth-Est. La guerre civile au Liban a embrasé le pays et fait en quinze ans plus de 150.000 morts, 17.000 disparus et des centaines de milliers d’exilés ou de déplacés. Les tensions montaient déjà depuis plusieurs années entre d’une part les partis chrétiens et, de l’autre, les Palestiniens et les formations musulmanes et de gauche libanaises qui constitueront la coalition islamo-progressiste. Les gens de mon âge ont pas vraiment connu la guerre civile mais ils ont toujours vécu dans l’instabilité et l’inconfort. Ils ont connu la reconstruction, les attentas à répétition, la guerre de 2006. « Si un quartier était bombardé, dans le quartier d’à côté la vie continuait. » me dit le cuisinier de ce petit resto arménien qui était placé lui aussi sur la ligne de démarcation. Pour en savoir plus sur la guerre civile du Liban: http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_du_Liban/185813 et http://www.lesclesdumoyenorient.com/Guerre-civile-libanaise.html et http://www.lorientlejour.com/article/920389/la-guerre-civile-au-liban.html

La nourriture

Évidement que résumé 15 ans de guerre en 5 lignes, ça n’a aucun sens. Mais je t’invite à lire des trucs, à regarder des docus si ça t’intéresse. En attendant, revenons à un sujet plus digeste… La cuisine! On ne peut pas tenter de papoter du Liban sans blablater de la bouffe! La cuisine libanaise est connue dans le monde entier. Moi je suis tombée amoureuse du pain traditionnel qu’on te sert au resto (introuvable en boulangerie pour mon plus grand malheur), de la salade fattoush, du taboulhe (alors là, rien à voir avec la version du delhaize), du chanklish (sorte de yaourt au taboulhe) et du labnhe (yaourt épais à manger avec du pain). Au Liban, tu trouves à manger partout et à toute heure. Au resto, tu commandes différents trucs et tu picores dans des petits plats au milieu des odeurs de narguilé. Les repas familiaux c’est toute une entreprise. La table se remplit de mets, tout le monde se sert. On se lève, on part, on revient. Il y a moins de règles que chez TanteProutProutOnNeMetPasSesCoudesATable. Préparer à manger, manger, faire la sieste. Un bon principe de vie, moi j’dis.

Je pourrais encore t’écrire des pages. Mais il est temps de s’arrêter; tu sais, je suis bien heureuse d’avoir été têtue puis d’avoir acheté mon billet pour découvrir cette fine parcelle coincée entre la méditerranée, un pays en guerre et un pays-pas-vraiment-ami. J’ai découvert une hospitalité vraiment folle. Et surtout des contrastes à te retourner le cerveau et à te bouleverser le cœur.

Cher Liban, je suis tombée amoureuse de ta force, de ton humour, de ta légèreté dans la gravité, de ta jeunesse active et créative, de ton soleil, du bleu de ta mer, de ta menthe fraîche. Tu m’as surprise et déroutée. Souvent tu m’as demandé avec cet accent qui m’est si cher à présent « as tu aimé » alors enfin, aujourd’hui, je peux te répondre: oui je t’ai aimé. Et même que bientôt je te retrouverai. (mais chut, ça c’est une autre histoire)

Voilà, c’est tout.

ps: Si jamais tu peux liker la page https://www.facebook.com/unjourjetiendraiunblog pour découvrir d’autres histoires (et même parfois des blagues. Ouais.)

Un petit tour à Lisbonne

Coucou le blog,

Je suis déjà en train de préparer le voyage suivant et voilà que je me rends compte que je t’ai rien expliqué du précédent. Et pourtant… Je peux te dire qu’en mars je filais un drôle de coton, j’avais un peu le moral dans les talons (OUI je sais je mélange deux expressions), du coup ces quelques jours un peu fous dans la capitale portugaise m’ont reboosté pour de bon.

Bon d’abord, faut que tu saches que je suis partie toute seule comme une grande, avec le coeur un peu cassé et avec plus vraiment l’envie d’y aller. Voyage en couchsurfing. Aucuns plans. Zero préparation. Zone de confort en mode off. Un voyage comme je les aime, quoi!

Bref, un soir, je m’en vais retrouver P., mon futur hôte qui (m’a t-il dit) m’attendrait sur sa moto à l’aéroport (je croise les doigts)…

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Bye-bye Bruxelles. (ça méritait bien un petit selfie)

Je débarque à Lisbonne, la nuit est claire, l’air est doux et là boumbadaboum on se reconnaît lui et moi. Hé hé, je suis un peu gênée. Il parle beaucoup. De ses voyages. De ses enfants. J’essaye de me concentrer.

Sur le trajet, je regarde le paysage et je souris.

On arrive dans un appartement de dingos-megalos à la deco vintage de haut vol. Le mec est artiste et a manifestement du goût pour les belles choses. Je fais des « Oh, waouw » toutes les deux secondes. Je découvre ma chambre; un joli petit lit avec une couette à fleurs et là je me dis qu’en fait ça y est je suis au paradis. Il est 1h du matin, j’ai quitté Bruxelles depuis 6h et je me souviens déjà plus pourquoi je trouvais la vie si compliquée.

