Faut qu’on parle

Le blog,

Mercredi, j’ai reçu un mail de Flair proposant aux 5 finalistes du concours FOTA d’imaginer un moyen pour récolter des fonds en ligne pour l’association SOS Villages d’enfants. Du coup, je t’ai écrit un long texte pour t’expliquer le pourquoi du comment il fallait aider l’association.

Mais je viens de tout effacer.

Pourquoi ? Je vais te le raconter.

Depuis ma chambre beyrouthine je t’écrivais en te de démontrant par A + B que la guerre en Syrie fait des centaines de milliers de morts dont des dizaines de milliers d’enfants et qu’il est urgent et vital de soutenir des causes tel que SOS villages enfants. Soudain, un événement est venu interrompre mes pensées théoriques.

J’ai entendu un cri, un hurlement dans la rue. Au début, j’ai cru que c’était le vendeur de brols qui passent tous les jours avec sa charrette. Mais le timbre était terrible. Je suis allée sur la terrasse et là 4 étages plus bas j’ai vu un vieillard pousser un enfant dans une chaise roulante.

J’ai arrêté de t’écrire, j’ai enfilé un jeans, pris un billet et un pain frais et je suis descendue. J’ai rattrapé l’homme, lui ai tendu le pain et le billet. Il a pleuré en me demandant plus. Avec mes deux mots d’arabe et demi, je lui ai demandé d’où ils venaient. « Homs* » m’a-t-il dit. « Shu esmak** » j’ai demandé, « Youssef » m’a-t-il répondu.

* ville syrienne

**comment tu t’appelles

Je me suis avancée vers la chaise sale qui contenait l’enfant inconscient. J’sais pas dire « et lui » en arabe. Alors, je l’ai montré du doigt, « Ahmet » m’a lancé le vieux avant de se remettre à pleurer.

L’enfant était noire de crasse et entouré de paquets de chips vides. Il devait avoir maximum 6 ans. Tout maigre, les yeux fermés. Je ne sais pas quel est son handicap, ni même si il est handicapé. Je ne sais pas pourquoi il a les yeux fermés. Je l’ai regardé sans bouger. Je me suis sentie bête et fragile.

J’ai serré la main du vieux et je suis remontée à la maison.

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Qu’est-ce que je peux faire ? Qui est ce vieux ? Pourquoi cet enfant est dans cet état ?

Je suis revenue à mon ordi pour continuer mon argumentaire sur la guerre en Syrie et j’ai tout effacé pour recommencer en t’écrivant cette histoire.

Tu comprends maintenant?

Aucun enfant n’a à vivre une telle situation.

A quelques kilomètres d’ici, à Alep-Est, la population continue de se faire bombarder jour après jour.

On s’habitue aux morts. ON S’HABITUE AUX MORTS.

SOS villages d’enfants a beaucoup de projets à travers le monde dont trois centres en Syrie : à Damas, à Alep et à Tartous. Ils veillent  à ce que la population reçoivent de l’eau, de la nourriture et que les familles soient prêtes à affronter l’hiver.

En parcourant le site, je découvre qu’à Damas, le Village d’Enfants SOS a été touché par deux tirs de mortier.

C’est con mais en lisant ces mots, j’ai chialé. J’imagine ces gamins avec un semblant de sentiment de paix et de sécurité envahit par la peur et le danger.

A Alep, le centre a été délocalisé vers Damas mais l’association continue de nourrir les familles et d’accueillir les enfants pendant la journée.

Avec un don de 45 euros, tu peux offrir à un enfant un soutien psychologique pour traiter les traumatismes vécus. Avec un don de 60 euros, trois repas par jour pendant un mois. Avec un don de 115 euros, un accueil de cinq jours dans l’un des Centres d’accueil SOS.

Aussi, il est possible de s’impliquer en Belgique en aidant les migrants à s’intégrer, en leur donnant des cours de français, en les invitant à rencontrer tes amis, à rentrer dans ta vie.

Imagine deux secondes devoir quitter ton pays, ta famille, tes amis sans savoir si tu les reverras un jour en vie. L’arrivée en Belgique est stressante. Zero certitude quant à l’avenir. Trouver sa place dans une société qui ne te  fait pas sentir le bienvenu. Non, mais tu lis les commentaires des internautes aux articles de presse ? Parfois (souvent même) c’est à vomir. Franchement, ça me rend dingue.

Pardon, je me calme.

