La petite fille de la nuit

A Beyrouth, la nuit c’est la vie. Les rues des quartiers branchés se remplissent de noctambules de tous âges et de toutes origines.

Tous les bars sont pleins (même les plus pourris). L’alcool coule à flot, la musique retentit. Plus qu’ailleurs sans doute, la fête fait vibrer la ville. Genre, vraiment. A coup de verres bien hauts, le temps d’un instant, on oublie les poubelles, la crise politique, les problèmes d’eau, d’électricité et d’internet, la guerre voisine et les deux millions de réfugiés. On s’enivre aujourd’hui puisqu’on ne sait jamais de quoi sera fait demain.

Mar Mikhael, ça sent la fête dés 19h à l’happy hour. Les gens sont beaux et lookés.

Vendredi soir, il doit être 23h, on s’assied à une table sur le trottoir. On boit du vin, on papote, tout va bien. Je me désintéresse un instant de la conversation pour observer l’agitation. Parmi les fêtards, une multitude d’individus tournent en rond espérant attirer l’attention. Des vendeurs ambulants de machins qui ne servent à rien, des cireurs de chaussure que tout le monde refuse et puis des enfants qui quémandent de l’argent. Ce contraste de misère sociale face à la jeunesse dorée profitant de la vie me serre le cœur. B. qui m’observe du coin de l’œil me glisse un « essaye de lâcher prise et de t’amuser quand même, dacc? ».

Je reviens à la conversation. Un photographe ambulant se ballade avec son polaroid, Z. demande qu’il nous prenne en photo. Une petite fille, de 6 ans tout au plus, vient près de nous et s’assoit à notre table. Tout à fait sûre d’elle, elle prend la photo dans ses mains et nous pointe du doigt chacun à notre tour. Elle repose la photo et commence à danser sur le son de la musique tout en continuant à nous toiser. B. sort un billet et le lui tend. Elle s’en va vers le groupe suivant.

Je ne peux détourner mon regard de cette petite personne. Elle se glisse dans la foule, blaguant avec les adultes avec une assurance tout à fait déconcertante. Elle prend la bière de l’un, passe sous les jambes de l’autre. Quand les gens ne prêtent pas attention à elle, elle danse en agitant ses bras en l’air et en bougeant vivement son bassin.

Ses yeux immenses ne reflètent pas une once de peur, ni de joie d’ailleurs. Jamais auparavant je n’avais vu un enfant sans la moindre trace d’innocence dans le regard.

Je bous intérieurement. Qui a appris à cette gamine à agir de la sorte? Qui l’oblige à faire ça? Qui lui reprend tout ce qu’elle a gagné une fois qu’elle rentre chez elle? Quel parent peut laisser traîner son enfant dans les bars au milieu de la nuit?

On change d’endroit. Je n’ai plus envie de boire. La petite arrive près du comptoir. Le patron la tient par le bras pour la mettre dehors tout en lui glissant un billet. Je la regarde. Elle ne fronce pas un sourcil. Aucune émotion dans les yeux, toujours ce regard rempli d’assurance. Elle se frotte un peu le bras et se remet en route vers une nouvelle cible.

Les gens lui sourient. Elle est très mignonne. Ce n’est qu’une enfant. Les habitués la connaissent. Certains lui passent la main dans les cheveux, d’autres la chasse à coup de « khalas ».

Il est 2h du matin, nous quittons le quartier, elle est toujours là à voguer d’un groupe de personne à l’autre pour demander quelques billets. Je ne sais quand elle finira par aller dormir avant de tout recommencer dés le lendemain.

Enfance volée. Quel futur pour elle? Qu’est ce qui l’attend? Déjà si grande alors qu’elle est si petite. La suite risque d’être pire encore.

Monde de merde.

