Le retour.

Le blog,

Je ne t’ai plus écrit. Je suis désolée. Figure toi qu’en cinq jours, cinq personnes m’ont parlé de toi, alors cette nuit je reviens au clavier. Aujourd’hui, je ne vais pas te raconter d’histoires, je vais te parler de moi. Ouais, comme avant avec plein de « je » et de « me ». Te voilà prévenu.

Je (re)vis en Belgique. C’est une première information qui change quand même pas mal la donne par rapport à mon existence, pas vrai? Je prends souvent l’avion pour retrouver Beyrouth, mon amoureux et ma deuxième vie. Comme tu le sais, je n’aime pas trop me retrouver dans les airs, du coup, chaque départ dans un sens ou dans l’autre crée un petit ascenseur émotionnel dans mon cerveau. Mais ça va, c’est comme ça.

Quoi d’autre? Le we passé, j’ai beaucoup pleuré. Des litres. (Au moins dix). J’ai vidé une boite de mouchoirs (que je venais d’acheter (c’est con parce que depuis j’ai plus de mouchoirs quand je dois me moucher)). Je regardais le ciel, je pleurais, le mur, je pleurais, un film, je pleurais. Une espèce de mega gastro de chialement. Je crois que j’ai atterri, puis ça m’a fait mal aux fesses. La réalité, pas celle des rêves, la vraie.

Ce soir là, par hasard mon père m’a appelé, j’avais le nez en patate et je faisais des drôles de bruits avec ma respiration pour retenir les larmes. Il m’a dit « tu as un rhume? » J’ai répondu « Non, j’essaye de grandir mais c’est pas si facile » et j’ai (re)chialé. (Depuis, je crois qu’il croit que je suis triste, il me demande souvent si ça va.)

En vrai, ça va, c’est juste que je suis vraiment une petite chochotte des fois. Quand trop d’éléments perturbateurs viennent me perturber bhen je pleure. Et puis, ça passe. Et c’est passé et tout va bien (je ne veux pas que tu crois que je suis triste maintenant parce que je ne le suis pas.)

C’est drôle de recroiser tous ces visages familiers. Les uns attendent un enfant, les autres achètent un appartement. Et là je réalise que oui, les années ont passé et que pendant que je découvrais les trésors du Liban, la vie continuait ici aussi. C’est évident tu vas me dire… Oui mais quand on est loin, on a tendance à l’oublier.

Ah, il y a un truc qui me chiffonne quand même, c’est la gestion du temps. J’ai l’impression qu’ici, tout le monde est occupé, tout le temps. Faut prendre des rdv pour se voir entre potes. Je vais pas te mentir, la phrase « faut qu’on se voit » me donne de l’urticaire… Ce serait quand même plus cool de la remplacer par « voyons nous ».

Au Liban, on ne planifie pas, fin pas des semaines en avance en tous cas. La vie se déguste au jour le jour, puisque finalement on ne sait jamais très bien ce qui peut arriver demain. Ici, en Belgique, j’ai l’impression que si tu « n’as rien de prévu » t’es un looser alors faut remplir, remplir, remplir.Quand, les choses sont planifiées, je me sens emprisonnée. (Bon du coup, j’essaye de m’adapter au rythme effréné mais j’y vais molo-piano parce qu’en fait finalement, chacun fait ce qu’il veut, pardi).

Franchement, entre nous, vivre entre deux pays c’est développer une certaine forme de schizophrénie. Quand je suis au Liban, je vois que ma vie est là, je parle de la Belgique, un peu, mais au final tout le monde s’en fou. Ici, c’est pareil mais dans l’autre sens. A chaque endroit ses codes, ses repères, ses humains. Me faut toujours quelques jours pour débarquer de l’un à l’autre.

Aussi, je me rends tous les jours un peu plus compte, que j’ai eu une chance inouïe d’avoir rencontrer mon coéquipier de vie. Tu vois le blog, j’ai l’air forte et solide mais en fait j’le suis pas tant que ça. B. est toujours là avec moi pour me donner un coup de pied au cul ou pour me tirer vers le haut, même à 3000km. Et je trouve ça beau. (C’est un peu bête mais en écrivant ça, il y a des petites larmes qui coulent.)

Enfin, je travaille quand même beaucoup, mais j’aime bien, ça stimule mon cerveau, c’est toujours ça de pris.

