Flair, yeux gonflés et course-poursuite à Beyrouth

Salut le blog,

Comme tu le sais peut-être, je fais partie des dix finalistes du concours Flair Online Talent Award #Fota16 (ouais moi aussi je suis surprise). Dans le cadre de ce concours, nous (les finalistes) avons reçu comme challenge de bloguer notre rituel beauté du matin. Pour nous aider dans la mission (oui on peut parler de mission), on a reçu les nouveaux produits Pep-Start de Clinique. Bref, tout ça m’amène aujourd’hui à te raconter une histoire d’yeux gonflés additionné d’une mission presque impossible à Beyrouth, le tout saupoudré d’un produit magique. Oui, je sais, ça à l’air tordu mais détends-toi, on va y arriver (et même qu’il y a une happy ending).

Yalla, je commence.

Dans la vie, j’ai un petit problème: je suis allergique au matin. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas exactement au matin que je suis allergique mais aux acariens (genre vraiment fort). Outre l’effet réveil-sexy-en-douceur-à-coup-de-bruit-de-trompette-et-de-mouchoirs-plein-le-lit (spéciale kassededi à mon mec), ce léger handicap me donne une tête de lutin-endormi-slash-Casimodo des plus charmantes. C’est donc avec les yeux bouffis et le visage gonflé que je me lève péniblement tous les jours pour commencer ma journée.

Qu’est ce que je fais pour y remédier?

Et bien, pas grand chose (en tous cas rien jusqu’à ma découverte de la nouvelle gamme Pep-Start). Au risque de te décevoir, ma routine beauté (je ne pensais jamais employer l’expression « routine beauté » dans ce blog) n’est pas du tout extraordinaire, elle même plutôt inexistante. En vérité vraie, je me contente de boire un petit jus pour me réveiller, puis je prends une douche, je me lave le visage avec un gel sans savon, je me brosse les dents et je me coiffe vite-fait-bien-fait (parfois j’oublie même cette étape). Je t’entends déjà crier au scandale « et ta crème de jour? ». Ouais, je confesse je ne mets pas de crème de jour, rien nada. Je ne sais pas si c’est bien ou mal néanmoins, ma peau s’auto-régule et c’est très bien comme ça. Cependant, j’avoue que même si je n’en fais pas une affaire d’état mes yeux gonflés sont parfois difficiles à supporter. Mais ma paresse étant ce qu’elle est, je me suis faite à l’idée que je vivrais avec les yeux gonflés, punt aan de lijn.

Et puis, lundi (hier en fait), j’ai reçu par mail une mission presque impossible de la part de Flair : mettre en scène mon rituel beauté du matin à l’aide des produits Pep-Start Clinique envoyés par la poste. Problème, drame et petit stress dans mon cerveau. Premièrement, je ne suis pas (voire pas du tout) une pro des conseils beauté. Ensuite, problème numéro deux (et pas des moindres), le colis est arrivé chez moi à Bruxelles, tandis que je suis en ce moment à Beyrouth. Pratique hein? J’avais 24h pour me faire parvenir le paquet séparé de ma petite personne par 6000 km. Et bien, j’ai relevé le défi, ouioui. Pour ce faire, j’ai tout envisagé. Demander à ma soeur de me faire une description minutieuse de son experience des produits (mais c’était un peu triché) ou me les faire envoyer par le vol du lundi (pas de bol j’ai reçu le mail trop tard, l’avion était déjà parti) ou encore me téléporter (mais ça n’a pas marché). J’étais à deux doigts d’abandonner le challenge quand je me suis dit que rien n’était impossible et que ce n’était pas 6000km qui allait me faire craquer. Armée de courage (okay j’exagère un peu mais c’est pour rajouter du piment à l’histoire), je suis partie à la recherche de la gamme Pep-Start de clinique à Beyrouth. Comme c’est des nouveaux produits, j’avais quand même peur de pas les trouver. (Quand je vous disais que Flair m’a filé une vraie mission.) Bref, je me suis rendue dans le très chic quartier de downtown dans un grand magasin de produits de beauté, curieux hasard au moment même où je passais la porte, j’ai entendu deux clientes s’exclamer « ma fi Clinique », « ma fi » signifie « il n’y a pas » en libanais (voilà maintenant tu connais deux mots d’arabe). Le destin était avec moi, je me suis alors retourné vers ces connaisseuses pour leur demander où je pouvais trouver mon précieux sésame. Elles m’ont dirigé vers l’ABC Achrafieh, un autre mall très chic. Vroum, en route vers le haut de la ville. Après avoir passé une demi-heure dans les embouteillages pour fair 1km, je suis finalement arrivée à bon port (juste à temps avant la fermeture des portes). Je suis rentré dans le centre commercial à la hâte (j’étais vraiment excitée par cette affaire t’sais). Là-bas, j’ai trouvé l’équivalent de l’Inno chez nous et soudain face à moi, le stand Clinique. Hourra la nouvelle gamme Pep-Start était présentée. J’ai fait un petit bon de joie. Comme j’étais extrêmement enthousiaste, la vendeuse était plus gentille que jamais. Elle m’a donné un petit échantillon du soin défatigant pour les yeux (celui qui m’intéressait le plus). Je suis rentrée chez moi, tel un explorateur qui ramène un trésor. « Youpie, je vais pouvoir participer au concours », ça c’est que je me suis dit.