Bref, je voulais te dire que l’asso a ouvert cet été un centre en Belgique pour accueillir les réfugiés mineurs non accompagnés. Sans doute que leur parents ont tout vendu pour leur offrir un avenir meilleur mais ils arrivent ici sans rien ni personne.

Voilà, c’est pas le billet le plus drôle du monde mais des fois ça devient difficile de faire autrement. Je me rends compte que les mots vont dans tous les sens et je m’en excuse. Difficile de garder les idées claires.

Je repense au petit dans la chaise roulante.

Soutenons Sos Villages d’enfants pour ne plus avoir à observer un regard complètement vide d’insouciance. Franchement.

Merci pour eux.

https://www.sos-villages-enfants.be/

N’hésite pas à partager et à passer le message à ton voisin. 🙂

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La petite fille de la nuit

A Beyrouth, la nuit c’est la vie. Les rues des quartiers branchés se remplissent de noctambules de tous âges et de toutes origines.

Tous les bars sont pleins (même les plus pourris). L’alcool coule à flot, la musique retentit. Plus qu’ailleurs sans doute, la fête fait vibrer la ville. Genre, vraiment. A coup de verres bien hauts, le temps d’un instant, on oublie les poubelles, la crise politique, les problèmes d’eau, d’électricité et d’internet, la guerre voisine et les deux millions de réfugiés. On s’enivre aujourd’hui puisqu’on ne sait jamais de quoi sera fait demain.

Mar Mikhael, ça sent la fête dés 19h à l’happy hour. Les gens sont beaux et lookés.

Vendredi soir, il doit être 23h, on s’assied à une table sur le trottoir. On boit du vin, on papote, tout va bien. Je me désintéresse un instant de la conversation pour observer l’agitation. Parmi les fêtards, une multitude d’individus tournent en rond espérant attirer l’attention. Des vendeurs ambulants de machins qui ne servent à rien, des cireurs de chaussure que tout le monde refuse et puis des enfants qui quémandent de l’argent. Ce contraste de misère sociale face à la jeunesse dorée profitant de la vie me serre le cœur. B. qui m’observe du coin de l’œil me glisse un « essaye de lâcher prise et de t’amuser quand même, dacc? ».

Je reviens à la conversation. Un photographe ambulant se ballade avec son polaroid, Z. demande qu’il nous prenne en photo. Une petite fille, de 6 ans tout au plus, vient près de nous et s’assoit à notre table. Tout à fait sûre d’elle, elle prend la photo dans ses mains et nous pointe du doigt chacun à notre tour. Elle repose la photo et commence à danser sur le son de la musique tout en continuant à nous toiser. B. sort un billet et le lui tend. Elle s’en va vers le groupe suivant.

Je ne peux détourner mon regard de cette petite personne. Elle se glisse dans la foule, blaguant avec les adultes avec une assurance tout à fait déconcertante. Elle prend la bière de l’un, passe sous les jambes de l’autre. Quand les gens ne prêtent pas attention à elle, elle danse en agitant ses bras en l’air et en bougeant vivement son bassin.

Ses yeux immenses ne reflètent pas une once de peur, ni de joie d’ailleurs. Jamais auparavant je n’avais vu un enfant sans la moindre trace d’innocence dans le regard.

Je bous intérieurement. Qui a appris à cette gamine à agir de la sorte? Qui l’oblige à faire ça? Qui lui reprend tout ce qu’elle a gagné une fois qu’elle rentre chez elle? Quel parent peut laisser traîner son enfant dans les bars au milieu de la nuit?

On change d’endroit. Je n’ai plus envie de boire. La petite arrive près du comptoir. Le patron la tient par le bras pour la mettre dehors tout en lui glissant un billet. Je la regarde. Elle ne fronce pas un sourcil. Aucune émotion dans les yeux, toujours ce regard rempli d’assurance. Elle se frotte un peu le bras et se remet en route vers une nouvelle cible.

Les gens lui sourient. Elle est très mignonne. Ce n’est qu’une enfant. Les habitués la connaissent. Certains lui passent la main dans les cheveux, d’autres la chasse à coup de « khalas ».

Il est 2h du matin, nous quittons le quartier, elle est toujours là à voguer d’un groupe de personne à l’autre pour demander quelques billets. Je ne sais quand elle finira par aller dormir avant de tout recommencer dés le lendemain.

