confidence du samedi

Salut,

Pourquoi je ne t’ai plus écrit? Je sais pas mon vieux. Parfois, je te laisse tomber et puis, soudain, je reviens à toi, telle une vieille amie qui appelle juste pour se plaindre. Tu vois le genre?

Ouais, aujourd’hui, j’ai envie de râler. Nous sommes le 15 juillet, il fait plus gris qu’en novembre et je broie du noir, alors je te le dis.

J’ai eu 29 ans. Dans moins de 365 jours, j’en aurai 30. Je n’ai aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. Je continue mes petites affaires sans être capable de me projeter à plus de trois mois.

Je rêve secrètement d’une grande maison (un petit appart’ ça marche aussi), d’un mec avec qui je ferais une équipe du feu de dieu et de temps pour vivre, penser, écrire et voyager.

J’ai envie de connaitre à nouveau ce sentiment (tellement enivrant) de débarquer dans un nouveau pays, une nouvelle ville, une nouvelle vie. Se perdre dans les rues, se confronter à une autre culture, découvrir d’autres rituels. Et puis, petit à petit s’habituer, pour enfin créer de nouveaux repères.

Se coucher sans avoir la moindre idée de ce à quoi demain va ressembler. Je veux ça.

Repartir de zéro pour s’émerveiller de chaque avancée.

Mais c’est pas la vraie vie. Et je le sais mais parfois, j’ai dur à l’accepter.

Cet éternel sentiment de non-satisfaction, tu crois que ça passe un jour?

S’ancrer dans la réalité. J’y travaille. Beaucoup. Mais parfois mes idées voguent et je m’échappe.

Sinon, ça va, ne t’inquiète pas.

Juste que parfois, je suis un peu fatiguée.

Yalla je te reparle un jour de soleil pour te raconter les temps heureux, okay?

BisousBisous.

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A toi, Cécile

Un jour, tu m’avais dit que tu lisais mon blog, puis que tu l’aimais bien. J’avais souri un peu en baissant les yeux (comme souvent dans ce genre de moment).

Un jour, tu as disparu. Tu as quitté la terre comme ça, pouf.

Je ne vais pas te mentir, aujourd’hui, un an plus tard, je ne réalise toujours pas.

Je me suis dit que t’écrire quelques mots serait une belle idée.

La dernière fois qu’on s’est vues au Zatar w Zweit de Sodeco, on a mangé des frites au fromage et tu as dit que la prochaine fois on referait ça. Tu vois, vraiment, je ris en me souvenant de ce moment. Des frites aux fromage = l’insouciance, drôle d’image, pas vrai?

Yalla Bye. On s’appelle, hein. Rentre bien. Bisous. Allez, ciao.

Comment peut-on imaginer que tout s’arrête là?

Tu te souviens quand on a bu des bières sur ta terrasse à Brumana? Au milieu des pins. Loin du vacarme… Tu disais, « ici, je suis comblée ». C’est pas mal beau je trouve, d’être comblée.

Des belges blondes, anciennes de l’Ihecs, qui adorent la bd, qui vivent au Liban et qui ont bossé pour les mêmes magazines, avoue qu’il n’y en a 8000… Et bim le destin fou nous fait nous rencontrer entre deux couloirs. C’est drôle la vie des fois.

Et des fois, vraiment, ça l’est pas.

Cécile, tu sais, te voir comme ça, avec ton fils, ton boulot, ta vie au Liban, loin de la Belgique… T’étais un exemple pour moi. Franchement quoi. Je te trouvais super forte d’y être arrivée.

Cécile, toi qui vivais tant. As-tu senti la mort t’attraper?

Il parait que tu n’as pas souffert, que tu t’es envolée.

Le jour où tu as rejoint les étoiles, tes amis ont écrit sur ton profil Facebook. On s’était parlé deux jours plus tôt… Je t’ai envoyé des messages, je t’ai demandé ce que c’était que ce délire… Comment aurais-je pu imaginer cette réalité?

Le lendemain, j’ai appelé l’Alba. J’étais sur le lit. J’ai raccroché.

