Tcheu. Esti. Yalla.

C’est la nuit. J’ai une réunion dans huit heures. Mauvais timing pour avoir le clavier qui démange. Pas grave, demain, je boirai un double café.

Le blog, j’ai les neurones en ébullition et le cœur proche de l’explosion. Tout va vite en ce moment; le vent dans les arbres, les voitures dans les tunnels et puis le temps tout simplement.

Il y a un an, je m’apprêtais à partir vivre au Canada pour quelques mois. J’en avais gros sur le cœur et il y avait comme des nœuds dans mon cerveau. J’étais aussi forte qu’une feuille morte d’un été des indiens. J’ai traversé un océan, pleuré un peu, fait des sacrées côtes en vélo, mangé des betteraves, écouté des histoires, marché dans la neige, gravé une petite madame sur mon bras, levé mon pouce, baissé mes armes. C’était pas rien.

Un jour, j’ai redécouvert les verts pâturages et les maisons de briques. Ah, que j’étais heureuse de te retrouver petite Belgique. Les copains, ce Jeje si familier qui m’a ému aux larmes, le rythme effréné, les projets, les rires, la pluie contre laquelle on peste et le soleil dont on savoure le moindre micro rayonnement. Un tableau presque parfait. Mais les monstres cachés au fond du placard ont repointé le bout de leur nez. Petit à petit ils ont repris leurs places, entre le cœur et l’estomac. Bien à leur aise. Et ensemble ils ont chanté leur refrain préféré. Le ciel est devenu trop gris. Il fallait repartir.

Seule avec une adresse de couchsurfing sur un bout de papier je m’en suis allée voir le soleil. Et je l’ai rencontré. Il vit quelque part à Lisbonne dans une rue qui monte fort-mais-pas-tellement-que-ça. Il a soufflé sur moi comme sur un pissenlit. C’était chouette. J’ai eu le cœur gros et j’ai dit merci.

Je suis rentrée au Pays avec la ferme intention d’ouvrir les yeux. De regarder le monde qui est juste là, pas celui là-bas. Et c’est devenu bien. J’ai appliqué tant que j’ai pu le conseil de mon ami l’astre: tenter de faire seulement des choses qui me satisfont. J’ai évité les pièges et j’ai tracé ma route.

Et puis, j’ai décidé qu’il était temps de réaliser un de mes rêves et je suis partie au Liban. Et c’était quand même quelque chose. Et là je sais pas comment ni pourquoi, j’ai décidé de fermer le placard des monstres. A double tour. Et j’ai ouvert les yeux le plus que je peux. Il était là devant moi. Les yeux doux et les gestes plein d’assurance. J’ai tellement regardé que je suis tombée. Sur le sol. En amour.

Encore une fois, je t’ai retrouvé petite Belgique pleine de la tendresse que je te porte. Après ce troisième retour, j’ai été souvent contente. Je me suis dit qu’il était temps d’évoluer un peu, puis de prendre soin des autres à mon tour. Aussi, j’ai beaucoup utilisé mon téléphone à travers les nuages puis un jour j’ai acheté un aller simple pour Beyrouth. C’était quand même quelque chose.

Il y a un an je partais vivre au Québec, aujourd’hui je pars vivre au Liban. Fichtre. La vie c’est quand même une sacrée aventure.

Quand on veut, on peut. C’est le conseil du jour.

Et si tu as besoin d’un bon serrurier pour les placards un peu difficiles à verrouiller, n’hésite pas à demander.

Kuss!

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La randonnée de la muerte

Hey le blog,

Quand j’habitais au Québec, j’ai vécu un truc un peu fou, faut que je te le raconte (mieux vaut tard que jamais tu me diras).

Avec ma colloc québécoise, on est parties faire un petit road trip dans la très jolie région du Saguenay (pour te situer c’est à l’ouest du Québec) c’est assez reculé et sauvage. Notre but ultime était d’aller au Monts Vallin faire une randonnée en raquette. On était au tout début du mois de décembre et on voulait profiter de la neige toute nouvelle de ce début d’hiver.