Après une bonne nuit de sommeil pour me remettre de mes émotions (oui carrément), ce matin (mardi), j’ai donc essayé le gel sur mes yeux endormis. J’ai senti l’effet immédiatement. Ça a un peu chauffé, mais c’était agréable. Mon regard s’est ouvert. Adios les yeux de Casimodo. Bonjourno les yeux de biches (enfin dans mon cas, c’est plutôt des yeux de puppy dog mais c’est du pareil au même). Bref, je valide completement.

Dans quelques semaines, je rentre à Bruxelles, je vais pouvoir découvrir (enfin) mon paquet Clinique qui contient le Pep-Start Soin Yeux Défatigant, le Pep-Start Nettoyant Exfoliant Énergisant 2 en 1 et le Pep-Start Hydratant Perfecteur Instantané. En plus, Clinique est une marque que j’aime particulièrement. C’est idéal pour les peaux fragiles et sensibles aux allergies. Coolos megalos quoi. (Je vous en dirai des nouvelles).

Bref, c’était la petite histoire rocambolesque de cette mission Flair bruxello-beyrouthine. Par contre, toi qui lis ceci, n’oublie pas que le meilleur rituel beauté dans la vie, c’est de se regarder dans le miroir en se répétant « je m’accepte telle que je suis ».

Allé, gros kuss!

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Mon pays a explosé

Il y a longtemps que je t’ai pas écrit.

Mon pays a explosé, tu sais ça? Oui, je pense que tu sais, tout le monde le sait.

Du 12 au 21 mars, je suis rentrée chez moi, à Bruxelles. Pendant 9 jours, j’ai couru entre mes potes, ma famille et mes rdv pro avant de repartir pour Beyrouth. Lundi 21 mars, au matin, je me suis réveillée dans ma petite chambre familiale, j’ai fait ce geste qui me semble déjà bien routinier: fermer ma valise, vérifier si j’ai bien mon passeport et ma carte visa. J’ai fermé la porte de ma maison schaerbeekoise et j’ai marché direction gare du nord. Dans le train pour Zaventem, j’ai observé une dernière fois les paysages bruxellois défilé en me demandant quand est-ce que je reviendrais pour la prochaine fois. A l’aéroport, j’ai voulu enregistré mon bagage mais la tirette a explosé. J’ai un peu rigolé devant la madame de Middle East Airlines. Du coup, j’ai été emballé ma valise dans du plastique. Je trouvais ça marrant, je m’étais toujours demandé à quoi ça servait d’emballer son bagage dans du plastique. Alors, j’ai fait une photo de cette valise-préservatif dans le hall d’accueil des passagers et je suis partie prendre mon avion.

Au milieu des nuages, j’ai papoté avec une travailleuse humanitaire qui allait en Jordanie. Il y a eu des turbulences, on a rigolé pour pas stresser et puis voilà on est arrivées à Beyrouth. J’ai retrouvé mon petit cocon, mon copain, mon lit et j’ai dormi.