Vide absolu.

Pour rationaliser, pour faire porter la faute sur quelqu’un ou quelque chose, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur « rupture d’anévrisme ». Je n’ai pas trouvé de coupable et c’est sans doute ce qu’il y a de plus dur.

C’est incroyable la vie Cécile, je te vois toute grande, toute mince, avec tes cheveux blonds éclatants, rire au vent, faire la bise à tout Beyrouth, me présenter à machin et bidule.

Un coup du sort.

Tu nous donnes à tous, la plus belle des leçons de vie. Faut en profiter puisque tout peut s’arrêter. Comme ça. D’une seconde à l’autre.

Tu es,

Un sacré bout de femme.

Une combattante du quotidien.

Un rayon de soleil.

Tu sais, c’est bizarre, mais pour moi tu n’es pas morte. C’est juste que je ne t’ai pas vue depuis longtemps.

Tu nous regardes de quelque part? Tu nous protèges?

Je t’embrasse fort.

Je pense à toi.

Cécile l’éternelle.

En souvenir de cette belle après-midi à causer de tout et rien sur ton balcon….

 

J’ai peur.

Mon père est né pendant la guerre (ouais il n’est pas tout jeune). Il ne se souvient pas de grand chose, seulement, du bruit des sirènes, ou de la chatte qui portait ses petits par la peau du coup jusqu’à la cave avant les bombardements. Par contre, quand les Alliés sont venus libérer Bruxelles, mon grand-père l’a emmené au défilé et lui a dit de ne jamais oublier cette image. Du haut de ses trois ans, il a promis. Le pays redécouvrait le sentiment indescriptible de la Liberté. Il n’a jamais oublié.

Quand j’étais petite, l’idée que la Belgique ait été en guerre me perturbait vraiment. Apprendre que telle ou telle maison s’était fait bombarder me glaçait le sang. Je me suis passionnée pour l’histoire. J’ai lu beaucoup. Les images des camps de concentration m’ont marqué à jamais. Je n’ai toujours pas compris comment des humains avec un cerveau et un cœur avaient été capables de tant d’horreurs.

Pour aller à l’école le matin, je passais quand même pas mal de temps dans la voiture. Je me souviens de ces trajets où je questionnais mon père sur la bonté naturelle de l’homme, sa capacité à détruire, à tuer. Il me disait «heureusement, on a compris, en Europe, il n’y aura plus jamais de guerre. » Alors, je regardais le ciel et je me disais que j’avais quand même de la chance d’être née en 1988 et pas 50 ans plus tôt.

Dans ma petite école de village, je n’ai jamais expérimenté le racisme. Il y avait un centre d’accueil pour réfugiés à quelques rues. Nous les enfants, on était tous ensemble. On s’en foutait de s’avoir que certains venaient de là ou de là, ce qui était important c’était de jouer, peu importe les origines.

En grandissant, j’ai réalisé que le monde était plus compliqué. En tous cas que certains le rendaient plus compliqué. Un jour, des policiers m’ont demandé mes papiers d’identité. En pleine rue, comme ça, pour rien. C’est la seule et unique fois que ça m’est arrivé. Ce jour-là, j’étais avec un groupe de jeunes Belges aux origines étrangères. Cet épisode quotidien pour la plupart d’entre eux, m’a complètement traumatisé, j’ai alors réalisé que tous les Belges n’avaient pas les mêmes droits dans l’espace public.

Les années ont passé. Le repli identitaire a grandi. Le vivre ensemble s’est transformé en utopie. Les mots « sécurité » et « peur » ont envahi les médias, souvent accompagnés du terme « étranger ».

Et puis, il y a eu la crise économique. Et tout est devenu encore pire. Les portes fermées, les visages baissés et les dents serrées. Au lieu de tendre les mains, on a levé les poings.

Et un jour, les bombes ont explosé chez nous. Et tout est définitivement parti en couille. Les morts étaient à peine enterrés, que des discours de haine ont été diffusés.