Enfance volée. Quel futur pour elle? Qu’est ce qui l’attend? Déjà si grande alors qu’elle est si petite. La suite risque d’être pire encore.

Monde de merde.

Pendant plusieurs jours, j’ai continué à penser à cette gamine et à en parler. Mes amis libanais m’ont répondu « C’est probablement une syrienne d’une famille très pauvre. On ne peut pas agir, c’est des mafias qui gèrent ça, ils se servent de ces enfants. Le seul truc qu’on puisse faire c’est d’être gentils avec eux et empêcher les actes de violence dont on est témoins. »

Je répond: « Je comprends pas comment on peut faire la fête en dépensant 10$ par verre à côté de ces gosses qui n’ont rien. »

Ils ajoutent: « Jehanne, on ne peut pas s’arrêter de vivre parce que certains sont malheureux, on ne peut pas. »

Ils ont raison.

Peut-être qu’ici, mon esprit de petite belge bien pensante est choqué parce que la misère est face à moi sans fard, sans masque. En Europe, on cache les choses qui nous gênent. On laisse les gens crever parce qu’on a pas envie de s’en occuper. On refuse les réfugiés parce qu’on a peur pour notre petit confort. On ne voit que ce qu’on choisit de regarder.

Voilà, c’était un vendredi soir à Beyrouth.

Je dédie ces quelques mots à ces enfants des rues qui vagabondent entre les âmes imbibées une fois la nuit tombée.

Je vous invite à lire ce billet, un mec raconte avoir sauvé 4 enfants pour 600$ à une mère qui les vendait dans la rue.

Aussi cet article du guardian sur les enfants des rues.

Et enfin, cette étude d’Unicef intitulée « Children living and working on the streets in Lebanon »

enfant

Chroniques de service

Tadaaaam, aujourd’hui est un grand jour. Me voilà enfin décidée à écrire mes « chroniques de service ».

Tout d’abord commençons par une petite introduction pour le lecteur non-Libanais… Les services, kesako? Ils pourraient être définis en quelque sorte comme des taxis collectifs. En gros, quand on marche dans l’espace public au Liban, il y a de fortes chances qu’après 3 secondes et demie, une voiture à plaque rouge nous klaxonne. Ce n’est pas pour dire bonjour (ni pour signifier qu’on est canon) mais simplement pour nous demander où on va. Si on doit se rendre dans telle direction et que le chauffeur y va aussi, il nous dira de monter, s’il ne va pas dans ce sens-là, il continuera son chemin sans nous. Une fois dans la voiture, il est très probable que d’autres voyageurs nous rejoignent, d’où l’idée de « taxi collectif » (un peu comme dans Taxi Téhéran pour ceux qui l’ont vu). Autant dire, que dans un pays sans système de transports en commun « les services » sont bien-bien utiles. Attention, comme au Liban, il n’y a pas d’adresse, ça complique un peu les choses… Si le chauffeur nous demande « weyn » et qu’on répond « 58 rue Chehab », il risque de faire une drôle de tête. En fait, ici, faut se repérer par lieu-dit ou par endroits connus (la supérette du coin étant considérée comme un endroit connu). On va pas se mentir, quand on débarque à Beyrouth et qu’on ne connaît pas encore les fameux endroits « connus » ben on est un chouïa dans le caca. Les premières semaines sont assez difficiles nerveusement mais on finit par s’habituer et voilà qu’un beau jour on devient docteur ès servicès.

Bon, maintenant que les bases sont acquises, on peut passer au niveau supérieur.

Une petite distance, c’est un « service » et ça coûte 2000 Livres libanaises, environ 1,5$. Pour une plus grande distance c’est deux services « serviseyn » (quand on rajoute eyn à la fin d’un mot ça veut dire deux en arabe (décidément tu en apprends des choses aujourd’hui)). Bref, au plus on va loin, au plus on paye mais normalement ça reste toujours moins cher qu’un taxi. Sauf si comme moi, tu as une pure tête d’allochtone et qu’on essaye constamment de te rouler. Mais, trois mots d’arabe accompagnés d’une bonne vieille face de blasée et le tour est joué. Quand le chauffeur nous propose de monter, il fait un petit geste de droite à gauche avec sa tête pour dire genre « viens » mais quand il nous veut pas dans sa caisse il lève le menton pour dire non et il se casse. Au début, ces codes de communication non-verbale sont quelque peu déroutants.