Mardi 22 mars, je me suis réveillée en forme, heureuse, sereine. J’ai ouvert FB assez machinalement et j’ai lu qu’un bruit de détonation avait été entendu à l’aéroport de Zaventem. De minutes en minutes, les informations sont tombées. Mon Whatsapp a commencé à sonner: « Jehanne t’es où? Tu rentrais quand au Liban? ». Les premières photos sont sorties. J’ai hurlé. J’ai enfilé n’importe quoi et j’ai foncé dans le premier taxi vers l’autre bout de la ville, chez mon amie belge. Au milieu des embouteillages beyrouthins, j’ai appris qu’une bombe avait explosé à Maelbeek. Des larmes chaudes et très salées sont arrivées au coin de ma bouche. Le chauffeur m’a tendu un mouchoir en souriant.

J’ai rien compris. J’étais loin des miens. Les images d’horreurs se sont succédé.

J’ai retrouvé mon amie, on s’est serré dans les bras. Devant TV5Monde, on répétait « mais putain, mais putain ». Les premiers décès ont été annoncés. L’horreur a continué.

Pendant 24h, je n’ai fait que rafraîchir mon fil d’actus. Etre certaine que les proches vont bien, trembler devant les photos de victimes, être écœurée de la récupération médiatique, pleurer devant les témoignages, rugir devant certaines réactions.

Dans le flux d’infos, j’ai lu qu’un homme, Alphonse Youla, avait été un véritable héros pendant les attentats à l’aéroport. Il a porté secours à plusieurs victimes. J’ai directement reconnu son uniforme avec les bandes fluos. Il travaille pour la compagnie qui a emballé ma valise dans du plastique la veille. J’ai pleuré, j’ai souri. Fort.

Mon pays a explosé à 3000km de moi. J’ai eu envie de serrer mes proches dans mes bras. Si fort. Tu peux pas t’imaginer. Mais je pouvais pas. Et puis, la vie a continué. A Beyrouth, on m’a dit « bienvenue au club des pays qui explosent ». J’ai un peu rigolé en essuyant les larmes et la morve sur les manches de mon pull.

Voilà, c’est tout.

Je suis Bruxelles, Lahore, Paris, Beyrouth, Ouagadougou, Ankara, Damas, Tunis, Maiduguri…

A toutes les victimes de la barbarie: Rest In Peace.

 

 

rue Henri Bergé

Hey salut,

D’abord, j’espère que tu vas bien. Ensuite, je voulais te dire un truc, du coup j’ai décidé de te l’écrire…

L’autre jour, j’étais sur facebook, entre des photos de chats et des articles aux gros titres, j’ai vu passer cet info: salah abdeslam s’est caché 20 jours rue Henri Bergé à Schaerbeek. 

Non de dieu de merde, quel fucking trou du cul. (Voilà, je crois que je me suis dit ça).

Tu ne le sais peut-être pas mais je m’appelle Jehanne Bergé et Henri Bergé c’est mon arrière-arrière grand-père et cette rue est à sa mémoire, en son honneur. Quand je traverse Schaerbeek en vélo et que j’arrive dans cette rue, je me sens fière. Ouais, fière. C’était pas n’importe qui cet arrière-arrière grand papy.

Alors, oui-non, je t’avoue que c’est pas génial de voir que l’une des pires ordures de notre époque est en train de salir le nom de mon aïeul. Et puis, tu vois, au final, on est bien peu de choses. Ironie de l’Histoire, cette grosse merde de fondamentaliste s’est caché dans la rue d’un militant pour la laïcité. Mais ça personne le sait. Et j’ai donc décidé que je voulais t’en parler.

Henri Bergé nait en 1835 à Bruxelles.  Il étudie la chimie et la littérature à l’ULB pour ensuite l’enseigner par la suite. Il participe à la fondation de l’Ecole Polytechnique de l’ULB et y donne des cours. Il devient même le chimiste attitré de la Ville de Bruxelles de 1864 à 1870.  En 1877, il devient recteur de l’ULB. Il fait une grande carrière scientifique notamment dans le domaine de l’hygiène publique où ses innovations aident à améliorer le bien être de ses co-citoyens. Mais Henri Bergé est aussi une grande personnalité politique. En 1863, il fonde la société la « Libre pensée ». La même année, il se marie avec Leonie Stein, cet union est le tout premier mariage civil dans la ville de Bruxelles. Il soutient vivement Isabelle Gatti de Gamond pour créer un enseignement féminin à Bruxelles. Il devient échevin de Schaerbeek. Il se bat pour l’instruction publique obligatoire, laïque et gratuite. Toute sa vie, il s’est appliqué à refuser tout dogmatisme religieux ou philosophique, et à se fier principalement à ses propres expériences et sa raison pour penser ou juger.