Alors tu vas surement me poser LA question: tu es contente d’être en Belgique? Je suis contente oui. Mais tout me va. Ici ou là. Je suis contente d’être, c’est déjà ça. Le reste, c’est des détails.

C’est fouillis ce texte, pardon.

J’espère que tu vas bien toi. Que tu t’en sors pas trop mal entre tes espoirs, tes objectifs et tes déceptions. (Bha oui, on s’entend que quand je m’adresse à mon blog, c’est à toi, derrière ton ordi à qui je parle (au cas où t’avais pas compris)).

Je te fais une petite tape dans le dos et te dis à bientôt,

Jehanne.

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C’était notre 70ème anniversaire de mariage

Salut le blog,

voici un morceau de vie de ceux qu’on ne regarde plus. Il me semblait important de t’en parler un instant.

J’arrive à l’hôpital pour rendre visite à ma mère. Je me perds dans les couloirs. Voilà sa chambre, enfin. Je rentre. Je l’embrasse, j’écoute ses problèmes de genoux. A côté d’elle, une vieille dame s’agite. Elle tape des pieds dans son fauteuil. Elle doit aller aux toilettes mais ne peut pas se lever. Elle pleure de peur de se pisser dessus. J’appelle l’infirmière.

Je m’occupe de ma mère. Enfin, j’essaye. Mais le regard terriblement triste de la dame m’interpelle. Elle essaye de me dire quelque chose. Elle a un problème à la mâchoire, je ne comprends presque rien. Je me concentre un peu plus. « Mon mari est mort il y a deux ans. » Je ne sais pas très bien que répondre. « J’ai 90 ans, on allait fêter nos 70 ans de mariage, il est mort la tête sur mes genoux dans le taxi. »

Je regarde son petit corps trop vieux coincé dans son fauteuil. Ses cheveux raides et gris, sa mâchoire déformée. Elle me dit qu’elle ne parle plus bien depuis qu’on l’a opérée.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. « Avant, on était encore bien tous les deux. » Elle a besoin de parler. De crier au monde qu’elle n’a pas toujours été une petite vieille coincée dans un fauteuil qui a besoin de pleurer et de taper des pieds pour pouvoir aller pisser.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Personne ne vient la visiter. « Mon cousin va venir me chercher. » L’infirmière lui explique que personne n’en a entendu parler.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Un petit corps qui n’attend plus qu’une seule chose rejoindre l’être aimé pendant 70 années.

Ma pudeur, ma maladresse m’ont empêché d’agir mais chère madame, je vous ai écouté. J’ai entendu la mort et l’amour. J’ai vu la peur de n’être plus qu’un sac d’os qui articule mal et que personne ne comprend.

Ce soir, je pense à vous et à votre petit corps trop vieux  coincé dans un fauteuil.

Faut qu’on parle

Salut,

Je ne sais pas si je vous l’ai dit un jour, mais j’ai grandi à Rixensart, un petit village tranquille du Brabant Wallon. A Rix’, il y a quelques commerces, une excellente boulangerie, des écoles, un cinéma, des logements sociaux, des maisons classe moyenne et des grosses villas de bourgeois. A Rixensart, quand j’étais petite, Fedasil a ouvert un centre d’accueil pour réfugiés. Voilà, le décor est planté.

J’allais à l’école communale du centre, une charmante petite école remplie de gentillesse et de bons sentiments. Dans la cour des petits, il y avait un grand marronnier, autour duquel on dansait pendant la fancy-fair. C’était chouette.

Un autre truc qui était chouette, c’est qu’on avait des amis du centre d’accueil qui arrivaient dans nos classes. Parfois, ils parlaient pas bien français mais pour jouer à pierre-papier-ciseaux ça marchait sans langage. Nous les enfants, on aimait ça, acceuillir des enfants du Kosovo ou du Congo. Nos professeurs nous expliquaient que c’était pas trop facile pour eux et qu’il fallait être gentils.

Et puis un jour, les murs colorés de l’école sont devenus gris.

Dylan* n’est pas venu en classe. Au début, on a cru qu’il était malade, on s’est dit que c’était rien, mais Madame avait l’air embêtée et triste, alors j’ai commencé à avoir une sensation bizarre au coeur. Elle nous a demandé de nous asseoir parce qu’elle devait nous expliquer quelque chose.