Bref, maintenant que toi aussi, cher lecteur tu es devenu un pro des services, je peux commencer mes chroniques pour de bon. Attention, je vais te raconter plusieurs petites histoires, ça risque d’aller un peu dans tous les sens.

Un jour, j’écrirai les chroniques de services et ce jour c’est aujourd’hui:

  • A force d’aller de gauche à droite en service ou en taxi, les chauffeurs sont devenus mes amis. J’ai maintenant mes petits préférés auxquels je fais appel directement par whatsapp « I need a ride from my home in 10 minutes« . Parfois, j’ai l’impression d’être une vraie bourgie aux multiples chauffeurs.
  • Le jour des attentats de Bruxelles, je me suis levée, j’ai appris la nouvelle, j’ai appelé mon amie belge qui vit à l’autre bout de la ville, j’ai mis un pull à l’envers et j’ai foncé dans un service. J’ai un peu pleuré sans faire exprès. Le chauffeur m’a demandé « shu fi », j’ai répondu que « Bomb, terrorists, Belgica, home, sad, horror ». Il a dit « Ufffff » m’a tendu un mouchoir et puis un autre. Ça m’a chauffé le cœur.
  • Ici, il y a eu une sacrée crise des poubelles. Elles n’ont pas été ramassées pendant 8 mois, c’était tout à fait horrible. Un jour, dans un service, il y avait un mec devant, à côté du chauffeur et une meuf à côté de moi. Les fenêtres étaient ouvertes. Soudain, devant nous, un immense tas d’ordures en feu. Evidemment, j’ai réagis par un « oufti c’est fou ça » tandis que le mec devant s’est contenté de dire machinalement « fermez les fenêtres« . J’ai pensé très fort dans ma tête: « Okay, une énorme incendie de poubelles qui ferme la route, tout va bien, tout le monde s’en fout, c’est normal ». (Depuis cet épisode, je me suis moi-même quelque peu endurcie).
  • Ces fameuses poubelles, huit mois sans être ramassées donc, et puis un beau jour, ça y est, ils ont enfin tout transporté vers la décharge. On ne peut imaginer l’odeur de la fermentation des ordures après huit mois…. Ça sentait la mort. Voire pire encore. Bref, ce jour-là tout Beyrouth se bouchait le nez et le chauffeur du service pour masquer un peu l’odeur aspergeait sa voiture de déo. J’ai beaucoup rigolé.
  • Il y a ce chauffeur qui ne comprend pas un mot de français mais qui switch sur radio Nostalgie dès que je monte dans sa voiture pour me faire plaisir (enfin je crois).
  • Les petits accidents sont monnaie courante dans ce pays où tout le monde conduit n’importe comment. D’ailleurs toutes les voitures sont remplies de binch à force de se rentrer dedans. Voilà donc qu’une voiture nous emboutis à un feu rouge. Ma tête fait un gros bong, et je lâche un petit « ouille purée». Le chauffeur sort en gueulant, vérifie sa caisse, enguirlande le mec qui l’a embouti et puis redémarre sans me demander si au fait tout va bien pour moi. Ce jour-là, j’ai serré les dents.
  • Je monte dans la voiture. Le chauffeur est dans une grande discussion avec le mec d’à côté, ils rient, ils s’emportent. Ils se tapent la cuisse et se prennent par l’épaule. Tant de bonhomie me met du baume au cœur. Le passager descend. Le chauffeur me regarde dans le rétro et me lance « he is a jerk« . Je ne lui ai plus adressé la parole de tout le trajet.
  • Je rentre dans un taxi, il fait chaud et ça sent le fallafel. Sur le siège avant, une toute vieille dame déguste ses fallafels avec plaisir et délectation. Elle m’en tend un. C’était une scène d’une beauté presque parfaite.
  • Un beau jour, comme d’hab, le chauffeur me demande si je parle arabe. Je réponds « chouai-chouai » en faisant ma tête de gentille-un-peu-gênée. Comme, on est coincés dans les embouts, il décide de me donner une leçon de libanais. Je me suis dit que c’était chouette la vie des fois.
  • Il y a ce service qui vit près de chez moi et qui me raccompagne parfois. Pour que ce soit plus simple je lui ai dit que j’étais mariée. Il m’a demandé où s’était passé la fête, il y a combien de temps et tous ces trucs-là. J’ai raconté des histoires. Et la fois d’après quand il m’a reposé des questions sur mon mariage j’étais bien gênée de ne pas me remémorer ce que je lui avais raconté. Heureusement, il se souvenait de tous les détails et me les rappelait avec joie et bonne humeur « et les fiançailles à Bruxelles, c’était bien? », je n’avais qu’à dire « OuiOui » en souriant avec beaucoup d’enthousiasme.
  • L’été à Beyrouth, il ne fait pas seulement chaud, il fait aussi extrêmement humide. L’air suinte, littéralement. Du coup, quand, je me retrouve dans un service sans air-co, coincée dans les embouts, avec trois (inconnus) derrière, je commence à regretter la fraîcheur de ma petite Belgique. Le tout est d’être suffisamment rusée pour ne jamais se retrouver au milieu. Il faut ensuite faire preuve d’ingéniosité pour éviter de se coller à la portière et son plastique brûlant tout en s’éloignant le plus possible de la cuisse pleine de transpiration de la personne d’à côté. Une fois la bonne position trouvée, on ne peut plus bouger plus d’un poil.