Il meurt à Schaerbeek le 29 mars 1911.

La commune a dénommé une de ses artères Rue Henri Bergé pour lui rendre hommage et pour que son nom retienne l’histoire.

Ce pauvre crétin de salah abdeslam, aveuglé par l’obscurantisme, s’est caché dans cette rue comme un rat. J’aime à rêver que peut-être, si il s’était intéressé un instant à la Libre Pensée, il aurait été différent.

Comme quoi, les rues racontent l’Histoire. (voilà, sur ce je compte sur toi pour découvrir qui est la personne qui se cache derrière le nom de ta rue).

Une petite citation d’Henri Poincaré histoire de conclure bien comme il faut:

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être. »

Bye,

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Quand Donald Trump qualifie Bruxelles de « trou à rats »

Après les lolcats, voici les lolrats ! Les belges continuent de faire honneur à leur sport national: le second degré! Donald Trump a traité Bruxelles de “trou à rats”, les belges lui répondent à leurs manières. WeshWesh la Belgique.

Tête de con?
Tête de con?

Lors d’une interview accordée à Fox Business Network, le plus grand connard de la terre, Donald Trup, candidat à l’investiture présidentielle républicaine a qualifié la capitale belge, Bruxelles « de trou à rats (« hellhole ») où les musulmans imposent la charia. Oui, madame, il a dit ça le Donald.

La journaliste lui demande si sa proposition de meeeerde d’interdire aux musulmans l’accès aux USA était réaliste ? Le sacré lascar répond :

«  Allez à Paris, allez à Bruxelles, allez dans différents endroits. Quelque chose de mauvais est en train de se passer. Là, ils veulent imposer la charia, là, ils veulent autre chose… Vous savez, il faut un minimum d’assimilation. Il n’y a pas eu d’assimilation. »

Attention, le meilleur arrive…

« Allez à Bruxelles, moi j’y suis allé, il y a 20 ans c’était si beau et maintenant c’est comme vivre dans un trou à rats ».

 Un trou à rats ? Vraiment ? C

Ni une, ni deux, les belges ont répliqué à coup de réseaux sociaux, nan mais, comment il parle de nous celui-là ? Hé Ho, ça va ou quoi ?

En Belgique, on s’en est donné à cœur joie à coup de hashtag #hellhole et #sendarat2donald.

Quelques exemples :

 

https://twitter.com/Alinedev/status/692352264040812544

 

Mais ce n’est pas tout, le chanteur belge Arno a publié, hier, une lettre ouverte au candidat républicain sur le site  Het Laatste Nieuws, traduite en français par la libre voici quelques extraits :

« Nous sommes plus d’un million à habiter dans cette ville où l’on rencontre le monde entier et où toutes les nationalités se côtoient et s’entremêlent. Parfois, je rentre chez moi le soir sans me souvenir dans quelle langue s’est déroulée ma dernière conversation. (…)Bruxelles est une « sale beauté ». Oui, il y a plein de trucs qui ne tournent pas rond ici, chaque grande ville a ses problèmes. Il y a beaucoup de jeunes chômeurs d’origine étrangère, il y a du racisme partout : chez les blancs-bleus belges, mais aussi dans d’autres communautés. Des gros cons, on en trouve partout : aucune communauté ne pourra en revendiquer l’exclusivité. (….) Car en toute franchise : je trouve que toi, tu es un bonhomme dangereux, un psychopathe. Un type qui se met à bander dès qu’on lui accorde un peu d’attention. (…). »

Arno Pré-si-dent.  En tout cas n’importe qui sauf ce putain de facho Donald Trump.

Hier après-midi, la salle de concert bruxelloise, l’Ancienne Belgique (l’AB pour les intimes) affichait en pleine centre-ville sur son écran d’informations : « Welcome to the hellhole »

AB

 

Les belges nous prouvent encore une fois que le second degré est une arme infaillible.