Dylan avait été forcé de quitter la Belgique, il ne reviendrait pas. Il avait dû rentrer dans son pays avec sa famille. 

Bien-sûr, on a commencé à pleurer. Notre copain qui était si fort à touche-touche, on le reverrait jamais. On n’avait même pas pu lui dire aurevoir.

Bien-sûr, on a demandé pourquoi et qui l’avait obligé.

La réponse a été très bizarre. Il n’avait plus le droit d’être ici. Et c’était des adultes belges qui avaient décidé de ça.

C’était terrible. Dans ma tête, j’imaginais Dylan avec son petit cartable monter dans un avion. Je me posais plein de questions. Est ce qu’il avait emporté ses cahiers pour continuer ses devoirs? Est ce qu’il avait pleuré? Est ce que les adultes belges sont des méchants?

On a continué notre vie sans Dylan. D’autres enfants sont arrivés. On savait maintenant qu’on pouvait nous les voler.

Les années ont passé.

Aujourd’hui, je ne suis plus petite. je suis moi même devenue une adulte belge. Je n’ai pas beaucoup de pouvoir mais j’ai au moins celui de savoir m’exprimer alors je l’utilise.

Je n’ai plus beaucoup de contacts avec la petite école du centre mais je suis amie Facebook avec l’une de mes anciennes professeurs. Madame F. a partagé sur son mur, un post qui a retenu mon attention.

Une famille arménienne qui vit en Belgique depuis des années est menacée d’expulsion. Les plus jeunes enfants, respectivement en 3ème et 4ème année, sont nés en Belgique et y ont fait toute leur scolarité. A partir d’aujourd’hui, la famille peut être expulsée du pays du jour au lendemain.

Ces quelques lignes me tuent. Je ne suis plus une enfant, je comprends le monde et il est de mon devoir de vous en parler aujourd’hui.

C’est injuste et incroyablement triste.

Je ne suis pas en Belgique en ce moment mais si vous, qui lisez ceci avez un quelconque pouvoir, merci de faire quelque chose.

Cette politique à vomir ne doit pas être faite en notre nom.

Ces enfants ont le droit de croire en leur avenir.

Peut être que ce billet ne changera rien, mais peut être que si.

Une pétition est en ligne, je vous invite à la signer.

Merci.

Je tiens par ailleurs à saluer le travail de ces professeurs anonymes qui accueillent, conseillent, amusent, encouragent, motivent les enfants, quelles que soient leurs origines.

Plus d’infos par ici: https://soutenirlafamillemgroyan.wordpress.com/

*j’ai changé le prénom

Beyrouth-Bruxelles : une bouteille à la mer

Beyrouth, le 15/12/16

Ça fait quelques jours que je veux écrire quelque chose. J’ai longuement hésité. Je me suis dit que ça ne servirait à rien et que personne ne prêterait attention. Mais finalement, comme depuis une semaine mes neurones sont en ébullition et que mes nerfs sont proches de l’explosion, j’ai décidé de vous adresser quelques mots ici. Chacun en fera ce qu’il voudra.

Yalla, je commence. Je partage mon existence entre Beyrouth et Bruxelles. Je rencontre beaucoup de gens et j’entends énormément d’histoires. C’est une chance, une volonté aussi. Vivre sur une petite parcelle de terre coincée entre un pays en guerre et un pays ennemi, ça invite à relire l’Histoire. Il ne reste que je suis très attachée à ma petite Belgique. Comme tout le monde, je me suis intéressée à l’affaire du Visa refusé à la famille syrienne. Je ne vais pas revenir sur les détails, il me semble que tout a été dit et redit. Néanmoins, il y a deux choses qui me chiffonnent particulièrement, c’est de ça que je voulais vous parler aujourd’hui.

Premièrement, j’ai comme l’impression que Francken et ses lubies ont réveillé un flot incessant de propos racistes et diffamatoires envers ceux qu’on appelle les « migrants ». Je sais qu’il ne faut pas lire les commentaires haineux mais je n’arrive pas à ne pas m’indigner devant cette montée xénophobe. Alors même si ça tombe sous le sens, il me semble important de rappeler qu’on est en train de parler de femmes, d’hommes, d’enfants qui ont des identités et une dignité. (Ça vaut aussi pour certains médias qui parfois ne font qu’attiser la haine avec des titres à scandale pour faire du clic).