Des histoires, il y a en a encore des tonnes. A chaque service, son anecdote. J’irais même jusqu’à dire que c’est dans les services qu’on apprend la vie. OuiOui. Les chauffeurs traversent la ville inlassablement en transportant des centaines de visages inconnus. Parmi ces guides urbains qui ont toujours la cigarette au bec, il y a ceux qui cherchent une femme, ceux qui ont tout perdu, ceux qui montrent les photos de leurs enfants, ceux qui détestent Beyrouth, ceux qui ont tout vécu dans leur voiture pourries et tous les autres aussi.

Aaaaah, les services, sans eux Beyrouth ne serait pas du tout la même….

CasseDédi à tous ces chauffeurs anonymes.

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Confidence pour confidence

Salut le blog,

ça fait un bout que j’ai pas pris le temps de t’écrire sur cette drôle de vie que je vis au Liban. Mais je pense que ça y est, j’ai compris pourquoi j’ai le syndrome de la page blanche… L’autre jour, j’ai entendu un truc pas mal vrai à propos de cette région du monde: « On y passe deux semaines, on se sent prêt pour écrire un bouquin, après trois mois, on a seulement envie d’écrire quelques pages et après un an, plus un seul mot ne sort ». Franchement, c’est pas faux.

C’est que ça remue pas mal de questions de vivre dans l’un des pays les plus compliqués du monde.

Tous les jours, je découvre des trucs, des enjeux politiques, des émotions, des différences culturelles, des impressions, des odeurs, des sentiments, des faits historiques, des goûts, des histoires, des vies. Franchement, je crois que je ne réalise pas encore vraiment toutes ces choses que je suis en train d’enregistrer.

Parfois, j’ai l’impression que j’avance pas, que je gagne pas assez de fric, que ma vie n’est pas sérieuse. Alors, je tourne en rond dans ma chambre et dans ma tête en rafraîchissant ma boite mail toutes les deux secondes. Et puis, soudain, je lève mon regard vers l’extérieur et ouvre les oreilles à autres choses que mes pensées intérieurs et je réalise toute cette vie qui est autour de moi…

Ce type qui hurle dans la rue pour vendre des trucs inutiles, ce voisin qui regarde sa télé trop fort, ces oiseaux qui sont en train de chanter, le gars qui remonte la porte de son garage bruyamment, ces enfants qui jouent en rigolant, les klaxons (ah ces fucking klaxons), ces feux d’artifices pour célébrer j’sais pas quoi (ça semble être une coutume nationale les feux d’artifices), le bruit des voitures qui remontent la rue, et cetera. Et c’est alors que j’aperçois; le ciel bleu toujours un peu voilé (par la poussière ou la pollution j’sais pas trop), les petits rideaux aux balcons tellement typiques de cette région, les fils électriques qui débordent de partout, les citernes remplies d’eau, le vent qui fait danser les fameux rideaux, les paraboles qui jalonnent les toits.

Et alors je réalise que je suis au Liban, et que bordel de dieu, faut profiter de la vie tant qu’on est vivants.

J’ai tellement de choses à te raconter.

Ça viendra. J’espère.

La suite au prochain numéro.

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PEACE, LOVE & TCHEU-QUELLE-VIE-ON-MENE-QUAND-MEME.

Mon téquar à sept heures quart.
Mon téquar à sept heures quart.

 

10 fausses idées sur le Liban

Salut,

Je suis certaine que le Liban n’est pas ce que tu crois. Du coup, je me suis dit qu’un petit billet pour démonter quelques fausses idées serait pas trop mal venu. BISOUS-LOVE.

