Chronique de Beyrouth (1) : Tempête

Chère Beyrouth, voilà 19 jours que mes 38 kilos de bagage et moi-même avons atterri chez toi. Voilà, 18 matins que je me réveille sous ton ciel, avec une curiosité qui ne cesse d’augmenter.

Aujourd’hui, tu es jaune, le sable des déserts voisins a envahi ton air le temps d’un violent chamboulement des vents.
Tu sais être surprenante; à peine s’habitue-t-on à ton bleu éclatant que tu changes de couleur.
La stabilité, Beyrouth, définitivement, ce n’est pas ton truc.

C’est le chant des cigales qui me sort du sommeil. Je distingue ensuite les cris des voisins et les klaxons qui retentissent depuis la rue.
Le silence, tu ne le connais pas. On dirait que tu ne dors jamais. Comme si l’apaisement total pouvait t’engloutir. Alors tu t’agites, de jour comme de nuit. Tu luttes pour la vie.

Il y a les odeurs de cuisine, de mazout, de narguilé, de goudron chaud, d’essence et de poubelles.
Le meilleur comme le pire ; on dirait que c’est ta spécialité.

Ton peuple est en colère. La tristesse est infinie. Ils rêvent d’ailleurs. Ils te quittent les uns après les autres, parce que tu ne sais pas les retenir.

Tu es belle et voluptueuse à l’image de tes femmes. Mais tu es aussi sale et corrompue; tu deviens un immense tas de poubelles.

Tu es insaisissable et terriblement compliquée. A chaque jour, je pense t’avoir compris un peu mais je me rends compte que ce n’est qu’illusion.

Malgré tous tes défauts, tu es fascinante. Petite terre de mer et de montagnes qui se meurt de l’intérieur.

Ils sont des milliers à descendre dans tes rues parce que malgré tout ce que tu leur fais vivre, ils croient en toi. Il faut que tu les écoutes. Ils t’aiment et veulent ton bien. Tu es belle et vivante. Tu ris, ta chair est bonne, et puis tu danses alors que pour le quart de la moitié de tes fardeaux d’autres auraient déjà succombé.

Tu me déroutes Beyrouth.

J’ai hâte de me réveiller demain pour encore et toujours te découvrir sous un nouveau jour.

A bientôt,

Le ciel jaune de ce matin de tempête.
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Quand tu sors de ta zone de confort…

Bim! Boum! Coucou le blog!

Bon, je sais que les histoires de voyage c’est chouette que pour ceux qui sont en train de les vivre mais j’y peux rien, j’ai besoin de raconter. C’est un peu mon problème dans la vie, quand je vis des émotions, un peu trop intenses, je dois vider la casserole, sinon, mon cerveau fait des noeuds.

Il est temps de faire un mini peu le point. Je suis arrivée, il y a 4 mois, j’étais un peu triste, un peu contente, un peu nostalgique, un peu curieuse. Je ressassais mes histoires de coeur ratées mais j’essayais quand même de profiter.

Puis, lentement-pas-trop-vite, je me suis adaptée et j’ai commencé à apprécier. Puis, il y a eu le festival de contes, les émotions fortes. Quelques voyages à gauche à droite. Le tout, toujours, plus ou moins cadré. Ensuite, la fin du contrat est arrivée. Pour la première fois, de ma vie, j’avais du temps devant moi et absolument aucune contrainte. La liberté, la vraie, celle qui donne même un peu le vertige.

Lundi passé, je m’embetais un peu, je me suis dit, bon bha, mercredi, je pars en Ontario, à Ottawa, puis Toronto. Voilà, L’objectif était là le reste suivrait.

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La fidèle pancarte

Je prépare une grosse boite de biscuits avec amour pour les distribuer à tous les gens que je croiserai sur mon chemin, je fais mon sac  et je me poste sur le bord de la route. Petit détail, je m’étais mis comme pari stupide faire Sherbrooke-Ottawa, c’est à dire près de 400km en une après-midi sur le pouce… Débile, vous avez dit débile? Sans compter que ce jour là, pas de chance pour moi, c’est la big tempete de neige, de celle dont ils disent de pas sortir de chez soi au JT, une vraie grosse bien dangereuse comme il faut (mais ça je ne le savais pas encore). Petite belge que je suis, je me dit « ha bha ça va passer » et je m’en vais donc vaille que vaille. C’est en camion que je me rends jusque Montreal. Sur la route, je commence à me rendre compte que c’est craignos. On voit rien, on roule super lentement, c’est vraiment glissant, et puis le vent souffe de toutes ses forces de vent… Pendant ce temps là, j’en apprend plus sur la vie des camionneurs tout en distribuant mes biscuits, c’est quand même chouette. Le mec me dépose en banlieu de Montreal. Là, je me rends compte que ça craint féroce; il fait maxi dégueu, genre plus dégueu que je n’avais jamais vécu de temps dégueu auparavant.

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TuuuT TuuuT. Le camion.