Quand on disait naïvement aux gens « on s’en va aux Monts Vallin » ils répondaient « aaaah, vous verrez c’est beau, par contre, ça monte en tabarouette, courage »! Je m’en faisais pas plus que ça. Après tout, c’était juste une randonnée dans la neige.  (Ha Ha ha. La bonne blague. Cette petite randonnée a été un des moments les plus intenses de toute ma vie, mais bon, ça je ne le savais pas encore….)

Commençons par le commencement, on part le jour le plus froid de la semaine: -24. C’est un bon début. On arrive, la saison touristique n’est pas encore officiellement ouverte. Les premières touristes de l’hiver: « coucou, c’est nous ». Pas de souci, on peut quand même monter mais les chemins ne seront pas spécialement bien aménagés. (Pas grave qu’on s’est dit: LOL que je te réponds a posteriori). Bref, c’est pleines de courage et armées de bonne volonté qu’on commence la randonnée, il est alors dans les 11h du matin. Qui dit « Monts » dit montée. Du coup, bha, on grimpe, sans arrêt, tout le temps. Tu t’arrêtes, tu gèles donc en fait tu t’arrêtes pas. T’as soif? Pas de chance ta gourde a gelé.
Le froid est tellement fort que tu ressens plus la faim. Tes cheveux gèlent, tes lèvres sèchent. Si ton nez coule un peu, gare à toi. D’ailleurs mon téléphone qui me sert d’appareil photo gèle lui aussi. Du coup, je le cache dans les tréfonds de mes entrailles (ou presque) pour qu’il survive.
Je t’avoue qu’assez vite, je sens que c’est un rien difficile mais je me dis « allé un petit effort » (je suis alors loin de penser que ce n’est que le début des difficultés).

Bref, il est 16h, on arrive au sommet, on est crevées, nos jambes sont en cotons mais faut bien l’avouer, de là haut la vue est dingue. Hauts les cœurs.

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Into the wild. Kikou.

Notre refuge n’est plus qu’à deux kilomètres, la nuit commence à tomber mais on se dit que ça devrait aller. Sauf que…
(Et là, si c’était un thriller, tu entendrais une musique qui fait vraiment peur)
SAUF QUE au sommet de ces p**** de Monts Vallin, il y a de la neige en tabar**** et qu’ostie d’criss il y a pas moyen d’avancer sans s’enfoncer jusqu’à la taille.

Au début, c’est un peu marrant « hé regarde ma jambe s’enfonce dans la neige » au bout de 10 mètres, de 10 pas et donc de 10 chutes. Je rigole plus du tout.
Nous, les européens on peut pas imaginer autant de neige avant de l’avoir vu pour de bon. C’est pas une blague. Il y en a PARTOUT.  Des tonnes. Le hic, c’est que comme on est les premières touristes de la saison la neige n’est pas du tout tassée par les randonneurs et du coup le sol se dérobe sous nos pas. (Au sens propre)
Bref, il commence à faire noir pour de bon. Les forces viennent à manquer. On ne voit plus les balises du chemin. Toujours cette maudite neige qui nous fait tomber (et puis, la chute c’est rien, c’est se relever qui est compliqué, où que tu t’appuies tu t’enfonces à nouveau).

Et puis, voilà, il fait vraiment nuit. Je sens monter les larmes. Shit. J’ai pas envie de crever dans une forêt au milieu de nulle part transformée en bloc de glace. Ma colloc en bonne québecoise ouvre la voie, je suis à la traine. Je crie son nom, « attends moiiiiiiiiiii ». Bon, j’arrête de faire le bébé, je me reprends et me répète calme-toi-JehanneBergéne-et-surtout-ne-te-fais-pas-mal-parce-que-ça-ça-serait-vraiment-la-merde-de-chez-merde-vu-que-t’as-pas-de-téléphone-et-que-l’humain-le-plus-proche-est-à-15kilomètres-au-moins-alors-on-va-y-arriver-et-même-qu’on-va-bientôt-en-rigoler.
Une flèche indique notre refuge: 2km. Et merde, ça fait plus d’une heure qu’on marche dans le noir tu vas pas me dire qu’on a pas avancé d’un pouce. Bref. On s’énerve puis on se calme. Pendant encore trois heures à taton, mètre par mètre, on avance comme on peut. On suit les traces des animaux (pour éviter de tomber dans l’eau d’un lac gelé). On voit rien. On chante fort pour réchauffer nos cœurs. Je fais des blagues sur « ouf que j’ai mon passeport au moins on pourra identifier mon corps ».
Puis, finalement on arrive.  Huit heures de marche dans la neige à -24 degrés. A bout de forces. Le refuge. Enfin.  On ferme la porte. On fait partir le feu. On se fait un câlin et on rigole.