Deuxièmement, cette proposition d’envoyer cette famille d’Alep au Liban m’a juste complètement sidéré. Comme le rappelais à juste titre la RTBF, le Liban connaît la plus forte concentration de réfugiés par habitant au monde. Il y a ici plus d’un million et demi de réfugiés syriens pour un pays trois plus petit que la Belgique. Ce n’est pas facile à gérer, pas du tout facile. Ce petit pays est fragile, tant par ses infrastructures (eau, électricité, routes, internet…) que par son équilibre démographique. Alors quand j’annonce à mes amis Libanais que mon pays refuse catégoriquement d’accueillir une famille d’Alep mais propose de l’envoyer ici, je peux vous assurer que je lis le mépris dans leur regard. Ils ne comprennent pas, je ne comprends pas, cette famille syrienne, devenue symbole ne comprend pas (enfin j’imagine).

Ces  derniers jours, après cinq années de guerre, le reste du monde a enfin ouvert les yeux sur Alep et les atrocités qu’ils s’y passent. Devant les images de morts, la mobilisation prend vie. C’est triste mais c’est souvent comme ça. Cependant, malgré les cris, malgré les pleurs,  une partie de la population belge continue de scander des propos ignobles du genre « vive Francken qu’on les foutte tous dehors ».

Je lis, j’entends et je me pose tout un tas de questions. Comment mes concitoyens peuvent dire des choses pareilles ? Je retourne encore et encore ces interrogations dans mon esprit. Je n’ai pas de réponse.

Cependant, je lis partout « je me sens impuissant(e) », franchement moi aussi je me sens spectatrice de l’inhumanité, celle qui se déroule à quelques kilomètres en Syrie mais aussi celle plus discrète qui s’installe chez moi, au plat pays. Je crois qu’il est de notre devoir de citoyen(ne) de nous battre contre une politique de la peur et de l’ignorance. Comment ? Et bien on pourrait commencer par répondre à ceux qui veulent « les fouttre dehors » en rencontrant l’Autre, en écoutant son histoire, en racontant la nôtre. On pourrait partager ces moments-là plutôt que des hashtags  à gogo sur les réseaux sociaux. J’ai l’impression que c’est la seule solution avant que l’horizon s’assombrisse pour de bon. A ce propos, je tiens à saluer le travail de ces femmes, de ces hommes qui sans jugement aucun, au quotidien tendent leurs mains.

Si vous êtes arrivés au bout de ce billet, je vous remercie, si ces quelques mots invitent à ne fût-ce qu’une rencontre qui fera baisser les armes entre les camps opposés, j’aurai tout gagné.

Merci et belle journée,

Une bouteille à la mer

Beyrouth, 10 décembre 2016

J’ai mal à ma Belgique. J’ai peur. Je ne sais plus quoi espérer pour demain. Je ne veux plus penser que tout ira bien.

Je vous écris du Liban, un pays trois fois plus petit que la Belgique, où vivent plus d’un million de réfugiés syriens, où l’Europe dépense des sommes énormes, pour que surtout, ces familles restent ici et ne traversent pas les frontières de notre Empire européen.

Je n’ose plus regarder ces hommes, ces femmes et ces enfants qui me demandent pourquoi mes dirigeants préfèrent les laisser crever plutôt que de les aider. Je suis horrifiée de lire des commentaires haineux sur ceux qu’on appelle les réfugiés. J’ai beau retourner la chose dans mon esprit encore et encore je ne comprends pas. Qui sont ces belges qui sortent les crocs ? Sont-ils les mêmes que ceux qui pleurent devant la photo du corps du petit Aylan ou qui partagent le cliché du petit Omran sorti des décombres ? Pourquoi mes concitoyens aux verbes agressifs en veulent-ils à ceux qu’on appelle les migrants ? Leur ont-ils volés leur maison ? Leur travail ? Leur vie ? Je ne crois pas. Que se passe-t-il pour que le populisme nauséabond déborde de tous les horizons ?

A l’heure où je vous écris ces mots, à quelques kilomètres à peine, des civils crèvent sous les bombes. Des enfants, des hommes, des femmes et même des clowns. Ils ont des noms, des visages, des vies. Après s’être battue pour les démarches, une famille à Alep attend sa seule chance de survie : un visa de trois mois pour la Belgique. Mais un homme et son parti ont décidé que non « on ne pouvait pas accueillir en Belgique tous les réfugiés du monde entier ». Et pour empêcher le droit d’asile à une famille, Theo Francken est prêt à mettre en danger la démocratie.