1. Le Liban est en Afrique
FAUX. Entouré de la méditerranée, de la Syrie et d’Israel, le pays des Cèdres se trouve sur le continent asiatique. Ah, et puis, pour te faire une idée, le pays est trois fois plus petit que la Belgique! Ouvre Google maps, c’est le meilleur cours de géo.

liban

2. Les libanais sont des arabes
FAUX et VRAI. Les libanais sont les descendants des phéniciens (en tout cas en partie), ils ont été « arabisés » avec les conquêtes. Mais ces racines phéniciennes, ils en sont fiers!

phénicien

3. Le Liban est pas un pays musulman
FAUX. Enfin pas que. Il y a 18 communautés religieuses dont 40% de chrétiens. Le système politique est  multiconfessionnel. Ne rentrons pas dans les détails, je te préviens, c’est très compliqué!

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4. Il y a des déserts au Liban
FAUX. Le pays compte des montages, des rivières, des forêts de pins, des plages mais pas de desert du tout (ni chameaux by the way)!

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5. Le Liban est la Suisse du Moyen-Orient
FAUX. C’était sans doute un slogan à la mode dans les années 60, mais les choses ont changé depuis. Genre vraiment.

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6. Il n’y a pas de neige
FAUX. Non seulement il neige mais en plus il y a des pistes de ski. Ouais gros, on peut skier le matin et nager dans la mer l’aprem. Pas pire.

Crédit photo: François el Bacha, tous droits réservés. Visitez mon blog http://larabio.com

7. On n’y boit pas d’alcool
FAUX. On trouve plus de bars à Beyrouth que dans certaine ville d’Europe. Et la fête c’est un sport national fieu.

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8. On ne parle qu’arabe
FAUX. On y parle aussi français et anglais. Tu savais qu’au cinéma les films sont sous-titrés dans les trois langues?

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9. On y fait les courses dans des vieux souks
FAUX. ça aurait sans doute plus de charme mais des mall hypers modernes ont poussé un peu partout. Et même qu’aller aux mall c’est une véritable activité. Ouais, moi aussi, j’étais vraiment sceptique au début.

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10. Il faut sortir couverte.
FAUX. A Beyrouth, les filles s’habillent particulièrement sexy. Après, à Tripoli, je te conseille pas forcément de te balader en mini-jupe…

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Ah et dernière chose, NON, le Liban n’est pas un pays en guerre. Instable, en crise, au bord de l’explosion: oui, mais en guerre: non.

Une petite vidéo du Liban (sans ses défauts). Enjoy!

Voilà.

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Chronique de Beyrouth (4): on s’habitue à tout

Salut,

ça fait un bout que je t’ai pas écrit. Voilà maintenant cinq mois que j’ai quitté ma petite Belgique pour venir tenter un bout de nouvelle vie ici, au Liban. Cinq mois, c’est pas beaucoup, mais quand même, c’est pas rien non plus. Tu as le temps de découvrir, comprendre (un peu), t’attacher (beaucoup), prendre tes marques, créer des choses, apprendre quelques mots d’arabe, voir passer les saisons, te sentir bien.

Les coupures d’électricité quotidiennes, les embouteillages, les services (taxis collectifs), la belle lumière, les toilettes hypers propres partout, les enfants qui mendient, les supers riches à côté des supers pauvres, la bouffe mega bonne, le stress d’écrire une connerie dans un article de presse, s’apprivoiser, être payée en chèque, appeler ses proches par skype, avoir un internet de merde, parler de la guerre, vérifier si c’est l’électricité ou le générateur, recevoir des messages vocaux sur WhatsApp, se déplacer dans une ville sans adresse, relativiser les choses, voir des photos de martyrs sur la route, débrancher le frigo pour faire marcher le micro-onde, ne jamais boire l’eau du robinet, ne jamais jeter le pq dans la toilette, comprendre 1 mot sur 10 quand quelqu’un parle arabe, expliquer pourquoi je suis là, fermer la fenêtre quand ça pue la pollution, rencontrer des gens gentils et puis tout le reste aussi.

On s’habitue. A tout, enfin je crois.

C’est quand même marrant de réaliser qu’à un moment ce qui était inconnu et surprenant devient normal et confortable. Les repères changent, les habitudes aussi (oui je sais, ça on l’a compris).