Pendant plusieurs jours, j’ai continué à penser à cette gamine et à en parler. Mes amis libanais m’ont répondu « C’est probablement une syrienne d’une famille très pauvre. On ne peut pas agir, c’est des mafias qui gèrent ça, ils se servent de ces enfants. Le seul truc qu’on puisse faire c’est d’être gentils avec eux et empêcher les actes de violence dont on est témoins. »

Je répond: « Je comprends pas comment on peut faire la fête en dépensant 10$ par verre à côté de ces gosses qui n’ont rien. »

Ils ajoutent: « Jehanne, on ne peut pas s’arrêter de vivre parce que certains sont malheureux, on ne peut pas. »

Ils ont raison.

Peut-être qu’ici, mon esprit de petite belge bien pensante est choqué parce que la misère est face à moi sans fard, sans masque. En Europe, on cache les choses qui nous gênent. On laisse les gens crever parce qu’on a pas envie de s’en occuper. On refuse les réfugiés parce qu’on a peur pour notre petit confort. On ne voit que ce qu’on choisit de regarder.

Voilà, c’était un vendredi soir à Beyrouth.

Je dédie ces quelques mots à ces enfants des rues qui vagabondent entre les âmes imbibées une fois la nuit tombée.

Je vous invite à lire ce billet, un mec raconte avoir sauvé 4 enfants pour 600$ à une mère qui les vendait dans la rue.

Aussi cet article du guardian sur les enfants des rues.

Et enfin, cette étude d’Unicef intitulée « Children living and working on the streets in Lebanon »

enfant

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Flair, yeux gonflés et course-poursuite à Beyrouth

Salut le blog,

Comme tu le sais peut-être, je fais partie des dix finalistes du concours Flair Online Talent Award #Fota16 (ouais moi aussi je suis surprise). Dans le cadre de ce concours, nous (les finalistes) avons reçu comme challenge de bloguer notre rituel beauté du matin. Pour nous aider dans la mission (oui on peut parler de mission), on a reçu les nouveaux produits Pep-Start de Clinique. Bref, tout ça m’amène aujourd’hui à te raconter une histoire d’yeux gonflés additionné d’une mission presque impossible à Beyrouth, le tout saupoudré d’un produit magique. Oui, je sais, ça à l’air tordu mais détends-toi, on va y arriver (et même qu’il y a une happy ending).

Yalla, je commence.

Dans la vie, j’ai un petit problème: je suis allergique au matin. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas exactement au matin que je suis allergique mais aux acariens (genre vraiment fort). Outre l’effet réveil-sexy-en-douceur-à-coup-de-bruit-de-trompette-et-de-mouchoirs-plein-le-lit (spéciale kassededi à mon mec), ce léger handicap me donne une tête de lutin-endormi-slash-Casimodo des plus charmantes. C’est donc avec les yeux bouffis et le visage gonflé que je me lève péniblement tous les jours pour commencer ma journée.

Qu’est ce que je fais pour y remédier?

Et bien, pas grand chose (en tous cas rien jusqu’à ma découverte de la nouvelle gamme Pep-Start). Au risque de te décevoir, ma routine beauté (je ne pensais jamais employer l’expression « routine beauté » dans ce blog) n’est pas du tout extraordinaire, elle même plutôt inexistante. En vérité vraie, je me contente de boire un petit jus pour me réveiller, puis je prends une douche, je me lave le visage avec un gel sans savon, je me brosse les dents et je me coiffe vite-fait-bien-fait (parfois j’oublie même cette étape). Je t’entends déjà crier au scandale « et ta crème de jour? ». Ouais, je confesse je ne mets pas de crème de jour, rien nada. Je ne sais pas si c’est bien ou mal néanmoins, ma peau s’auto-régule et c’est très bien comme ça. Cependant, j’avoue que même si je n’en fais pas une affaire d’état mes yeux gonflés sont parfois difficiles à supporter. Mais ma paresse étant ce qu’elle est, je me suis faite à l’idée que je vivrais avec les yeux gonflés, punt aan de lijn.