Je n’ai plus de mots, plus de force face à cette situation.

Peut-être seulement ceux-ci.

Toi ma Belgique, toi qui n’aimes pas les grands débats et te contentes souvent de compromis… Cette fois, il faut que tu te battes, que tu restes digne et humaine. Réveille-toi ma Belgique, réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard. Nous n’avons plus d’autre choix que de lutter contre l’obscurantisme puisqu’il a envahi notre lumière. Alors luttons, chacun à notre façon. En lisant, en parlant, en rencontrant, en écrivant, en dessinant, en descendant dans les rues, en embrassant, en hurlant, en protégeant. Je ne sais pas mais luttons.

Ps : Ce 10 décembre marque la journée internationale des droits de l’homme. Puisse les souffrances du passé, éviter les douleurs d’aujourd’hui.

Le club des losers

Allô le blog,

ça fait longtemps que je t’ai pas écrit. Pardon, je m’excuse. En fait, j’étais pas mal occupée…Mais aujourd’hui, je me suis réveillée d’une humeur Fuck-le-Monde-J’ai-Envie-De-Zoner, alors j’ai décidé de m’emparer de mon clavier pour te raconter des trucs. Aujourd’hui, on va parler de vie-de-merde, de fails et de grosse lose bien pourrie.

L’autre jour, un ami me disait avec beaucoup de poésie « Facebook, c’est comme un défilé de gens parfaits qui se pavanent en mettant leurs réussites en avant. » (Je te laisse une minute de réfléxion pour digérer ça.) C’est sur que, sur les réseaux sociaux on a plus tendance à partager une nouvelle qui nous fait paraître cool qu’un poste vie-de-merde-bien-médiocre. Et pourtant… Ne nous méprenons pas les gars, on est tous, une vieille bande de losers du dimanche. Ouais, c’est comme ça.

Que celui qui ne se prend jamais de vents et qui n’a pas de doutes ou de déceptions, ferme cette fenêtre web directement.

Moi, par exemple… Je ne sais pas combien de fois on m’a dit « nous, on s’inquiète pas pour toi Jehanne, on sait que quoi qu’il arrive tu vas réussir ce que tu entreprends. » Mouais. Bhen dans le vrai monde imparfait, il y a pas mal de nuits blanches à se demander que fais-je, qui suis-je, où vais-je? Je me casse la gueule et je rebondis, c’est vrai, mais l’élément « je me casse la gueule » est à prendre en considération aussi.

D’ailleurs, ce serait drôle que sur les réseaux sociaux à chaque post sous-entendu #proudofmyself, il y ait un petit post-scriptum qui raconte les efforts et l’énergie dépensée pour en être arriver là.

Genre moi, quand je partage un article publié par un magazine je devrais rajouter, « ps: pour un article publié, il y a 10 idées jetées à la poubelle (sans compter les rédactions qui ne répondent jamais). » Moins glam’ la vie de freelance, pas vrai?

Allez, imaginons ce que pourrait donner un fil d’actu facebook dans la vérité vraie du monde imparfait:

« Youpie, je suis propriétaire. » ps: Je vis dans un stress permanent depuis des mois et je croule sous les démarches administratives.

« On s’est dit ‘oui’, c’est le plus beau jour de ma vie. » ps: La nuit précédant le mariage, j’ai pas dormi, j’arrêtais pas de me demander si je m’apprêtais pas à faire la plus grosse erreur de ma vie.

« J’ai été accepté pour ce super master de dingue hyper select’. » ps: ça fait un an que je me prépare, que je ne sors plus et que je ne fais qu’étudier.

« Je suis au Cambodge, faire le tour du monde, c’est le rêve. » ps: Ma maison me manque et je ne sais plus très bien quel but je voulais atteindre en partant voyager.

« Merci pour tous vos vœux d’anniversaire. » ps: J’avais peur que personne ne pense à moi.

« Mes collègues sont en or. » ps: J’ai une pression de ouf au boulot, je suis à deux doigts du burn-out.

Et bla et bla et bla.

Bref, t’as compris l’idée. La vie de rêve n’existe pas.

On a tous nos tracas même si les filtres instagram se revelent être une façade ultra efficace.