Le mot de la fin : Trump tu veux pas venir chez nous ? Écoute c’est pas plus mal au final parce-que nous on te veut pas non plus.

Voilà,

ps: si ça tu veux tu peux liker la page https://www.facebook.com/unjourjetiendraiunblog/ (mais si tu veux pas c’est cool aussi)

Allô Bruxelles, c’est comment la situation chez toi?

Nan, Bruxelles n’est pas un nid à terroristes. Ouais, c’est une chouette ville à visiter. T’as des doutes là-dessus ? Passe un coup de fil à la ville. Un Bruxellois t’expliquera tout.

A en croire les medias internationaux, Bruxelles est une terrible zone de guerre. En vérité vraie, malgré la menace, le quotidien des bruxellois n’a pas vraiment changé. Bien-sûr, mi-novembre, la quasi paralysie de la ville pendant le niveau 4 (menace « sérieuse et imminente ») a été vécue difficilement par la majorité des habitants mais depuis que le niveau est redescendu à 3, la vie a repris le dessus. Bruxelles est une ville plutôt cool qui regorge de cafés, de musées, de théâtres et de fêtes. Vraiment, on y est bien. (Puis y a d’la bière, du chocolat, des bd, des frites et des peintures de Magritte). Le hic, c’est que depuis les évènements, la ville a perdu 20% de ses visiteurs. Face à cette situation, Visit Brussels, l’agence du tourisme de la Région de Bruxelles s’est retroussé les manches en lançant une grande campagne internationale pour faire revivre le tourisme bruxellois : Call Brussels.

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Quand on hésite à se rendre dans un pays pour des raisons de sécurité, rien de mieux que de demander aux locaux ce qu’ils en pensent… C’est à partir de cette idée qu’est née la campagne #callbrussels. La ville a installé trois cabines téléphoniques éphémères dans différents quartiers  de la capitale : au Mont des Arts (lieu très touristique, à quelques pas de la Grand-Place), à Flagey (quartier très vivant et branché) et sur la Place Communale de Molenbeek (un quartier très animé mais aussi (mal)connu comme « la plaque tournante du djihadisme européen »). A partir de ton ordinateur ou de ton smartphone, toi, internaute, tu peux appeler gratuitement l’une des trois cabines via le site web https://call.brussels/ A l’autre bout du fil, à Bruxelles un passant, un « local » ou un touriste finira bien par te répondre.

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Le concept : un téléphone sonne dans le vide (à la manière d’Amélie Poulain), certains passent sans prêter attention, d’autres plus téméraires, décrochent et écoutent les questions des futurs touristes ou des simples curieux. Des webcams filment en direct les trois lieux, ce qui permet à l’utilisateur d’observer son interlocuteur. Le tout est diffusé en streaming sur internet.

Le 18 janvier, l’agence diffusera un petit film reprenant les meilleurs passages, via les réseaux sociaux et l’achat d’espaces média dans le monde entier. La campagne au total coûtera un demi-million d’euros (ouais c’est pas rien). Le pari était risqué. Est-ce que les internautes allaient appeler ? Pour dire quoi ? Qui allait décrocher ? Les gens allaient ils jouer le jeu d’un côté comme de l’autre du téléphone ?

Le succès semble être au rdv. En 24h plus de 1800 appels ont été échangés. L’expérience a duré 5 jours et se termine ce lundi à 19h (heure locale).

Pierre un jeune bruxellois avait entendu parler des téléphones, comme il passait par Flagey avec un ami, ils se sont dit «go and try ». « On a eu un corse en ligne. On a discuté de Bruxelles, de ce qui se passe et aussi de la Corse. Il nous voyait à travers la caméra, ça l’a rassuré je crois. Il a posé quelques questions mais il n’était pas vraiment inquiet. C’était plus une chouette interaction sociale entre deux personnes. »

Hier, j’ai pris mon courage à deux mains pour appeler ces inconnus dans la rue (parce-que oui je viens de Belgique mais en ce moment je vis loiiiiin). Pour être tout à fait honnête, c’était assez intimidant. Point faible du système, la connexion est peu lente, il  y a un décalage de quelques secondes. Par contre, voir la scène en direct sur l’écran de son ordinateur est assez excitant, les gens qui passent près du téléphone, quelqu’un approche, hésite et finalement décroche et, nous voilà en ligne à discuter.