Et puis, lundi (hier en fait), j’ai reçu par mail une mission presque impossible de la part de Flair : mettre en scène mon rituel beauté du matin à l’aide des produits Pep-Start Clinique envoyés par la poste. Problème, drame et petit stress dans mon cerveau. Premièrement, je ne suis pas (voire pas du tout) une pro des conseils beauté. Ensuite, problème numéro deux (et pas des moindres), le colis est arrivé chez moi à Bruxelles, tandis que je suis en ce moment à Beyrouth. Pratique hein? J’avais 24h pour me faire parvenir le paquet séparé de ma petite personne par 6000 km. Et bien, j’ai relevé le défi, ouioui. Pour ce faire, j’ai tout envisagé. Demander à ma soeur de me faire une description minutieuse de son experience des produits (mais c’était un peu triché) ou me les faire envoyer par le vol du lundi (pas de bol j’ai reçu le mail trop tard, l’avion était déjà parti) ou encore me téléporter (mais ça n’a pas marché). J’étais à deux doigts d’abandonner le challenge quand je me suis dit que rien n’était impossible et que ce n’était pas 6000km qui allait me faire craquer. Armée de courage (okay j’exagère un peu mais c’est pour rajouter du piment à l’histoire), je suis partie à la recherche de la gamme Pep-Start de clinique à Beyrouth. Comme c’est des nouveaux produits, j’avais quand même peur de pas les trouver. (Quand je vous disais que Flair m’a filé une vraie mission.) Bref, je me suis rendue dans le très chic quartier de downtown dans un grand magasin de produits de beauté, curieux hasard au moment même où je passais la porte, j’ai entendu deux clientes s’exclamer « ma fi Clinique », « ma fi » signifie « il n’y a pas » en libanais (voilà maintenant tu connais deux mots d’arabe). Le destin était avec moi, je me suis alors retourné vers ces connaisseuses pour leur demander où je pouvais trouver mon précieux sésame. Elles m’ont dirigé vers l’ABC Achrafieh, un autre mall très chic. Vroum, en route vers le haut de la ville. Après avoir passé une demi-heure dans les embouteillages pour fair 1km, je suis finalement arrivée à bon port (juste à temps avant la fermeture des portes). Je suis rentré dans le centre commercial à la hâte (j’étais vraiment excitée par cette affaire t’sais). Là-bas, j’ai trouvé l’équivalent de l’Inno chez nous et soudain face à moi, le stand Clinique. Hourra la nouvelle gamme Pep-Start était présentée. J’ai fait un petit bon de joie. Comme j’étais extrêmement enthousiaste, la vendeuse était plus gentille que jamais. Elle m’a donné un petit échantillon du soin défatigant pour les yeux (celui qui m’intéressait le plus). Je suis rentrée chez moi, tel un explorateur qui ramène un trésor. « Youpie, je vais pouvoir participer au concours », ça c’est que je me suis dit.

Après une bonne nuit de sommeil pour me remettre de mes émotions (oui carrément), ce matin (mardi), j’ai donc essayé le gel sur mes yeux endormis. J’ai senti l’effet immédiatement. Ça a un peu chauffé, mais c’était agréable. Mon regard s’est ouvert. Adios les yeux de Casimodo. Bonjourno les yeux de biches (enfin dans mon cas, c’est plutôt des yeux de puppy dog mais c’est du pareil au même). Bref, je valide completement.

Dans quelques semaines, je rentre à Bruxelles, je vais pouvoir découvrir (enfin) mon paquet Clinique qui contient le Pep-Start Soin Yeux Défatigant, le Pep-Start Nettoyant Exfoliant Énergisant 2 en 1 et le Pep-Start Hydratant Perfecteur Instantané. En plus, Clinique est une marque que j’aime particulièrement. C’est idéal pour les peaux fragiles et sensibles aux allergies. Coolos megalos quoi. (Je vous en dirai des nouvelles).