Je vais pas te mentir cette nuit là malgré le silence de la forêt et la fatigue dans tout le corps, j’ai pas pu dormir. Mon corps a tremblé de peur encore pendant de longues heures.

Le lendemain on a pris un autre chemin beaucoup plus facile. Quand on est arrivées en bas j’ai quand même demandé aux gardes forestier si il y avait souvent des morts il m’a répondu : « ouin, ça arrive ». Puis, il s’est marré. J’ai dit « mais c’est quand même dangereux ». Il a répondu « c’est difficile mais pas si dangereux ». J’étais pas vraiment d’accord.
Avec le wifi, j’ai appelé celui qui était alors à peu près comme ma moitié.
– « allo »
-« coucou »
-« ça va? »
-« oui, ça va mais hier, j’ai cru que j’allais mourir. Alors j’ai pensé fort à toi. Et ça m’a donné du courage »
-« mais enfin! T’es dingue ou quoi?! Tu m’énerves à être une tête brûlée »
-« oui, bhen je suis pas morte. Rho ça va. Je pensais que ça te ferait plaisir que j’ai pensé à toi »
-« oui bhen, j’préfère que tu prennes moins risques plutôt que tu penses à moi »
-« han. Tu m’énerves. Tu comprends rien. »
-« Toi aussi tu m’énerves. »
-« bisous »
-« bisous »

(Encore une fois, je crois que je suis vraiment en bonne voie pour le césar du meilleur dialogue)

Bref. On s’est pas compris. Ma colloc et moi, on est retournées à la civilisation. On a dormi. Puis, là vie a continué. Normal quoi.
J’ai raconté mon histoire plein de fois. Les québécois rigolaient un peu de moi. Les belges, ils faisaient des hoooo et des haaaaa mais je crois qu’en fait ils comprenaient pas.

Bref, voilà. C’était l’histoire de la randonnée de la muerte.

Bisou gelé.

ps: si tu veux tu peux liker la page https://m.facebook.com/unjourjetiendraiunblog (parce-que comme tu vois un jour je me suis dit que « un je tiendrai un blog » aurait une page facebook).

Quand tu sors de ta zone de confort…

Bim! Boum! Coucou le blog!

Bon, je sais que les histoires de voyage c’est chouette que pour ceux qui sont en train de les vivre mais j’y peux rien, j’ai besoin de raconter. C’est un peu mon problème dans la vie, quand je vis des émotions, un peu trop intenses, je dois vider la casserole, sinon, mon cerveau fait des noeuds.

Il est temps de faire un mini peu le point. Je suis arrivée, il y a 4 mois, j’étais un peu triste, un peu contente, un peu nostalgique, un peu curieuse. Je ressassais mes histoires de coeur ratées mais j’essayais quand même de profiter.

Puis, lentement-pas-trop-vite, je me suis adaptée et j’ai commencé à apprécier. Puis, il y a eu le festival de contes, les émotions fortes. Quelques voyages à gauche à droite. Le tout, toujours, plus ou moins cadré. Ensuite, la fin du contrat est arrivée. Pour la première fois, de ma vie, j’avais du temps devant moi et absolument aucune contrainte. La liberté, la vraie, celle qui donne même un peu le vertige.