Cinq mois que cette nouvelle vie à commencé, avec des (sacrés) défis personnels et professionnels. Vivre à deux + écrire pour du vrai = salut-je-deviens-une-adulte-qui-s’assume.

On va pas se mentir, au début, c’était pas vraiment si simple. Sortir de la zone de confort, tout ça. (Ho Hisse). Et puis, vient un beau jour où tu te réveilles sans te demander ce que tu fous là et soudain tu réalises que, ouais, ça y est, tu commences à faire tes marques.

Petit à petit l’oiseau fait son nid.

C’est beau je trouve de s’approprier un nouveau pays, des nouveaux amis, une nouvelle vie.

Voilà, voilà, je voulais te dire ça parce-que je passais par là,

Bisous de Beyrouth.

Welcome to Lebanon

Ville de la semaine Beyrouth

(J’ai écrit cet article pour le TRES TRES COOL magazine québécois URBANIA, tu peux le lire par ou ici-bas)

Salut toi, je me présente, je suis Belge, je vis à Beyrouth et j’écris un article pour URBANIA. C’est drôle la vie des fois. Je te préviens la ville de Beyrouth est laide, détruite, bombardée, reconstruite, vivante, bruyante, compliquée, joyeuse, triste, surprenante, chaotique, belle, nostalgique. Elle est tout ça en même temps mais elle est surtout complètement insaisissable. Ouais. C’est ça, insaisissable.

BEYROUTH? VRAIMENT?

Le jour où j’ai annoncé à mes proches que je partais vivre ici, la réaction a été presque unanime « heuuuu, t’es sûre que c’est une bonne idée? ». Tu dis Beyrouth, les gens pensent à la guerre et aux bombes. Mais Beyrouth n’est plus ce Beyrouth-là. Les années ont passé. La ville est reconstruite bien que toujours un peu chaotique (il faut bien l’avouer).

UNE HISTOIRE DE « JE T’AIME MOI NON PLUS »

La capitale du Liban compte 360 000 habitants et presque deux millions avec la banlieue. Vieille de plusieurs millénaires, elle en a vu passer des hommes. Située en bord de mer, entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, sa position géographique est plus que stratégique. Elle est multiculturelle et multiconfessionnelle. Beyrouth est comme une femme trop belle qui serait torturée et abimée parce que trop convoitée mais malgré tout, elle continue de lutter pour sa (sur)vie. Coupure d’électricité, eau rationnée, instabilité, corruption, pays voisins belliqueux (c’est un euphémisme), Beyrouth a de quoi courber le dos, mais la ville continue de rire et de danser alors que pour le quart de la moitié de ses fardeaux, d’autres auraient déjà succombé. Et malgré tout ce qu’elle fait subir à ses habitants, ils continuent de l’aimer autant qu’ils la haïssent.

Yalla.

 

UN CHAOS ORGANISÉ

À peine arrivée, c’est déjà le bordel: Welcome to Lebanon! Tu sors, il fait chaud, ça sent l’essence, le mazout, le goudron, les grillades, la poubelle et le narguilé (et parfois les fleurs si t’es chanceux). Une fanfare de klaxons t’accueille.

Niveau urbanisme, tu remarqueras assez vite qu’il faut pas chercher de logique, il y a des immeubles sans structures architecturales et quelques terrains vagues.

De temps en temps, sur les portes des garages ou sur les murs, tu vois les traces laissées par les balles, souvenirs d’un temps sombre que tous préfèrent oublier. Au milieu de tout ça, quelques vieilles façades fragiles de style traditionnel et d’une beauté implacable, témoins du temps où on disait du Liban qu’il était la Suisse du Moyen-Orient.

Niveau transport, pas de train, ni de metro, ni de bus en fait. C’est le paradis de la voiture et des embouteillages. Même que s’il y a deux voies sur la route, les autos forment 4 files. Un chaos organisé, tel est le slogan de la ville.

Les embouts.

« ESTI, LES GENS SONT CANONS ICI! »
À Beyrouth, les gens sont beaux. Vraiment beaux. Garçons ou filles, petits ou grands, vieux ou jeunes. Peu importe l’heure, ils sont lavés, apprêtés, pimpés. Parfois trop. Lifting, bouche refaite, seins siliconés: c’est la teuf du bistouri. Mais à côté des barbies plastique, il y a aussi de véritables beautés. L’autre soir, j’étais fascinée par une gang de filles aux longs cheveux soyeux, fraiches comme le jour, qui semblaient tout droit sorties d’un conte des 1001 nuits. Et moi j’étais là avec mes cheveux filasses qui collaient à mon front et je me disais que la vie était parfois vraiment trop injuste.