Bref, c’était la petite histoire rocambolesque de cette mission Flair bruxello-beyrouthine. Par contre, toi qui lis ceci, n’oublie pas que le meilleur rituel beauté dans la vie, c’est de se regarder dans le miroir en se répétant « je m’accepte telle que je suis ».

Allé, gros kuss!

Chroniques de service

Tadaaaam, aujourd’hui est un grand jour. Me voilà enfin décidée à écrire mes « chroniques de service ».

Tout d’abord commençons par une petite introduction pour le lecteur non-Libanais… Les services, kesako? Ils pourraient être définis en quelque sorte comme des taxis collectifs. En gros, quand on marche dans l’espace public au Liban, il y a de fortes chances qu’après 3 secondes et demie, une voiture à plaque rouge nous klaxonne. Ce n’est pas pour dire bonjour (ni pour signifier qu’on est canon) mais simplement pour nous demander où on va. Si on doit se rendre dans telle direction et que le chauffeur y va aussi, il nous dira de monter, s’il ne va pas dans ce sens-là, il continuera son chemin sans nous. Une fois dans la voiture, il est très probable que d’autres voyageurs nous rejoignent, d’où l’idée de « taxi collectif » (un peu comme dans Taxi Téhéran pour ceux qui l’ont vu). Autant dire, que dans un pays sans système de transports en commun « les services » sont bien-bien utiles. Attention, comme au Liban, il n’y a pas d’adresse, ça complique un peu les choses… Si le chauffeur nous demande « weyn » et qu’on répond « 58 rue Chehab », il risque de faire une drôle de tête. En fait, ici, faut se repérer par lieu-dit ou par endroits connus (la supérette du coin étant considérée comme un endroit connu). On va pas se mentir, quand on débarque à Beyrouth et qu’on ne connaît pas encore les fameux endroits « connus » ben on est un chouïa dans le caca. Les premières semaines sont assez difficiles nerveusement mais on finit par s’habituer et voilà qu’un beau jour on devient docteur ès servicès.

Bon, maintenant que les bases sont acquises, on peut passer au niveau supérieur.

Une petite distance, c’est un « service » et ça coûte 2000 Livres libanaises, environ 1,5$. Pour une plus grande distance c’est deux services « serviseyn » (quand on rajoute eyn à la fin d’un mot ça veut dire deux en arabe (décidément tu en apprends des choses aujourd’hui)). Bref, au plus on va loin, au plus on paye mais normalement ça reste toujours moins cher qu’un taxi. Sauf si comme moi, tu as une pure tête d’allochtone et qu’on essaye constamment de te rouler. Mais, trois mots d’arabe accompagnés d’une bonne vieille face de blasée et le tour est joué. Quand le chauffeur nous propose de monter, il fait un petit geste de droite à gauche avec sa tête pour dire genre « viens » mais quand il nous veut pas dans sa caisse il lève le menton pour dire non et il se casse. Au début, ces codes de communication non-verbale sont quelque peu déroutants.

Bref, maintenant que toi aussi, cher lecteur tu es devenu un pro des services, je peux commencer mes chroniques pour de bon. Attention, je vais te raconter plusieurs petites histoires, ça risque d’aller un peu dans tous les sens.

Un jour, j’écrirai les chroniques de services et ce jour c’est aujourd’hui:

  • A force d’aller de gauche à droite en service ou en taxi, les chauffeurs sont devenus mes amis. J’ai maintenant mes petits préférés auxquels je fais appel directement par whatsapp « I need a ride from my home in 10 minutes« . Parfois, j’ai l’impression d’être une vraie bourgie aux multiples chauffeurs.
  • Le jour des attentats de Bruxelles, je me suis levée, j’ai appris la nouvelle, j’ai appelé mon amie belge qui vit à l’autre bout de la ville, j’ai mis un pull à l’envers et j’ai foncé dans un service. J’ai un peu pleuré sans faire exprès. Le chauffeur m’a demandé « shu fi », j’ai répondu que « Bomb, terrorists, Belgica, home, sad, horror ». Il a dit « Ufffff » m’a tendu un mouchoir et puis un autre. Ça m’a chauffé le cœur.
  • Ici, il y a eu une sacrée crise des poubelles. Elles n’ont pas été ramassées pendant 8 mois, c’était tout à fait horrible. Un jour, dans un service, il y avait un mec devant, à côté du chauffeur et une meuf à côté de moi. Les fenêtres étaient ouvertes. Soudain, devant nous, un immense tas d’ordures en feu. Evidemment, j’ai réagis par un « oufti c’est fou ça » tandis que le mec devant s’est contenté de dire machinalement « fermez les fenêtres« . J’ai pensé très fort dans ma tête: « Okay, une énorme incendie de poubelles qui ferme la route, tout va bien, tout le monde s’en fout, c’est normal ». (Depuis cet épisode, je me suis moi-même quelque peu endurcie).
  • Ces fameuses poubelles, huit mois sans être ramassées donc, et puis un beau jour, ça y est, ils ont enfin tout transporté vers la décharge. On ne peut imaginer l’odeur de la fermentation des ordures après huit mois…. Ça sentait la mort. Voire pire encore. Bref, ce jour-là tout Beyrouth se bouchait le nez et le chauffeur du service pour masquer un peu l’odeur aspergeait sa voiture de déo. J’ai beaucoup rigolé.
  • Il y a ce chauffeur qui ne comprend pas un mot de français mais qui switch sur radio Nostalgie dès que je monte dans sa voiture pour me faire plaisir (enfin je crois).
  • Les petits accidents sont monnaie courante dans ce pays où tout le monde conduit n’importe comment. D’ailleurs toutes les voitures sont remplies de binch à force de se rentrer dedans. Voilà donc qu’une voiture nous emboutis à un feu rouge. Ma tête fait un gros bong, et je lâche un petit « ouille purée». Le chauffeur sort en gueulant, vérifie sa caisse, enguirlande le mec qui l’a embouti et puis redémarre sans me demander si au fait tout va bien pour moi. Ce jour-là, j’ai serré les dents.
  • Je monte dans la voiture. Le chauffeur est dans une grande discussion avec le mec d’à côté, ils rient, ils s’emportent. Ils se tapent la cuisse et se prennent par l’épaule. Tant de bonhomie me met du baume au cœur. Le passager descend. Le chauffeur me regarde dans le rétro et me lance « he is a jerk« . Je ne lui ai plus adressé la parole de tout le trajet.
  • Je rentre dans un taxi, il fait chaud et ça sent le fallafel. Sur le siège avant, une toute vieille dame déguste ses fallafels avec plaisir et délectation. Elle m’en tend un. C’était une scène d’une beauté presque parfaite.
  • Un beau jour, comme d’hab, le chauffeur me demande si je parle arabe. Je réponds « chouai-chouai » en faisant ma tête de gentille-un-peu-gênée. Comme, on est coincés dans les embouts, il décide de me donner une leçon de libanais. Je me suis dit que c’était chouette la vie des fois.
  • Il y a ce service qui vit près de chez moi et qui me raccompagne parfois. Pour que ce soit plus simple je lui ai dit que j’étais mariée. Il m’a demandé où s’était passé la fête, il y a combien de temps et tous ces trucs-là. J’ai raconté des histoires. Et la fois d’après quand il m’a reposé des questions sur mon mariage j’étais bien gênée de ne pas me remémorer ce que je lui avais raconté. Heureusement, il se souvenait de tous les détails et me les rappelait avec joie et bonne humeur « et les fiançailles à Bruxelles, c’était bien? », je n’avais qu’à dire « OuiOui » en souriant avec beaucoup d’enthousiasme.
  • L’été à Beyrouth, il ne fait pas seulement chaud, il fait aussi extrêmement humide. L’air suinte, littéralement. Du coup, quand, je me retrouve dans un service sans air-co, coincée dans les embouts, avec trois (inconnus) derrière, je commence à regretter la fraîcheur de ma petite Belgique. Le tout est d’être suffisamment rusée pour ne jamais se retrouver au milieu. Il faut ensuite faire preuve d’ingéniosité pour éviter de se coller à la portière et son plastique brûlant tout en s’éloignant le plus possible de la cuisse pleine de transpiration de la personne d’à côté. Une fois la bonne position trouvée, on ne peut plus bouger plus d’un poil.