On papote. On boit du chaïe latte ramené d’Inde avec des speculoos de Bruxelles. C’est la nuit. Et c’est quand même chouette.

Le lendemain, je me réveille. Je ne trouve personne dans l’appart. Je décide d’explorer le quartier à la recherche d’un petit déjeuner. (Évidemment), je me perds. Je cherche la terrasse parfaite où déguster un petit café en vain, je finis dans un supermarché. A la caisse, je me rends compte que je sais même pas dire merci. Alors, je souris tant que je peux pour quand même avoir l’air polie.

Je marche un peu vers n’importe où quand je finis par arriver dans le centre ville. Au loin, j’entends mon prénom. Fichtre, quel hasard, je croise P. assis à une terrasse. On a les mêmes lunettes de soleil. C’est rigolo.
Avant tout je lui demande comme on dit merci: « obrigado ».

Voilà, le voyage peut commencer.

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Vroum. Vroum. (et oui c’est un peu flou)

Je découvre le quartier de Belèm, avec la tour éponyme bien connue où rodent beaucoup de touristes. La Torre a servi de tour de contrôle maritime pendant des siècles. Elle est un symbole de l’épopée portugaise sur les mers du monde. À Belèm se trouve aussi le très moderne Centre Cultural. Cet immense complexe est à ce que j’ai compris the-place-to-be en matière d’arts contemporains sous toutes ses formes et toutes ses disciplines.

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La Torre de Belèm

Avec P., on se balade toute la journée. On se raconte nos vies. Nos faiblesses, nos rêves, nos doutes. Il y a le soleil, on oublie un peu de manger mais pas de boire du vin. Résultat à 17h, je dois faire preuve d’une concentration inouïe pour l’écouter. Alors, je fais ce que je fais le mieux, je me tais et j’observe. Ça donne un air calme et tranquille. (fourberie c’est juste un bon plan pour se reposer)

Le soir, après encore quelques apéros, P. me présente à ses amis. On se retrouve dans le quartier du Bairro Alto pour manger et puis boire (voire surtout boire). A toi qui lis ceci, j’aimerais te donner des petites adresses de fousfous mais tu vois, le HIC (oulaaaaaa, LE jeux de mots de dingo), c’est que je m’en souviens pas.

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Apéro avec vue.

Ce que je sais c’est qu’on a mangé de la cuisine du Cap-Vert. Et du coup, la petite bande de joyeux m’a rappelé l’histoire du passé colonial du Portugal. D’ailleurs les portugais parlent beaucoup du Brésil, tout le monde a un copain là-bas. Et moi, je me suis sentie nulle de pas bien connaître tout ça.

Entre deux verres, une amie de P. m’explique qu’elle est psychologue et agent immobilier. Je la regarde un peu interloquée. Elle me dit qu’avec la crise, on a pas le choix. Faut se débrouiller. C’est comme ça. J’apprends que 700 euros par mois pour un temps plein c’est une bonne moyenne. Et là, je rigole plus trop. Ils m’expliquent que tout le monde se débrouille comme il peut. Ils font avec des petits riens. Ils créent une économie en marge de L’Economie. Ils rajoutent que depuis qu’il y a Ryanair les touristes arrivent en masse, aujourd’hui, le pays est très à la mode mais ça n’a pas toujours été le cas. Le Portugal a été longtemps la terre oubliée de notre bonne vieille Europe. Et puis, il y a eu la dictature qui a perduré jusqu’au milieu des années 70…

Tcheu, ma vision idyllique en prend un coup. C’est sur qu’avec mon salaire du Nord, 0,80 euro pour un café c’est la grosse teuf ce pays, mais bon quand tu remets les choses dans leur contexte, c’est un peu moins marrant.

Mais pas de raisons d’arrêter la fête pour autant. Nous voilà répartis dans le dédale des rues lisboetes. Les montées puis les descentes. On se retrouve rua da Atalia, une main m’attrape et me tire par l’épaule. Nous entrons dans un tout petit bar recouvert de vieilles photos. Une dame chante. C’est le fado; le chant traditionnel portugais. Les yeux de mes camarades pétillent. Ce chant de la saudade célèbre la mélancolie avec force et nostalgie. J’apprends que le fado raconte l’histoire des femmes qui voient leur amour partir en mer mais il conte aussi la vie dans des différents quartiers de Lisbonne établis autour des sept collines de la ville  (quand je te disais que ça monte et ça descend).

La nuit se poursuit dans un drôle de bars rempli de drôles d’hipsters en train de faire un drôle de karaoke. J’essaye de me concentrer le plus que je peux pour enregistrer cette scène. On me dit qu’ils bossent presque tous à la télé mais je t’avoue que la télé portugaise, moi tu sais…

Et puis finalement, on se retrouve rua Nova do Carvalho, une rue peinte en rose bordée de clubs en tous genres, j’ai nommé la Pink Street. Dernier verre devant un groupe live. Mes yeux finissent par se fermer. Il est temps de rentrer.