Aujourd’hui, un vent nauséabond souffle sur nos maisons. La société se divise. Les racistes ne se cachent plus. Le rejet est devenu la base de tous les discours. Les mots sont forts. Face au pire, plus personne ne s’étonne. L’inacceptable est devenu banal.

Impossible de ne pas relire l’histoire. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les événements se répètent. Il faudrait être fou pour ne pas tirer la sonnette d’alarme.

Peut-être sommes-nous devenus fous ?

Ou bien peut-être avons-nous oublié la valeur de la liberté?

J’ai peur.

Le retour.

Le blog,

Je ne t’ai plus écrit. Je suis désolée. Figure toi qu’en cinq jours, cinq personnes m’ont parlé de toi, alors cette nuit je reviens au clavier. Aujourd’hui, je ne vais pas te raconter d’histoires, je vais te parler de moi. Ouais, comme avant avec plein de « je » et de « me ». Te voilà prévenu.

Je (re)vis en Belgique. C’est une première information qui change quand même pas mal la donne par rapport à mon existence, pas vrai? Je prends souvent l’avion pour retrouver Beyrouth, mon amoureux et ma deuxième vie. Comme tu le sais, je n’aime pas trop me retrouver dans les airs, du coup, chaque départ dans un sens ou dans l’autre crée un petit ascenseur émotionnel dans mon cerveau. Mais ça va, c’est comme ça.

Quoi d’autre? Le we passé, j’ai beaucoup pleuré. Des litres. (Au moins dix). J’ai vidé une boite de mouchoirs (que je venais d’acheter (c’est con parce que depuis j’ai plus de mouchoirs quand je dois me moucher)). Je regardais le ciel, je pleurais, le mur, je pleurais, un film, je pleurais. Une espèce de mega gastro de chialement. Je crois que j’ai atterri, puis ça m’a fait mal aux fesses. La réalité, pas celle des rêves, la vraie.

Ce soir là, par hasard mon père m’a appelé, j’avais le nez en patate et je faisais des drôles de bruits avec ma respiration pour retenir les larmes. Il m’a dit « tu as un rhume? » J’ai répondu « Non, j’essaye de grandir mais c’est pas si facile » et j’ai (re)chialé. (Depuis, je crois qu’il croit que je suis triste, il me demande souvent si ça va.)

En vrai, ça va, c’est juste que je suis vraiment une petite chochotte des fois. Quand trop d’éléments perturbateurs viennent me perturber bhen je pleure. Et puis, ça passe. Et c’est passé et tout va bien (je ne veux pas que tu crois que je suis triste maintenant parce que je ne le suis pas.)

C’est drôle de recroiser tous ces visages familiers. Les uns attendent un enfant, les autres achètent un appartement. Et là je réalise que oui, les années ont passé et que pendant que je découvrais les trésors du Liban, la vie continuait ici aussi. C’est évident tu vas me dire… Oui mais quand on est loin, on a tendance à l’oublier.

Ah, il y a un truc qui me chiffonne quand même, c’est la gestion du temps. J’ai l’impression qu’ici, tout le monde est occupé, tout le temps. Faut prendre des rdv pour se voir entre potes. Je vais pas te mentir, la phrase « faut qu’on se voit » me donne de l’urticaire… Ce serait quand même plus cool de la remplacer par « voyons nous ».

Au Liban, on ne planifie pas, fin pas des semaines en avance en tous cas. La vie se déguste au jour le jour, puisque finalement on ne sait jamais très bien ce qui peut arriver demain. Ici, en Belgique, j’ai l’impression que si tu « n’as rien de prévu » t’es un looser alors faut remplir, remplir, remplir.Quand, les choses sont planifiées, je me sens emprisonnée. (Bon du coup, j’essaye de m’adapter au rythme effréné mais j’y vais molo-piano parce qu’en fait finalement, chacun fait ce qu’il veut, pardi).