Des histoires, il y a en a encore des tonnes. A chaque service, son anecdote. J’irais même jusqu’à dire que c’est dans les services qu’on apprend la vie. OuiOui. Les chauffeurs traversent la ville inlassablement en transportant des centaines de visages inconnus. Parmi ces guides urbains qui ont toujours la cigarette au bec, il y a ceux qui cherchent une femme, ceux qui ont tout perdu, ceux qui montrent les photos de leurs enfants, ceux qui détestent Beyrouth, ceux qui ont tout vécu dans leur voiture pourries et tous les autres aussi.

Aaaaah, les services, sans eux Beyrouth ne serait pas du tout la même….

CasseDédi à tous ces chauffeurs anonymes.

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Confidence pour confidence

Salut le blog,

ça fait un bout que j’ai pas pris le temps de t’écrire sur cette drôle de vie que je vis au Liban. Mais je pense que ça y est, j’ai compris pourquoi j’ai le syndrome de la page blanche… L’autre jour, j’ai entendu un truc pas mal vrai à propos de cette région du monde: « On y passe deux semaines, on se sent prêt pour écrire un bouquin, après trois mois, on a seulement envie d’écrire quelques pages et après un an, plus un seul mot ne sort ». Franchement, c’est pas faux.

C’est que ça remue pas mal de questions de vivre dans l’un des pays les plus compliqués du monde.

Tous les jours, je découvre des trucs, des enjeux politiques, des émotions, des différences culturelles, des impressions, des odeurs, des sentiments, des faits historiques, des goûts, des histoires, des vies. Franchement, je crois que je ne réalise pas encore vraiment toutes ces choses que je suis en train d’enregistrer.

Parfois, j’ai l’impression que j’avance pas, que je gagne pas assez de fric, que ma vie n’est pas sérieuse. Alors, je tourne en rond dans ma chambre et dans ma tête en rafraîchissant ma boite mail toutes les deux secondes. Et puis, soudain, je lève mon regard vers l’extérieur et ouvre les oreilles à autres choses que mes pensées intérieurs et je réalise toute cette vie qui est autour de moi…

Ce type qui hurle dans la rue pour vendre des trucs inutiles, ce voisin qui regarde sa télé trop fort, ces oiseaux qui sont en train de chanter, le gars qui remonte la porte de son garage bruyamment, ces enfants qui jouent en rigolant, les klaxons (ah ces fucking klaxons), ces feux d’artifices pour célébrer j’sais pas quoi (ça semble être une coutume nationale les feux d’artifices), le bruit des voitures qui remontent la rue, et cetera. Et c’est alors que j’aperçois; le ciel bleu toujours un peu voilé (par la poussière ou la pollution j’sais pas trop), les petits rideaux aux balcons tellement typiques de cette région, les fils électriques qui débordent de partout, les citernes remplies d’eau, le vent qui fait danser les fameux rideaux, les paraboles qui jalonnent les toits.

Et alors je réalise que je suis au Liban, et que bordel de dieu, faut profiter de la vie tant qu’on est vivants.

J’ai tellement de choses à te raconter.

Ça viendra. J’espère.

La suite au prochain numéro.