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Petit déjeuner de roi

Lendemain douloureux. Petit déjeuner dans un de ces petits jardins ombragés un peu secrets à l’arrière des cafés.
Je goûte enfin, la fameuse Pastel de nata (rien que le nom fait saliver, pas vrai?). Cet espèce de flan sur pâte feuilleté fond dans la bouche. Soupoudré de cannelle, il est complètement divin. Accompagné d’un café c’est le bonheur. Le vrai. D’ailleurs, le soleil me caresse un peu la peau et je ne peux empêcher un petit  « I’m happy » de sortir de ma bouche. P. sourit.

En route pour le quartier de l’Alfama, emblématique du vieux Lisbonne. On y voit des vieux trams jaunes (ceux des cartes postales), des minis ruelles, des petits patios fleuris, des cafés en mouchoirs de poches, des musiciens de rues, des touristes  (bha oui tu penses bien). On me raconte que chaque année au mois de juin on fête la Saint Antoine par une grande procession. Il parait que c’est la teuf comme jamais. Tous les mardis et samedis, sur le Camp de Santana Clara c’est le marché aux puces.

Dans toutes les rues de Lisbonne ou presque on peut admirer deux types d’ornements les Azulejo et le Street Art. Les premiers sont composés de carreaux de faïence vernissée et colorée. Ils sont présents partout, sur les façades, dans les jardins, sur les églises… Ils font ressortir la lumière de la ville. À côté de ça un peu partout on peu retrouver des magnifiques œuvres de Street Art. Les fresques délirantes donnent à la ville un dynamisme absolu. Depuis 2008, la municipalité soutient cette forme d’art. Les artistes ont ainsi la possibilité d’exprimer leur créativité en collaboration avec le service de l’urbanisme et ce, pour plus grand plaisir des promeneurs curieux.

Je ne t’ai pas encore parlé de la plage. Parce-que oui à quelques kilomètres de Lisbonne il y a des kilomètres et des kilomètres de plage. On y croise beaucoup des surfers. Début mars, on pouvait déjà se baigner. Des bars à mojito. Des bbq. Le soleil. L’océan. (Bon, j’arrête  je vais pleurer).

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Seaaaaaa, Seeeex and Suuuuun

En parlant d’eau, on ne peut écrire sur Lisbonne sans mentionner le Tage. Le fleuve borde la ville avant de se jeter un peu plus loin dans l’océan atlantique. Face à Lisbonne, sur l’autre rive du Tage se trouve Cacilhas, on peut s’y rendre en bateau depuis Cais do Sodre pour 1 ou 2 euros. La traversée ne dure que 10 minutes. La vue sur Lisbonne depuis l’autre rive est imprenable. Et puis, c’est agréable de changer d’air. Enfin, Cacilhas n’est pas en reste en matière de Street Art. C’est l’occasion de faire une belle ballade le long de l’eau et des entrepôts désaffectés. Vague à l’âme garanti.

Question bouffe, il y a de quoi faire aussi. De délicieux poissons grillés et toutes sortes de fruits de mer (sans oublier la morue cuisinée à ce qu’on dit de 365 façons). Puis aussi, j’ai mangé quelques fois des délicieuses sopa de légumes (bien plus épaisses et nourrissantes que nos soupes-à-la-belge) accompagnées d’espèces de bigs croque-monsieurs qu’on sert un peu partout à toute heure.
Mon coup de coeur culinaire  (hormis bien sûr les Pastel de nata et ses autres petites copines-patisseries-du-genre) va pour un fromage à pâte molle onctueux et délicieux; le Queijo da Serra, ça avec un verre de vin blanc = dacc-je-reste-ici-toute-ma-vie. D’ailleurs, en matière de vin, le Portugal s’en tire vraiment drôlement bien…

Bref. C’était chouette. Et voilà, maintenant, je suis jalouse dès que j’apprends que quelqu’un y va. Parce-que en vrai mon rêve c’est un peu d’être un chat et de dormir sur ses toits.

Bon voyage si t’y vas un jour. Tu m’en diras des nouvelles.

Prochaine étape: le Liban, le mois prochain. (Ça me donne des petits papillons rien que d’y penser, d’ailleurs toi qui lis ceci, si jamais tu y as déjà été et que tu as de belles idées…)

A bientôt,

ps: faut quand même que je te dise que j’ai eu la chance de tomber sur P., un petit bout d’humain qui profite de la vie et qui le partage comme j’avais rarement vu avant. Et ça m’a ému. Et voilà, depuis, j’essaie d’un petit peu faire comme lui…

ps2: si tu veux tu peux liker la page https://m.facebook.com/unjourjetiendraiunblog (parce-que comme tu vois un jour je me suis dit que « un je tiendrai un blog » aurait une page facebook).