« ENVOIE-MOI TA LOCALISATION SUR WHATSAPP »

Ici, il y a pas vraiment d’adresses. On ne dit pas « Je vais au 54, rue Jean Moulin », mais « Je vais au dernier immeuble de la rue qui monte près du supermarché de tel quartier ». Alors oui, évidemment quand tu viens d’arriver et que tu connais pas encore grand chose, c’est pas simple de s’y retrouver. Du coup, le plan B, c’est de s’envoyer la géolocalisation sur whatsapp pour ensuite se googlemapper. Pratique. Et puis bah, si t’as pas la 3G, tu peux toujours demander ton chemin à l’épicier du coin.

VILLE DE LA TEUF
les messages sur les murs du quartier de Gemmayze

À Beyrouth, c’est la fête. « Ah tiens, il est minuit il y a plein de monde dans les bars, on est quel jour? Lundi. Ah ok. » Beyrouth ne dort jamais. Ce n’est pas un mythe, c’est vrai. Des teufs blingbling, des petits concerts underground, des grosses parties de junkies. Il y en a pour tous les goûts, tous les jours à toute heure!

VOUS REMETTREZ BIEN UN SAC PLASTIQUE AUTOUR DE VOTRE EMBALLAGE?
L’écologie, ce n’est pas encore au top des priorités. On le voit présentement avec la crise des poubelles, la politique de gestion des déchets est un vrai problème de société: suremballage à l’épicerie, pas de tri des ordures, décharge illégale le long des routes, très peu d’agriculture biologique, aucune mobilité verte. Ouais, tu vois, c’est pas encore dingue. Sans parler de la pollution dans la ville due au nombre de voitures. Quand j’ai débarqué ici, j’avais la ferme intention de faire tous mes déplacements en vélo puis je me suis résignée en me disant que mourir d’un cancer du poumon dans l’année, c’était pas une top idée.

LE MATIN À LA MER, L’APRÈM À LA MONTAGNE

La plage

Le Liban est un tout petit pays de 10 452 km² (soit 955 fois plus petit que le Canada). Il y a 220 kilomètres de littoral, mais la plupart des endroits sont privés ou inaccessibles. Mais ouf, il y a quand même quelques plages publiques bien aménagées. À l’intérieur des terres, on retrouve de magnifiques montagnes, (en hiver on peut même faire du ski), il y a des rivières, des vallées. Bref, tu peux commencer ta journée par un petit plongeon dans la Méditerranée et enchainer avec un trek en pleine nature. Ouais, on va pas se mentir, c’est plutôt cool. Ah oui, sans oublier qu’au pays des cèdres, il y 300 jours de soleil par an, pas mal quoi.

« HI, KIFFAK, ÇA VA? »
« Hi, kiffak, ça va? », la formule de base quand tu rencontres quelqu’un. Ici, on mélange l’anglais, le français et l’arabe dans la même discussion. Les Libanais étudient en partie en français, travaillent souvent en anglais et vivent la vie de tous les jours en arabe. Un bon gros mix linguistique à l’image de la société toute entière.

LA BOUFFE

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Que celui qui n’aime pas la cuisine libanaise ferme cette fenêtre sur-le-champ. Connus à travers le monde pour leur gastronomie, les Libanais savent faire jouer les papilles. À Beyrouth, il y a des restos, des snacks ou des vendeurs ambulants à peu près tous les 10 mètres. Ici, manger est un art de vivre. Perso, j’adhère complètement. Taboulé, houmous, labneh (que je définirais par un entre-yaourt-et-fromage), fattouche (délicieuse salade), chankliche (fromage fermenté assez salé) et j’en passe. Sans oublier, la mankouché (sorte de pizza au thym), le chawarma (sandwich traditionnel) ou encore les falafels. Niveau dessert, il y a de quoi faire aussi: les gâteaux aux dattes, aux noix ou à l’eau de rose. Le tout accompagné d’une délicieuse limonade menthe-citron et d’un narguilé parfumé à la fin du repas. Ah, je meurs.

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PS: BIG UP aux copains libanais qui m’aident jour à après jour à comprendre un peu mieux cette ville passionnante peuplée de passionnés!