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PEACE, LOVE & TCHEU-QUELLE-VIE-ON-MENE-QUAND-MEME.

Mon téquar à sept heures quart.
Mon téquar à sept heures quart.

 

Mon pays a explosé

Il y a longtemps que je t’ai pas écrit.

Mon pays a explosé, tu sais ça? Oui, je pense que tu sais, tout le monde le sait.

Du 12 au 21 mars, je suis rentrée chez moi, à Bruxelles. Pendant 9 jours, j’ai couru entre mes potes, ma famille et mes rdv pro avant de repartir pour Beyrouth. Lundi 21 mars, au matin, je me suis réveillée dans ma petite chambre familiale, j’ai fait ce geste qui me semble déjà bien routinier: fermer ma valise, vérifier si j’ai bien mon passeport et ma carte visa. J’ai fermé la porte de ma maison schaerbeekoise et j’ai marché direction gare du nord. Dans le train pour Zaventem, j’ai observé une dernière fois les paysages bruxellois défilé en me demandant quand est-ce que je reviendrais pour la prochaine fois. A l’aéroport, j’ai voulu enregistré mon bagage mais la tirette a explosé. J’ai un peu rigolé devant la madame de Middle East Airlines. Du coup, j’ai été emballé ma valise dans du plastique. Je trouvais ça marrant, je m’étais toujours demandé à quoi ça servait d’emballer son bagage dans du plastique. Alors, j’ai fait une photo de cette valise-préservatif dans le hall d’accueil des passagers et je suis partie prendre mon avion.

Au milieu des nuages, j’ai papoté avec une travailleuse humanitaire qui allait en Jordanie. Il y a eu des turbulences, on a rigolé pour pas stresser et puis voilà on est arrivées à Beyrouth. J’ai retrouvé mon petit cocon, mon copain, mon lit et j’ai dormi.

Mardi 22 mars, je me suis réveillée en forme, heureuse, sereine. J’ai ouvert FB assez machinalement et j’ai lu qu’un bruit de détonation avait été entendu à l’aéroport de Zaventem. De minutes en minutes, les informations sont tombées. Mon Whatsapp a commencé à sonner: « Jehanne t’es où? Tu rentrais quand au Liban? ». Les premières photos sont sorties. J’ai hurlé. J’ai enfilé n’importe quoi et j’ai foncé dans le premier taxi vers l’autre bout de la ville, chez mon amie belge. Au milieu des embouteillages beyrouthins, j’ai appris qu’une bombe avait explosé à Maelbeek. Des larmes chaudes et très salées sont arrivées au coin de ma bouche. Le chauffeur m’a tendu un mouchoir en souriant.

J’ai rien compris. J’étais loin des miens. Les images d’horreurs se sont succédé.

J’ai retrouvé mon amie, on s’est serré dans les bras. Devant TV5Monde, on répétait « mais putain, mais putain ». Les premiers décès ont été annoncés. L’horreur a continué.

Pendant 24h, je n’ai fait que rafraîchir mon fil d’actus. Etre certaine que les proches vont bien, trembler devant les photos de victimes, être écœurée de la récupération médiatique, pleurer devant les témoignages, rugir devant certaines réactions.

Dans le flux d’infos, j’ai lu qu’un homme, Alphonse Youla, avait été un véritable héros pendant les attentats à l’aéroport. Il a porté secours à plusieurs victimes. J’ai directement reconnu son uniforme avec les bandes fluos. Il travaille pour la compagnie qui a emballé ma valise dans du plastique la veille. J’ai pleuré, j’ai souri. Fort.

Mon pays a explosé à 3000km de moi. J’ai eu envie de serrer mes proches dans mes bras. Si fort. Tu peux pas t’imaginer. Mais je pouvais pas. Et puis, la vie a continué. A Beyrouth, on m’a dit « bienvenue au club des pays qui explosent ». J’ai un peu rigolé en essuyant les larmes et la morve sur les manches de mon pull.