Lundi passé, je m’embetais un peu, je me suis dit, bon bha, mercredi, je pars en Ontario, à Ottawa, puis Toronto. Voilà, L’objectif était là le reste suivrait.

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La fidèle pancarte

Je prépare une grosse boite de biscuits avec amour pour les distribuer à tous les gens que je croiserai sur mon chemin, je fais mon sac  et je me poste sur le bord de la route. Petit détail, je m’étais mis comme pari stupide faire Sherbrooke-Ottawa, c’est à dire près de 400km en une après-midi sur le pouce… Débile, vous avez dit débile? Sans compter que ce jour là, pas de chance pour moi, c’est la big tempete de neige, de celle dont ils disent de pas sortir de chez soi au JT, une vraie grosse bien dangereuse comme il faut (mais ça je ne le savais pas encore). Petite belge que je suis, je me dit « ha bha ça va passer » et je m’en vais donc vaille que vaille. C’est en camion que je me rends jusque Montreal. Sur la route, je commence à me rendre compte que c’est craignos. On voit rien, on roule super lentement, c’est vraiment glissant, et puis le vent souffe de toutes ses forces de vent… Pendant ce temps là, j’en apprend plus sur la vie des camionneurs tout en distribuant mes biscuits, c’est quand même chouette. Le mec me dépose en banlieu de Montreal. Là, je me rends compte que ça craint féroce; il fait maxi dégueu, genre plus dégueu que je n’avais jamais vécu de temps dégueu auparavant.

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TuuuT TuuuT. Le camion.

Le truc, c’est que je pige pas où je suis, ni par où je dois aller. C’est pas cool. J’ai l’air d’un enfant perdu quand un taxi s’arrête pour que je puisse me réchauffer un peu. Le mec n’y va pas par 4 chemins, « je t’ai dit de monter parce-que t’es jolie ». (et moi dans mon fort intérieur, je rigole quand mềme un peu parce-que avec ma veste d’eskimeau, mes grosses chaussures, mon pantalon en polar, mes 2 écharpes et mon bonnet, je sais pas exactement ce qu’il a pu trouver de joli à part peut-être mon nez, le seul truc qui dépassait). Bref, il m’explique comment retrouver une station de métro à partir de laquelle je peux me rendre de l’autre côté de la ville d’où part l’autoroute en direction d’Ottawa, il m’y emmène mais me demande « une faveur ». J’éclate de rire et lui propose un biscuit, il se marre aussi. Bref, je traverse Montreal en métro. J’arrive, je sais pas où; il fait noir et il reste 200 km. Shit, ça craint. J’hésite à passer la nuit ici, mais j’ai un pari avec moi-même, alors je continue, même si j’ai froid et que mes pieds commencent à être mouillés. On me dit que l’autoroute pour Ottawa est encore loin d’ici, on sait pas y accéder à pied. Bref, je me retrouve dans un espece de zonning (je rappelle que c’est la tempête de neige), là je tombe sur Momo qui vient du Liban et qui m’aide à trouver mon chemin, j’arrive sur une vraie route, Ô miracle, quelqu’un m’emmène vers la fameuse Transcanadienne 40, que je cherche en vain depuis maintenant 2 heures.

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La neige parfois c’est cool, parfois moins.

Sur l’autoroute, les gens roulent au pas à cause des intempéries. Je me mets sur le bas côté; une grosse bute de neige, avec le vent dans la face et mon petit panneau qui commence à plier. Je me rends bien vite compte que je suis pas située dans un bon endroit, avec cette route glissante, pour une voiture monter sur le bas coté enneigé signifie un réel danger. Mais bon maintenant que je suis là, je sais plus repartir. Alors, je croise les doigts et je chante pour me rassurer. 5 minutes plus tard, j’entends un klaxon derrière moi, c’est ma chance. Un vieux papy au look de rockeur m’emmène. Il a traversé le Canada en stop à 18 ans, il y a bien longtemps. Mais, en hiver, à ça non, il ne l’aurait jamais fait. Il me regarde du coin de l’oeil et répète encore et encore « siboir, t’es ben brave en esti, toué« . Il s’arrete sur le chemin et m’emmène boire un café au Tim Hortons. Il est tout stressé de me laisser sur la route, mais c’est ici tout près qu’il habite et avec ce temps il ose pas aller me conduire jusqu’à Ottawa (on allait à 40km/h, ça glissait vraiment, et il y avait plein d’accidents autour de nous) bref, il s’en fait beaucoup trop pour moi et cherche des solutions. Quand tout à coup, je demande à la table d’à coté si par hasard ils s’en vont pas dans ma direction et ils me répondent que oui, voilà, tout est réglé. Le reste de la route, on a vu plus de voitures dans le fossé que sur les bandes mais finalement tout s’est bien passé, et ils m’ont déposé juste devant la maison où je devais arriver. (Je testais le coachsurfing pour la première fois de ma vie by the way).