Franchement, entre nous, vivre entre deux pays c’est développer une certaine forme de schizophrénie. Quand je suis au Liban, je vois que ma vie est là, je parle de la Belgique, un peu, mais au final tout le monde s’en fou. Ici, c’est pareil mais dans l’autre sens. A chaque endroit ses codes, ses repères, ses humains. Me faut toujours quelques jours pour débarquer de l’un à l’autre.

Aussi, je me rends tous les jours un peu plus compte, que j’ai eu une chance inouïe d’avoir rencontrer mon coéquipier de vie. Tu vois le blog, j’ai l’air forte et solide mais en fait j’le suis pas tant que ça. B. est toujours là avec moi pour me donner un coup de pied au cul ou pour me tirer vers le haut, même à 3000km. Et je trouve ça beau. (C’est un peu bête mais en écrivant ça, il y a des petites larmes qui coulent.)

Enfin, je travaille quand même beaucoup, mais j’aime bien, ça stimule mon cerveau, c’est toujours ça de pris.

Alors tu vas surement me poser LA question: tu es contente d’être en Belgique? Je suis contente oui. Mais tout me va. Ici ou là. Je suis contente d’être, c’est déjà ça. Le reste, c’est des détails.

C’est fouillis ce texte, pardon.

J’espère que tu vas bien toi. Que tu t’en sors pas trop mal entre tes espoirs, tes objectifs et tes déceptions. (Bha oui, on s’entend que quand je m’adresse à mon blog, c’est à toi, derrière ton ordi à qui je parle (au cas où t’avais pas compris)).

Je te fais une petite tape dans le dos et te dis à bientôt,

Jehanne.

C’était notre 70ème anniversaire de mariage

Salut le blog,

voici un morceau de vie de ceux qu’on ne regarde plus. Il me semblait important de t’en parler un instant.

J’arrive à l’hôpital pour rendre visite à ma mère. Je me perds dans les couloirs. Voilà sa chambre, enfin. Je rentre. Je l’embrasse, j’écoute ses problèmes de genoux. A côté d’elle, une vieille dame s’agite. Elle tape des pieds dans son fauteuil. Elle doit aller aux toilettes mais ne peut pas se lever. Elle pleure de peur de se pisser dessus. J’appelle l’infirmière.

Je m’occupe de ma mère. Enfin, j’essaye. Mais le regard terriblement triste de la dame m’interpelle. Elle essaye de me dire quelque chose. Elle a un problème à la mâchoire, je ne comprends presque rien. Je me concentre un peu plus. « Mon mari est mort il y a deux ans. » Je ne sais pas très bien que répondre. « J’ai 90 ans, on allait fêter nos 70 ans de mariage, il est mort la tête sur mes genoux dans le taxi. »

Je regarde son petit corps trop vieux coincé dans son fauteuil. Ses cheveux raides et gris, sa mâchoire déformée. Elle me dit qu’elle ne parle plus bien depuis qu’on l’a opérée.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. « Avant, on était encore bien tous les deux. » Elle a besoin de parler. De crier au monde qu’elle n’a pas toujours été une petite vieille coincée dans un fauteuil qui a besoin de pleurer et de taper des pieds pour pouvoir aller pisser.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Personne ne vient la visiter. « Mon cousin va venir me chercher. » L’infirmière lui explique que personne n’en a entendu parler.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Un petit corps qui n’attend plus qu’une seule chose rejoindre l’être aimé pendant 70 années.

Ma pudeur, ma maladresse m’ont empêché d’agir mais chère madame, je vous ai écouté. J’ai entendu la mort et l’amour. J’ai vu la peur de n’être plus qu’un sac d’os qui articule mal et que personne ne comprend.

Ce soir, je pense à vous et à votre petit corps trop vieux  coincé dans un fauteuil.

Faut qu’on parle

Salut,

Je ne sais pas si je vous l’ai dit un jour, mais j’ai grandi à Rixensart, un petit village tranquille du Brabant Wallon. A Rix’, il y a quelques commerces, une excellente boulangerie, des écoles, un cinéma, des logements sociaux, des maisons classe moyenne et des grosses villas de bourgeois. A Rixensart, quand j’étais petite, Fedasil a ouvert un centre d’accueil pour réfugiés. Voilà, le décor est planté.