Voilà, c’est tout.

Je suis Bruxelles, Lahore, Paris, Beyrouth, Ouagadougou, Ankara, Damas, Tunis, Maiduguri…

A toutes les victimes de la barbarie: Rest In Peace.

 

 

Chronique de Beyrouth (4): on s’habitue à tout

Salut,

ça fait un bout que je t’ai pas écrit. Voilà maintenant cinq mois que j’ai quitté ma petite Belgique pour venir tenter un bout de nouvelle vie ici, au Liban. Cinq mois, c’est pas beaucoup, mais quand même, c’est pas rien non plus. Tu as le temps de découvrir, comprendre (un peu), t’attacher (beaucoup), prendre tes marques, créer des choses, apprendre quelques mots d’arabe, voir passer les saisons, te sentir bien.

Les coupures d’électricité quotidiennes, les embouteillages, les services (taxis collectifs), la belle lumière, les toilettes hypers propres partout, les enfants qui mendient, les supers riches à côté des supers pauvres, la bouffe mega bonne, le stress d’écrire une connerie dans un article de presse, s’apprivoiser, être payée en chèque, appeler ses proches par skype, avoir un internet de merde, parler de la guerre, vérifier si c’est l’électricité ou le générateur, recevoir des messages vocaux sur WhatsApp, se déplacer dans une ville sans adresse, relativiser les choses, voir des photos de martyrs sur la route, débrancher le frigo pour faire marcher le micro-onde, ne jamais boire l’eau du robinet, ne jamais jeter le pq dans la toilette, comprendre 1 mot sur 10 quand quelqu’un parle arabe, expliquer pourquoi je suis là, fermer la fenêtre quand ça pue la pollution, rencontrer des gens gentils et puis tout le reste aussi.

On s’habitue. A tout, enfin je crois.

C’est quand même marrant de réaliser qu’à un moment ce qui était inconnu et surprenant devient normal et confortable. Les repères changent, les habitudes aussi (oui je sais, ça on l’a compris).

Cinq mois que cette nouvelle vie à commencé, avec des (sacrés) défis personnels et professionnels. Vivre à deux + écrire pour du vrai = salut-je-deviens-une-adulte-qui-s’assume.

On va pas se mentir, au début, c’était pas vraiment si simple. Sortir de la zone de confort, tout ça. (Ho Hisse). Et puis, vient un beau jour où tu te réveilles sans te demander ce que tu fous là et soudain tu réalises que, ouais, ça y est, tu commences à faire tes marques.

Petit à petit l’oiseau fait son nid.

C’est beau je trouve de s’approprier un nouveau pays, des nouveaux amis, une nouvelle vie.

Voilà, voilà, je voulais te dire ça parce-que je passais par là,

Bisous de Beyrouth.

Welcome to Lebanon

Pauvre con

Tu exploses. Tu tues. Tu massacres.

Au nom de quoi?

Des innocents. Des femmes, des hommes, des enfants.

Morts.

Tu sèmes l’horreur, la terreur. Mais tu ne gagneras pas.

On rit au nez barbarie.

Tu peux tous nous tuer, va. Tu n’auras rien gagné.

On a pas peur de toi. De ta connerie. De ton inhumanité.

Pauvre con. Tu dois être désespéré pour en arriver là.

N’as tu jamais ressenti le bonheur de te réveiller auprès de l’être aimé? N’as tu pas envie de prendre soin de tes parents? Ne veux tu pas voir grandir tes enfants?

Tu te tues. Comme un con. Et tu tues les autres.

Pour rien. Pour Allah.

Mais Allah, il s’en fou de toi.

Il pleure. Il hurle. Tu n’entends pas?

Tu exploses. Tu tues. Tu massacres.

Continue, va.

On a pas peur.

On chante la vie.

On danse la vie.

On aime.

Tu devrais essayer.

Pauvre con.