Le truc, c’est que je pige pas où je suis, ni par où je dois aller. C’est pas cool. J’ai l’air d’un enfant perdu quand un taxi s’arrête pour que je puisse me réchauffer un peu. Le mec n’y va pas par 4 chemins, « je t’ai dit de monter parce-que t’es jolie ». (et moi dans mon fort intérieur, je rigole quand mềme un peu parce-que avec ma veste d’eskimeau, mes grosses chaussures, mon pantalon en polar, mes 2 écharpes et mon bonnet, je sais pas exactement ce qu’il a pu trouver de joli à part peut-être mon nez, le seul truc qui dépassait). Bref, il m’explique comment retrouver une station de métro à partir de laquelle je peux me rendre de l’autre côté de la ville d’où part l’autoroute en direction d’Ottawa, il m’y emmène mais me demande « une faveur ». J’éclate de rire et lui propose un biscuit, il se marre aussi. Bref, je traverse Montreal en métro. J’arrive, je sais pas où; il fait noir et il reste 200 km. Shit, ça craint. J’hésite à passer la nuit ici, mais j’ai un pari avec moi-même, alors je continue, même si j’ai froid et que mes pieds commencent à être mouillés. On me dit que l’autoroute pour Ottawa est encore loin d’ici, on sait pas y accéder à pied. Bref, je me retrouve dans un espece de zonning (je rappelle que c’est la tempête de neige), là je tombe sur Momo qui vient du Liban et qui m’aide à trouver mon chemin, j’arrive sur une vraie route, Ô miracle, quelqu’un m’emmène vers la fameuse Transcanadienne 40, que je cherche en vain depuis maintenant 2 heures.

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La neige parfois c’est cool, parfois moins.

Sur l’autoroute, les gens roulent au pas à cause des intempéries. Je me mets sur le bas côté; une grosse bute de neige, avec le vent dans la face et mon petit panneau qui commence à plier. Je me rends bien vite compte que je suis pas située dans un bon endroit, avec cette route glissante, pour une voiture monter sur le bas coté enneigé signifie un réel danger. Mais bon maintenant que je suis là, je sais plus repartir. Alors, je croise les doigts et je chante pour me rassurer. 5 minutes plus tard, j’entends un klaxon derrière moi, c’est ma chance. Un vieux papy au look de rockeur m’emmène. Il a traversé le Canada en stop à 18 ans, il y a bien longtemps. Mais, en hiver, à ça non, il ne l’aurait jamais fait. Il me regarde du coin de l’oeil et répète encore et encore « siboir, t’es ben brave en esti, toué« . Il s’arrete sur le chemin et m’emmène boire un café au Tim Hortons. Il est tout stressé de me laisser sur la route, mais c’est ici tout près qu’il habite et avec ce temps il ose pas aller me conduire jusqu’à Ottawa (on allait à 40km/h, ça glissait vraiment, et il y avait plein d’accidents autour de nous) bref, il s’en fait beaucoup trop pour moi et cherche des solutions. Quand tout à coup, je demande à la table d’à coté si par hasard ils s’en vont pas dans ma direction et ils me répondent que oui, voilà, tout est réglé. Le reste de la route, on a vu plus de voitures dans le fossé que sur les bandes mais finalement tout s’est bien passé, et ils m’ont déposé juste devant la maison où je devais arriver. (Je testais le coachsurfing pour la première fois de ma vie by the way).

Bref, longue histoire, j’avoue que j’étais bien angoissée (non pas par le fait de faire du stop mais par cette neige puissante et abondante qui fait qu’à chaque pas tu t’enfonces et donc tu perds du temps, tandis que la nuit elle, arrive de plus en plus vite). Ce soir là, j’ai pas su m’endormir tellement mon corps en tremblait encore, puis aussi, parce-que je dois bien l’avouer la gentillesse c’est un truc qui m’émeut un petit peu trop fort. Les gens sur lesquels je suis tombée ont été vraiment bienveillants, ils m’ont tous demandé de les prévenir quand je serais bien arrivée, étrangement la plupart m’ont remercié pour ces petits moments partagés aux creux de cette saleté de journée d’hiver, puis aussi pour les biscuits, alors que c’était bien à moi, évidemment, de leur dire merci.

Pour être honnête, dix fois, on m’a demandé ce jour là « mais t’as pas peur toute seule comme ça, une fille comme toi? ». Et dix fois j’ai répondu, « le jour où j’aurai peur des autres et bien ce jour là, sera un jour bien triste ». Et dix fois, s’en est suivit un silence et un sourire.

Puis, c’est marrant t’sais, le blog, je sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête mais avant, j’avais peur de tout, je ne supportais pas être toute seule, et, j’étais un peu une quiche de la débrouillardise mais maintenant ça va mieux. Je me sens bien, et j’essaye de garder ce mood là.

Puis, je te jure, j’ai fait l’experience, si tu regardes quelqu’un dans les yeux et que tu lui souris, il y a quand même de grande chance que tout aille bien et qu’il t’arrive de chouettes histoires. Bref, OUI, moi je crois qu’en fait, les gens sont gentils.

D’ailleurs, c’est sorti tout seul, au petit vieux rockeur, en partant je lui balancé un « merci, ça me redonne un peu foi en l’humanité des gens comme toi », et lui de me répondre « esti de calisse, toué, prends soin de toué ».

Voilà, c’était ça.

Signé: Jehanne l’apprentie hippie.

ps: je voulais rajouter, ici au Qubec on dit « prendre une chance » et pas prendre un risque. Voilà, je trouvais que ça collait bien. C’tout.

Oui.
Oui.