A Flagey, Yves a directement décroché le téléphone : « Mais oui tout va bien, comme toujours. Il se passe rien à Bruxelles à part quelques fanatiques un peu fous mais c’est pareil dans toute l’Europe ».

Au Mont-Des-Arts, c’est une bande de jeunes demoiselles qui ont pris le cornet en riant « Ouiii, Bruxelles va bien, tout va bien merci. Il faut venir, hein ! »

Et enfin à Molenbeek, après avoir sonné dans le vide plusieurs minutes, c’est un petit ket (comme on dit ici) qui a répondu « Moi, j’ai 8 ans et je cherche quelque chose au marché et toi, t’es journaliste ? Tu cherches les terroristes ? »

Espérons que cette campagne redonne ces lettres de noblesse à la capitale belge malgré l’actualité qui continue de l’accabler. En tout cas, je t’invite à tenter l’expérience Call Brussels (qui se termine dans quelques heures) pour papoter un petit bout avec les bruxellois ou si t’es bruxellois toi pour tailler la bavette avec un « d’ailleurs ».

Bruxelles.

J’ai mal mon cœur quand je vois des titres d’articles du genre « Bruxelles, le terreau du terrorisme en Europe ». Ouais, ça me fait une grosse boule qu’on parle de ma ville comme ça. Alors aujourd’hui, pas de politique-panique, mais un peu de douceur dans ce monde de brutes. Bruxelles, je t’aime, puis je te le dis et je l’écris.

Tout d’abord, faut que tu saches qu’à l’étranger quand quelqu’un prononce BruXel et pas BruSSel, et ben je te défends. Aussi, quand on parle de « guerre entre Flamands et Wallons » (une fois sur deux ils prononcent Vallons) ben, je prends le temps d’expliquer comme je peux qu’au nord il y les Flamands, au sud les Wallons et au milieu il y a toi, Bruxelles et ta tour de Babel. T’es incroyable t’sais avec ta michpopote de langue dans le métro : français, néerlandais, anglais, arabe, portugais, allemand,  turc, espagnol, chinois, pakistanais, polonais, bulgare,… Tu te rends compte de ta richesse ? T’es étonnante, et  même si ton temps est pourri t’es chaleureuse. En plus, quoi qu’il arrive, tu trouves des solutions, fin des compromis. Ouais, t’es parfois absurde, mais c’est ta marque de fabrique. T’as fait de l’autodérision un sport national. T’es contradictoire aussi. T’as tes bourgeois qui roulent en mini, puis tes pauvres qui zonent dans le métro. T’es souvent injuste avec les faibles et tu te caches les yeux. T’es pas parfaite Bruxelles, oh, non. Tu te gentrifies, puis t’es quand même malhonnête.  Mais t’es comme t’es, jamais vraiment solide, toujours un peu entre deux. On va pas se mentir, t’es pas la plus funky, ni la plus jolie. Mais t’es toi, avec ton canal qui a envie de se pendre et tes habitants qui ont bon cœur. Bruxelles, ces derniers jours, c’était pas chouette de te voir avoir peur. On te veut vivante. Qui mange des trucs un peu gras, et  qui boit trop de verres. On te veut EN VIE avec tes peye dans leur bar dés 9h, avec tes bureaucrates pressés sur les grands boulevards, avec tes zonards sur les bancs du centre-ville, avec ta jeunesse éclairée dans les rues d’Ixelles,  avec tes vieux, tes jeunes, tes moches, tes beaux, tes réfugiés, tes gauchos, tes handicapés, tes flamingants, tes artistes, tes étrangers, tes hipsters, tes métissés, tes désabusés, tes bobos, tes religieux de tous bords, tes révoltés, tes cons, tes idéalistes. Avec tous ceux-là, et puis tous les autres.

Presque 2 million de kets qui t’aiment. Penses-y.

Longue vie à toi Bruxelles. Longue vie à toi.