J’allais à l’école communale du centre, une charmante petite école remplie de gentillesse et de bons sentiments. Dans la cour des petits, il y avait un grand marronnier, autour duquel on dansait pendant la fancy-fair. C’était chouette.

Un autre truc qui était chouette, c’est qu’on avait des amis du centre d’accueil qui arrivaient dans nos classes. Parfois, ils parlaient pas bien français mais pour jouer à pierre-papier-ciseaux ça marchait sans langage. Nous les enfants, on aimait ça, acceuillir des enfants du Kosovo ou du Congo. Nos professeurs nous expliquaient que c’était pas trop facile pour eux et qu’il fallait être gentils.

Et puis un jour, les murs colorés de l’école sont devenus gris.

Dylan* n’est pas venu en classe. Au début, on a cru qu’il était malade, on s’est dit que c’était rien, mais Madame avait l’air embêtée et triste, alors j’ai commencé à avoir une sensation bizarre au coeur. Elle nous a demandé de nous asseoir parce qu’elle devait nous expliquer quelque chose.

Dylan avait été forcé de quitter la Belgique, il ne reviendrait pas. Il avait dû rentrer dans son pays avec sa famille. 

Bien-sûr, on a commencé à pleurer. Notre copain qui était si fort à touche-touche, on le reverrait jamais. On n’avait même pas pu lui dire aurevoir.

Bien-sûr, on a demandé pourquoi et qui l’avait obligé.

La réponse a été très bizarre. Il n’avait plus le droit d’être ici. Et c’était des adultes belges qui avaient décidé de ça.

C’était terrible. Dans ma tête, j’imaginais Dylan avec son petit cartable monter dans un avion. Je me posais plein de questions. Est ce qu’il avait emporté ses cahiers pour continuer ses devoirs? Est ce qu’il avait pleuré? Est ce que les adultes belges sont des méchants?

On a continué notre vie sans Dylan. D’autres enfants sont arrivés. On savait maintenant qu’on pouvait nous les voler.

Les années ont passé.

Aujourd’hui, je ne suis plus petite. je suis moi même devenue une adulte belge. Je n’ai pas beaucoup de pouvoir mais j’ai au moins celui de savoir m’exprimer alors je l’utilise.

Je n’ai plus beaucoup de contacts avec la petite école du centre mais je suis amie Facebook avec l’une de mes anciennes professeurs. Madame F. a partagé sur son mur, un post qui a retenu mon attention.

Une famille arménienne qui vit en Belgique depuis des années est menacée d’expulsion. Les plus jeunes enfants, respectivement en 3ème et 4ème année, sont nés en Belgique et y ont fait toute leur scolarité. A partir d’aujourd’hui, la famille peut être expulsée du pays du jour au lendemain.

Ces quelques lignes me tuent. Je ne suis plus une enfant, je comprends le monde et il est de mon devoir de vous en parler aujourd’hui.

C’est injuste et incroyablement triste.

Je ne suis pas en Belgique en ce moment mais si vous, qui lisez ceci avez un quelconque pouvoir, merci de faire quelque chose.

Cette politique à vomir ne doit pas être faite en notre nom.

Ces enfants ont le droit de croire en leur avenir.

Peut être que ce billet ne changera rien, mais peut être que si.

Une pétition est en ligne, je vous invite à la signer.

Merci.

Je tiens par ailleurs à saluer le travail de ces professeurs anonymes qui accueillent, conseillent, amusent, encouragent, motivent les enfants, quelles que soient leurs origines.

Plus d’infos par ici: https://soutenirlafamillemgroyan.wordpress.com/

*j’ai changé le prénom

Beyrouth-Bruxelles : une bouteille à la mer

Beyrouth, le 15/12/16

Ça fait quelques jours que je veux écrire quelque chose. J’ai longuement hésité. Je me suis dit que ça ne servirait à rien et que personne ne prêterait attention. Mais finalement, comme depuis une semaine mes neurones sont en ébullition et que mes nerfs sont proches de l’explosion, j’ai décidé de vous adresser quelques mots ici. Chacun en fera ce qu’il voudra.

