Lettre à toi, le nouveau venu sur le marché de l’emploi

Cher ex-étudiant, cher nouvel adulte sur le marché de l’empoi,

Tu as passé des années entre l’auditoire et la cafétéria de ton campus. Tes semaines étaient dictées par les cours, les remises de travaux, les examens, les sorties avec les copains. Tu vient de passer des dizaines de nuits blanches pour terminer ton mémoire. Tu as rendu la chose, soulagé, heureux. Après 3 années de maternelle, 6 années de primaire, 6 années de secondaire et 5 ans d’unif, tu en as définitivement fini avec l’école. Après quelques jours de vacances pour fêter ça, tu as finalement remis les clés de ton kot et fais ton grand retour chez papa-maman. Voilà, tu en es là. Sentiment étrange de quitter un monde d’insouciance.

Nous sommes le 15 septembre, armé de ton ordi et de détermination, tu te mets en quête d’un travail. Le premier job, le putain de premier job.

Tu passes des heures sur les moteurs de recherche. 42 fenêtres sont ouvertes en même temps. Tu zones sur Facebook sans t’en rendre compte. Tu reviens aux annonces. Un job intéressant. Cool. Ils demandent trois ans d’expérience. Tant pis, tu tentes quand même, en espérant que ton stage de trois mois et tes années passées à servir des cafés comme job étudiant soient valorisés à leur juste valeur.

Tu découvres des offres d’emploi, tu t’appliques pour écrire des lettres de motivation et revérifier ton CV.doc. Tu envoies. Et puis tu attends. Rien. Tu fais la même chose tous les jours. Toujours rien.

« Franchement, ils pourraient au moins répondre non, bande de cons », c’est ce que tu te répètes. Tu envisages finalement de partir construire une cabane dans la montagne et d’aller élever des moutons. Ton vieux rêve hippie.

Mais la société et ses aspects très terre à terre reviennent à toi. Tu prends ton courage à deux mains et tu vas t’inscrire au bureau de chômage. Premier jour du délicieux stage d’attente, fête ou quoi? T’appelles les potes pour lever à un toast à ces premiers instants de pathétisme absolu. Après tout, mieux vaut en rire.

Tu rentres chez toi, quelques mails t’attendent. Tu sens ton coeur s’emporter. Ah, non, c’est des pubs groupon et un refus. C’est pas grave, tu restes digne.

Dimanche, réunion de famille, grands-parents, tantes, cousins, tous te posent la grande question « alooooooooooors, tu as trouvé un travail? » Tu as envie de couper des têtes mais tu te contentes de sourire un peu et de répondre avec un enthousiasme de façade « j’attends des réponses mais je le sens bien ».

Les semaines passent, tu deviens super lazy, tu ne t’habilles même plus le matin. Tu zones toute la journée en pyjama, un bol de kellogs sur les genoux. Tu repenses sérieusement à cette idée de moutons. Et puis un jour, tu te dis que ce n’est plus possible. Tu te reprends en main, tu sors de chez toi, tu rencontres des gens et tu reseautes comme un fou. Tu es de toutes les conférences, de tous les vernissages, de tous les événements. Tu balances des cartes visite en veux-tu en voilà. Tu rajoutes la terre entière sur facebook. Tu te dis que tu as l’air de quémander de l’attention, mais que finalement, on a rien sans rien, alors tu assumes et tu souris.

Un mail arrive, on te propose un super job, tu es aux anges. Vraiment. Tu relis l’offre pour être certain. Ah merde en fait non, pas de bol, c’est un stage non-rémunéré. Tu pleures. Et tu repasses à l’étape pyjama.

Nouveau dîner de famille, tes cernes parlent pour toi. Personne ne te pose de questions. Sauf ce cousin Charles, si brillant, si beau, qui réussit tout tout le temps. Le genre de mec qui même avant d’avoir terminé ses études avait déjà 8 propositions de contrat. Connard.

T’aimes bien tes parents mais t’en peux plus de voir leur face tous jours. Tu emménages dans une colloc de « jeunes travailleurs ». Grosso modo, c’est la même chose qu’un kot mais le loyer est deux fois plus cher et la bière artisanale a remplacé la cara dans le frigo. Tu puises dans ton compte épargne pour zoner dans un fauteuil entouré de jeunes travailleurs à la recherche de travail. C’est la vraie vie d’adulte. C’est génial.

Bref, tu cherches un premier job.

Toi qui comprends très bien ces quelques lignes, j’ai décidé de t’écrire aujourd’hui. Pour te rassurer un peu et puis pour te faire sourire (enfin j’ai essayé). Cette période de merde où tu te sens nul et rejeté par le monde entier, tu penses que tu es seul à la vivre? Et bha non. On est tous passé par là mon vieux. On s’est tous demandé « Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? » et on se le demande tous encore. Les vieux parlent de nous comme de la génération Y. Je sais pas trop à quoi ça rime mais c’est vrai, faut dire ce qui est, on a pas mal la bougeotte. Mais profitons de cette mobilité qui s’offre à nous. Si ton rêve c’est d’aller élever des moutons, bha vas-y. Tu n’en as peut-être pas encore conscience (puis c’est pas le genre de truc qu’on te répète sur les bancs de l’unif) mais tu es bourré de ressources. Tu as une énergie en toi qui peut te faire déplacer des montagnes. Alors, fais ce que tu aimes. Ton objectif en cherchant un boulot ne doit pas être de travailler dans un bureau de 9h à 17h pour gagner 1600 euros + les chèques repas, mais d’arriver à te regarder en étant fière de toi. Le reste suivra. A tout âge, il y a des hauts et des bas et puis finalement on retombe sur nos pattes commes les aristochats. Alors ne baisse pas les bras et crois en toi. Wesh.