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Le p’tit coiffeur du coin

Le blog,

Tcheu, je sais pas ce que j’ai en ce moment… J’ai la papote du clavier on dirait.
Mais là, je peux pas résister, je dois te raconter. C’est un petit rien du tout mais quand même, il a sa raison d’exister.

C’est l’histoire du p’tit-coiffeur-du-coin, aussi connu sous le nom du gentil-monsieur-du-coin qui comme son nom l’indique est un gentil monsieur qui tient un salon de coiffure qui se trouve sur un coin.
Va savoir pourquoi, un jour, lui et moi on a commencé à se sourire. Et puis c’est devenu une habitude, tous les matins en passant devant sa devanture, je lui jetais un petit regard et lui me faisait un coucou avec sa main.
Et puis un jour, il a dit, « hé là bas, je vais quand même une fois te faire une bise ». Alors, on s’est fait une bise.
Un matin, un peu après le nouvel-an, depuis le pas de la porte de son salon il m’a crié « je voulais juste te souhaiter tout le bonheur du monde mademoiselle », ça m’a ému. Parce-que tout le bonheur du monde, bhen, c’est pas rien.
Après, j’ai déménagé, j’ai habité dans d’autres quartiers, mais quand je repassais devant le p’tit salon du coin, on y dérogeait pas; un petit clin d’œil par ci, par là.
Et puis, je suis partie cinq mois au Canada. Je vais pas te mentir, j’ai jamais pensé au p’tit monsieur quand j’étais là-bas. Mais un beau jour, je suis revenue chez moi, et une des premières choses que mon père m’a dite c’était: « tu vas être triste, le gentil p’tit coiffeur a fermé boutique, le commerce est à remettre. Il est sans doute fort malade ». J’ai dit « Oh, mon gentil petit monsieur est malade? Oui, c’est vrai que c’est triste ». Mais, bon, fallait défaire la valise, raconter la neige, manger du chocolat et reprendre la vraie vie donc j’ai un peu oublié le gentil p’tit coiffeur du coin.
Jusqu’à aujourd’hui, deux mois plus tard. Va savoir pourquoi mais je me suis réveillée en pensant au p’tit monsieur. Et je me suis dit qu’il avait peut-être un cancer ou qu’il était peut-être mort. Et j’ai trouvé ça triste et nul. Je voulais en avoir le cœur net. Si il était mal en point, j’avais envie de lui dire que je pensais à lui ou je sais pas quoi. Alors, j’ai été devant le petit salon de coiffure, dessus il y avait une affiche « commerce à remettre » avec un numéro de téléphone, j’ai noté les chiffres et je suis rentrée chez moi. J’osais pas trop appeler, je savais pas sur qui j’allais tomber. Mais bon, j’ai pris mon courage à deux mains et hop, j’ai poussé sur le téléphone vert. Mince, je suis tombée sur un répondeur, j’aime pas les répondeurs. Flûte, mon enquête commençait déjà à piétiner. Bon, j’ai décidé de prendre le bus parce-que malgré ma nouvelle vocation de détective, je devais aller travailler. Soudain, mon téléphone se mit sonner; c’était le numéro de l’affiche. Le dénouement de mon énigme était là au bout du fil. J’ai décroché.
« Allô, vous avez essayé de me joindre », j’ai reconnu sa voix. J’ai souri fort.
« Heu, bonjour, pardon, vous ne me connaissez pas, en fait j’ai vu que votre salon était fermé et comme on se disait bonjour tous les matins bhen je m’inquiétais. Alors, heu, en fait, j’appelais pour savoir si vous alliez bien. »
Voilà, je crois que j’ai dit quelque chose comme ça.
J’te passe les détails du reste de cette drôle de conversation téléphonique parce-que bon, je vais pas étaler sa vie mais le plus important c’est qu’il va pas si mal et voici plus ou moins comment le coup de fil s’est terminé « alley, merci beaucoup, ça m’a fait bien plaisir, un gros bisous hein ». (Avec cet accent bruxellois plus délicieux que les pralines de chez neuhaus.)
Alors voilà, je sais même pas si il sait qui il a eu au téléphone mais moi en raccrochant j’ai eu le coeur vraiment-vraiment content.

Voilà c’est tout.

À vous, monsieur le p’tit coiffeur du coin.

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