Donc, si tu te dis que machin a une vie plus cool que toi souviens-toi qu’en fait, machin A L’AIR d’avoir une vie plus cool que toi.

Le tout est de voir les choses du bon côté et d’envoyer les sentiments négatifs se faire lyncher.

Okay?

Voilà, voilà, c’était le billet feel-good-un-peu-cucul du jeudi.

BISOUSBISOUS.

ah, aussi, tu peux faire de moi quelqu’un d’un peu moins naze (en apparence) sur les réseaux sociaux en likant la page: https://www.facebook.com/unjourjetiendraiunblog/

coucou
coucou

Vélo, saxo, hello

Le blog,

J’ai une petite histoire à te raconter. C’est pas grand chose mais ça m’a mis du baume au cœur alors je me dis que, peut-être, ça t’en mettra aussi.

Dimanche dernier à Bruxelles, il faisait beau, très beau (à ce propos, un jour, je te parlerai de ma théorie du SUNday). Bref, je me réveille d’un bon, d’un seul avec une terrible envie de ballade en vélo. Du coup, j’enfourche la petite reine direction le canal vers Halle. Je fais une belle ballade au milieu des arbres, des cyclistes du dimanche et des pêcheurs imperturbables. Tout d’un coup, sur le trajet du retour, à hauteur de Ruisbroek, je sens une odeur de frites. Je me dis que bon, quand même, je dois manger des frites avant de rentre au Liban. Pour arriver au Fritkot (oui ça se dit), je dois traverser les rails par le tunnel de la gare. Là, quelle n’est pas ma surprise d’entendre une merveilleuse mélodie de saxophone sortir de nulle part. J’avance encore un peu et je découvre un jeune homme appuyé au mur en train de jouer. Je le regarde, je continue mon chemin, je m’arrête, je fais demi-tour et je lui tends une pièce de deux euros. Il me dit en souriant « no thanks I’m here just for the echo, the sound ». Je me sens bête et bourgeoise. Un peu, pas trop. Je souris et je reprends mon chemin vers la friterie (ça se dit aussi). Le son du saxo me berce. Les arbres sont orangés, le ciel est bleu. Les frites sont bonnes. C’est chouette.

marian

Je rebrousse chemin pour retrouver la route des cyclistes. En repassant devant le gars au saxo, je m’arrête et lui demande si je peux prendre une photo (oui j’avais mon appareil). Il sourit et acquiesce. Je m’exécute. Il me dit qu’il s’appelle Marian, qu’il est Roumain. Il m’explique qu’il travaille dans la construction la semaine et le we il joue de la musique pour se relaxer et communiquer avec dieu. Il vit en Belgique depuis deux ans. Je lui demande « ça va ici »? Il me répond « oui mais les gens sont quand même bizarre, parfois méchants, mais c’est la vie ». Je souris tristement. Il m’explique que d’autres personnes de sa communauté sont très pauvres et vivent n’importe comment. Je dis « oui, je sais j’ai justement vu un reportage hier sur un camp de Roumains à Bruxelles ». Il me parle de son pays où la nature est magnifique. Il me dit « tu devrais y aller toi qui aimes voyager ». Je dis « oui un jour j’espère ». Je lui propose de lui envoyer les photos que j’ai prise de lui. Mais je n’ai ni bic, ni feuille, ni téléphone. Il m’inscrit son nom sur une carte De Lijn. Les traits sont tremblants et sans continuité. Je glisse le ticket dans ma poche. On se dit bonne chance pour la suite. Je m’en vais.

Derrière moi retentit la musique du saxo, je suis contente, j’ai le cœur gros.

Je repense au fait qu’il ai refusé ma pièce, aux passants indifférents, au train qui roule au dessus de sa tête. C’est quand même pas mal poétique, j’trouve.

Comme quoi, dans la vie, des fois, ça vaut la peine de prendre 5 minutes pour observer le monde. Ça le rend plus joli ce fameux monde puis ça casse la gueule aux préjugés. 

Voilà cétait la petite histoire de ma ballade en vélo. C’est rien mais c’est quand même quelque chose.

Ah, j’y pense. Si toi aussi, tu veux écouter la musique de Marian, il est tous les dimanches sous le pont pour piétons de la gare de Ruisbroek. Si tu le croises, salue le de ma part.

Voilà, voilà.

A bientôt,

(j’ai fait une petite vidéo mai je tremblais un peu, pardon)