Yalla, je commence. Je partage mon existence entre Beyrouth et Bruxelles. Je rencontre beaucoup de gens et j’entends énormément d’histoires. C’est une chance, une volonté aussi. Vivre sur une petite parcelle de terre coincée entre un pays en guerre et un pays ennemi, ça invite à relire l’Histoire. Il ne reste que je suis très attachée à ma petite Belgique. Comme tout le monde, je me suis intéressée à l’affaire du Visa refusé à la famille syrienne. Je ne vais pas revenir sur les détails, il me semble que tout a été dit et redit. Néanmoins, il y a deux choses qui me chiffonnent particulièrement, c’est de ça que je voulais vous parler aujourd’hui.

Premièrement, j’ai comme l’impression que Francken et ses lubies ont réveillé un flot incessant de propos racistes et diffamatoires envers ceux qu’on appelle les « migrants ». Je sais qu’il ne faut pas lire les commentaires haineux mais je n’arrive pas à ne pas m’indigner devant cette montée xénophobe. Alors même si ça tombe sous le sens, il me semble important de rappeler qu’on est en train de parler de femmes, d’hommes, d’enfants qui ont des identités et une dignité. (Ça vaut aussi pour certains médias qui parfois ne font qu’attiser la haine avec des titres à scandale pour faire du clic).

Deuxièmement, cette proposition d’envoyer cette famille d’Alep au Liban m’a juste complètement sidéré. Comme le rappelais à juste titre la RTBF, le Liban connaît la plus forte concentration de réfugiés par habitant au monde. Il y a ici plus d’un million et demi de réfugiés syriens pour un pays trois plus petit que la Belgique. Ce n’est pas facile à gérer, pas du tout facile. Ce petit pays est fragile, tant par ses infrastructures (eau, électricité, routes, internet…) que par son équilibre démographique. Alors quand j’annonce à mes amis Libanais que mon pays refuse catégoriquement d’accueillir une famille d’Alep mais propose de l’envoyer ici, je peux vous assurer que je lis le mépris dans leur regard. Ils ne comprennent pas, je ne comprends pas, cette famille syrienne, devenue symbole ne comprend pas (enfin j’imagine).

Ces  derniers jours, après cinq années de guerre, le reste du monde a enfin ouvert les yeux sur Alep et les atrocités qu’ils s’y passent. Devant les images de morts, la mobilisation prend vie. C’est triste mais c’est souvent comme ça. Cependant, malgré les cris, malgré les pleurs,  une partie de la population belge continue de scander des propos ignobles du genre « vive Francken qu’on les foutte tous dehors ».

Je lis, j’entends et je me pose tout un tas de questions. Comment mes concitoyens peuvent dire des choses pareilles ? Je retourne encore et encore ces interrogations dans mon esprit. Je n’ai pas de réponse.

Cependant, je lis partout « je me sens impuissant(e) », franchement moi aussi je me sens spectatrice de l’inhumanité, celle qui se déroule à quelques kilomètres en Syrie mais aussi celle plus discrète qui s’installe chez moi, au plat pays. Je crois qu’il est de notre devoir de citoyen(ne) de nous battre contre une politique de la peur et de l’ignorance. Comment ? Et bien on pourrait commencer par répondre à ceux qui veulent « les fouttre dehors » en rencontrant l’Autre, en écoutant son histoire, en racontant la nôtre. On pourrait partager ces moments-là plutôt que des hashtags  à gogo sur les réseaux sociaux. J’ai l’impression que c’est la seule solution avant que l’horizon s’assombrisse pour de bon. A ce propos, je tiens à saluer le travail de ces femmes, de ces hommes qui sans jugement aucun, au quotidien tendent leurs mains.

Si vous êtes arrivés au bout de ce billet, je vous remercie, si ces quelques mots invitent à ne fût-ce qu’une rencontre qui fera baisser les armes entre les camps opposés, j’aurai tout gagné.

Merci et belle journée,