Bref, longue histoire, j’avoue que j’étais bien angoissée (non pas par le fait de faire du stop mais par cette neige puissante et abondante qui fait qu’à chaque pas tu t’enfonces et donc tu perds du temps, tandis que la nuit elle, arrive de plus en plus vite). Ce soir là, j’ai pas su m’endormir tellement mon corps en tremblait encore, puis aussi, parce-que je dois bien l’avouer la gentillesse c’est un truc qui m’émeut un petit peu trop fort. Les gens sur lesquels je suis tombée ont été vraiment bienveillants, ils m’ont tous demandé de les prévenir quand je serais bien arrivée, étrangement la plupart m’ont remercié pour ces petits moments partagés aux creux de cette saleté de journée d’hiver, puis aussi pour les biscuits, alors que c’était bien à moi, évidemment, de leur dire merci.

Pour être honnête, dix fois, on m’a demandé ce jour là « mais t’as pas peur toute seule comme ça, une fille comme toi? ». Et dix fois j’ai répondu, « le jour où j’aurai peur des autres et bien ce jour là, sera un jour bien triste ». Et dix fois, s’en est suivit un silence et un sourire.

Puis, c’est marrant t’sais, le blog, je sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête mais avant, j’avais peur de tout, je ne supportais pas être toute seule, et, j’étais un peu une quiche de la débrouillardise mais maintenant ça va mieux. Je me sens bien, et j’essaye de garder ce mood là.

Puis, je te jure, j’ai fait l’experience, si tu regardes quelqu’un dans les yeux et que tu lui souris, il y a quand même de grande chance que tout aille bien et qu’il t’arrive de chouettes histoires. Bref, OUI, moi je crois qu’en fait, les gens sont gentils.

D’ailleurs, c’est sorti tout seul, au petit vieux rockeur, en partant je lui balancé un « merci, ça me redonne un peu foi en l’humanité des gens comme toi », et lui de me répondre « esti de calisse, toué, prends soin de toué ».

Voilà, c’était ça.

Signé: Jehanne l’apprentie hippie.

ps: je voulais rajouter, ici au Qubec on dit « prendre une chance » et pas prendre un risque. Voilà, je trouvais que ça collait bien. C’tout.

Oui.
Oui.

« Maintenant que t’as connu l’étape, on peut dire que t’es un peu québécoise. »

Oh!
Je viens de relire ce que j’avais écrit sur ma vie d’ici, c’est drôle, ça date d’il y a seulement deux mois mais j’ai l’impression que c’est plus moi.

C’est que, pour vrai, je me sens plutôt bien maintenant.
Fini le temps où, je m’excusais d’exister. Je commence à créer des liens forts, à m’attacher.

C’est sur, avoir confiance, ça prend un peu de temps. On apprend à se connaitre, on s’apprivoise tranquillement-pas-vite. Ça devient de plus en plus chouette et voilà un jour, t‘as envie de prendre l’autre dans tes bras.

Le Québec, (ou devrais-je dire les Québec), c’est tellement fou, grand et beau.

Et ce sentiment incroyable de liberté; pouvoir aller où tu veux quand tu veux avec qui tu veux.