Et un dernier truc. Quand tu regardes les autres et que tu te dis que eux réussissent mieux que toi, rappelle toi que eux pensent la même chose de toi.

Voilà, voilà, c’était les conseils de tatie Jehanne qui n’est pas tellement plus vieille que toi. Et qui en 2012 (ouf 4 ans déjà) avait écrit cette lettre à son futur patron et qui a décidé que finalement ce patron serait elle-même.

Peace, love et motivation.

ps: si tu likes la page FB du blog tu feras plaisir à mon ego.

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Lettre à mon futur employeur

Cher futur patron,

Je vais te tutoyer parce-que bon, tu vois je fais de la com’ et dans la com’ on est cool, relax et sympa et donc on se tutoie.

Si tu es mon futur patron, je dois tout d’abord te remercier. Je m’explique, je fais à peine mes premiers pas dans-la-vraie-vie-d’adulte mais s’il y a une chose que je commence à bien comprendre c’est que trouver un travail = GROS GROS coup de bol ou GROS GROS piston ou GROS GROS job de merde (mais ça, ça compte pas). Donc merci de me donner ma chance. (moment d’émotions, hein oui?)

En effet, on pourrait croire de manière naïve et complètement puérile qu’en ayant fait (et réussi) des études, en étant passionnée, en ayant soif d’apprendre, en ayant envie (oui, envie) de mettre mon énergie et mes connaissances au service d’un tiers (je crois que mes lettres de motivations déteignent sur mon langage de tous les jours)… En cumulant tout ça, on pourrait croire que se lancer dans la vie et trouver un job serait logique. AH, OUI MAIS NON. La vraie c’est plutôt: « WAOUW t’as trooooooop de bol t’as trouvé un bouloooooot » et/ou « WAOUW tu as fait 5 ans d’études et tu tries une base de données TROP DE CHANCE » ou encore « WAOUW t’as trouvé un (chouette) boulot après avoir travaillé à temps plein bénévolement pendant un an, TROP BIEN ». Genre.

-Travailler, n’est plus monnaie courante ma p’tite dame, c’est plus ce que c’était.-

Point important: faut que tu dises à tes autres potes patron d’arrêter avec les 3 ans d’expérience. Non mais parce-que moi je comprends pas, si tout le monde demande à tout le monde trois ans d’expérience quand est-ce que tu la commence ta fucking expérience? Et puis si c’est pas les 3 ans, c’est les trois lettres maudites: ACS.

Mais nous, comment on fait nous?

Et puis, alors, bon ça t’y peux rien mais… on se tape trois ans de maternelle, 6 ans de primaire, 6 ans de secondaire et 5 ans d’unif et sur les dizaines et les dizaines de profs qu’on a pu avoir, il y en a pas un seul qui a eu la présence d’esprit de nous expliquer quelques notions du genre: assurance, mutuelle, épargne, pension, indépendant, syndicat, chômage, sécurité sociale. Les parents?  Ils t’expliquent comment avoir des gosses mais pas comment devenir adulte… Quant à la déclaration d’impôts, j’aurai besoin de quelques infos aussi mais bon, ça ça tombe sous le sens.

Dis, il parait que la première année on a pas droit à des vacances. En même temps, en Belgique c’est un peu la teuf à « la première année t’as pas droit », non? Ouioui, tu as bien deviné, je parle du… STAGE D’ATTENTE. Alors, celui qui a décrété ça, il était pas le plus fin psychologue de la terre entière. Déjà que quand on sort de nos études, on est un peu paumé dans la vie: Qui suis-je? Où vais-je? Dans quel état j’erre? Malgré cela,  on doit répondre 45 fois par jour  à la (très simple) question « Aloooors, que ce que tu vas faire maintenant? » Héhé. LOL. Pendant ce temps, le monde du travail te dit « tu es jeune, on veut quelqu’un qui a plus d’expérience » et la société te dit « oh, mert’ hein, démerde toi ». Du coup, tu te retrouves face à toi même, à tes questions, tes indécisions. (et à ton portefeuille vide).

Un jour, je me dis « je m’en fou, je me casse, je vais vivre loin d’ici d’amour et d’eau fraîche« , puis quelques heures plus tard:  » je dois rentabiliser mon temps, je vais plutôt chercher un stage de dingue à l’étranger« , et encore un peu plus tard « en fait,  j’ai besoin de thune, je postule au Quick » et pour finir « mais quoi, il y a pas de raisons: je vais devenir reine du monde + créer la plus grande boite de com’ de tous les temps et prouver à tous ces vieux pourris que les messages clignotants sur un site internet c’est aussi pathétique que le dernier clip de Matt Pokora« . Mais finalement, je fais rien parce-que je ne sais pas par où commencer, que j’ai pas d’argent et qu’ à force d’avoir tant réfléchi, il est déjà l’heure de manger. Du coup, je me contente de vérifier mes mails et de cliquer sur « rafraîchir la page » des offres d’emplois toutes les heures, en vain.

Mais grâce à toi, ma vie va changer. Je vais découvrir les joies du monde du travail. Stresser les premiers jours mais prendre mes petites habitudes par la suite. Acquérir de l’expérience (et approcher le Grâle des trois ans). Je me réjouis.

Bon, je te dis à bientôt alors (j’espère vraiment). RDV à la senseo.

ps: si tu veux, « Un jour, je tiendrai un blog » a même une page Facebook, par ici l’ami: https://m.facebook.com/unjourjetiendraiunblog