Cet apaisement, cette quiétude.
Cette langue si vivante, que j’ai déjà peur d’oublier.
Ce froid qui revigore, et ce soleil qui éblouit.

Puis la neige.

La découverte du silence, le vrai, au milieu de la forêt.

Des gestes simples qui réchauffent le coeur à en pleurer.
Les attentions qui changent tout, et l’envie immense de donner en retour.
Ces rencontres furtives et celles plus intenses.

Des pouces levés sur la route.

Quatre mois, trois saisons.

Pas de maladie, pas de pleurs; un miracle.

Puis les amis, les vrais, ceux qui sont là, même à 6000 kilomètres.

Les démons qui reviennent de temps en temps mais, au creux du bras, cette petite madame gravée dans la peau pour se rappeler que la vie est trop courte pour ressasser tout ça.

À bientôt les copains, serai heureuse de vous retrouver.

Pis, toi le Québec, toé, toé, toé, MERCI.

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ps: (petite explication du titre de cet article) entre la région du Saguenay et Québec, il y a la réserve faunique des Laurentides, une immense forêt, genre vraiment immense, une autoroute la traverse pendant deux heures (d’ailleurs de part en part de la route il y a des clôtures pour empêcher les collisions avec les orignaux) et bref, sur cette fameuse autoroute il y a un resto au milieu de rien: l’Étape. (Voilà pour la petite histoire)

L’heure est au bilan.

Il y a un peu moins d’un an, j’étais dans mon petit bureau bruxellois, en train de rêver à un autre quotidien, puis je suis tombée sur cette annonce : poste d’assistante à la coordination pour le festival Les jours sont contés en Estrie.

Contes + Québec: je n’ai pas hésité un seul instant et c’est avec beaucoup d’application que j’ai rédigé mes motivations.

Août 2014, je suis arrivée. Force était de constater que mes connaissances du conte se limitaient à Grimm ou à peu près, et celles du Québec à Montréal ou plus ou moins.

Petit à petit donc, doucement et pas trop vite, j’ai découvert un art et un monde. Rien que ça.

Et puis, l’automne aux mille couleurs a commencé. Prélude de l’aventure, la vraie.

Ils sont débarqué. La joyeuse bande était là. En deux, trois temps, les barrières sont tombées. Le festival pouvait démarrer.

Les histoires le matin, le midi, le soir et même la nuit.
Les contes traditionnels, les récits de vie, les monologues, les formes plus expérimentales.
Les spectacles ici, là-bas et aussi un peu plus loin.
Les oh! Et les ah. Puis aussi les bravo et les merci.
Le public en grand nombre.
Une certaine fébrilité.
Les chouettes bénévoles.
Les repas partagés.
Les entre-contes et les rencontres.
Des moments doux, puis des instants fous.
Les loups et les fleurs.
Les incroyables conteurs.
La belle équipe.
Le festival. L’aventure.

Voilà. C’est à peu près ça. Mais c’est surtout plus. Plus. Plus. Plus.
Merci pour ces beaux moments. Vraiment.

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Perspective d’un nouveau quotidien

« Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective, des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà, plus tard on aura habité cette ville, on aura marché dans ses rues, on aura été au bout des perspectives, on aura connu ses bâtiments, on y aura vécu des histoires avec des gens. Quand on aura vécu dans cette ville, cette rue on l’aura pris dix, vingt, mille fois. Au bout d’un moment, tout ça vous appartient parce qu’on y a vécu.« 

L’Auberge Espagnole.

Suis pas fière de citer les dires de Romain Duris mais câlice que ces mots sont vrais. Puis juste.

Je commence à laisser mon bouclier de côté. De nouvelles habitudes surgissent.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid. L’expression est niaise. Toutes mes excuses. Mais, il y a un peu de ça.

Puis, arrêter de regarder en arrière. Et surtout, oublier les Et Si.

Quand, l’étrange devient familier.

Cesser d’observer et commencer à vivre?

Je crois.

L’exotisme d’un nouveau quotidien.

J’y crois.

Affaire à suivre.

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Les nouvelles perspectives d’un nouveau quotidien