Confidence pour confidence

Parfois, je me dis que je n’évolue pas des masses des masses. L’idée de faire du surplace m’angoisse plus que tout. Mon retour en Belgique a réveillé cette peur d’immobilisme, l’éternel tiraillement entre l’ailleurs et la construction. Dans ces instants de grands doutes, je me donne d’immenses coups de pieds aux fesses pour me bouger, explorer, tomber, me relever, bref tout un tas de verbe en « er » sauf stagner.

Et puis, soudain, dans le brol infini de mes affaires, je redécouvre une petite boite en osier. « La » boite en fait. Celles des traces indélébiles du passé. Celle que surtout il ne faudra jamais jeter.

Dedans, pas grand chose, quelques photos, des bouts de carnets griffonnés et des lettres, d’amour, de rupture ou d’amitié. C’est en relisant ces morceaux du temps d’avant, que la vérité me saute au visage: « Fucking yes, bien sûr que j’ai évolué. Complètement. Je me suis transformée même. »

La petite Jehanne de 15 ans incomprise et torturée jusqu’au plus profond de son être me fait de la peine. J’ai envie de lui dire qu’un jour, elle sera forte, qu’elle osera dire non, qu’elle sera maître des décisions.

La Jehanne qui lit sa première lettre d’amour le feu aux joues, elle, me fait sourire. Le cœur qui s’emballe, la découverte des sens, l’énergie vivifiante du sentiment amoureux. Les désillusions aussi.

La Jehanne qui pleure de rage en se sentant coincée dans cette histoire sans fin me noue l’estomac. Je voudrais lui chuchoter que ce sentiment d’être un pouding pourri éclaté sur le sol ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir.

La Jehanne qui stresse de partir vivre quelques mois au Canada. J’aimerais lui faire une tape dans le dos en lui rappelant que les voyages forment la jeunesse. « C’est la meilleure décision de ta vie ma p’tite, la suite ne sera que surprises et explorations. »

Tous ces visages qui ont tellement compté, ces êtres qui m’ont portée, ces relations intenses, ces rencontres inattendues, ces expressions gravées, ces moments oubliés qui resurgissent le temps d’une nuit agitée… Tout ça fait qu’aujourd’hui, je suis telle que je suis avec mes forces et mes faiblesses.

Je deviens culcul, pardon, mais c’est vrai… Parfois, j’ai envie de faire une liste comprenant toutes celles et ceux qui ont marqué mon existence pour ensuite les remercier. Puis, je me dis qu’ils me prendraient pour une dingo. Néanmoins, quand je croise l’un(e) ou l’autre, il m’arrive de balancer ma reconnaissance avec maladresse.

Voilà, c’était le monologue du dimanche rempli de bribes de passé.

Aujourd’hui, je suis heureuse, enfin je crois.

Et puis, dehors, le soleil est haut dans le ciel.

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Un petit mot d’un grand Monsieur qui m’a appris beaucoup.
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confidence du samedi

Salut,

Pourquoi je ne t’ai plus écrit? Je sais pas mon vieux. Parfois, je te laisse tomber et puis, soudain, je reviens à toi, telle une vieille amie qui appelle juste pour se plaindre. Tu vois le genre?

Ouais, aujourd’hui, j’ai envie de râler. Nous sommes le 15 juillet, il fait plus gris qu’en novembre et je broie du noir, alors je te le dis.

J’ai eu 29 ans. Dans moins de 365 jours, j’en aurai 30. Je n’ai aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. Je continue mes petites affaires sans être capable de me projeter à plus de trois mois.

Je rêve secrètement d’une grande maison (un petit appart’ ça marche aussi), d’un mec avec qui je ferais une équipe du feu de dieu et de temps pour vivre, penser, écrire et voyager.

J’ai envie de connaitre à nouveau ce sentiment (tellement enivrant) de débarquer dans un nouveau pays, une nouvelle ville, une nouvelle vie. Se perdre dans les rues, se confronter à une autre culture, découvrir d’autres rituels. Et puis, petit à petit s’habituer, pour enfin créer de nouveaux repères.

Se coucher sans avoir la moindre idée de ce à quoi demain va ressembler. Je veux ça.

Repartir de zéro pour s’émerveiller de chaque avancée.

Mais c’est pas la vraie vie. Et je le sais mais parfois, j’ai dur à l’accepter.

Cet éternel sentiment de non-satisfaction, tu crois que ça passe un jour?

S’ancrer dans la réalité. J’y travaille. Beaucoup. Mais parfois mes idées voguent et je m’échappe.

Sinon, ça va, ne t’inquiète pas.

Juste que parfois, je suis un peu fatiguée.

Yalla je te reparle un jour de soleil pour te raconter les temps heureux, okay?

BisousBisous.

A toi, Cécile

Un jour, tu m’avais dit que tu lisais mon blog, puis que tu l’aimais bien. J’avais souri un peu en baissant les yeux (comme souvent dans ce genre de moment).

Un jour, tu as disparu. Tu as quitté la terre comme ça, pouf.

Je ne vais pas te mentir, aujourd’hui, un an plus tard, je ne réalise toujours pas.

Je me suis dit que t’écrire quelques mots serait une belle idée.

La dernière fois qu’on s’est vues au Zatar w Zweit de Sodeco, on a mangé des frites au fromage et tu as dit que la prochaine fois on referait ça. Tu vois, vraiment, je ris en me souvenant de ce moment. Des frites aux fromage = l’insouciance, drôle d’image, pas vrai?

Yalla Bye. On s’appelle, hein. Rentre bien. Bisous. Allez, ciao.

Comment peut-on imaginer que tout s’arrête là?

Tu te souviens quand on a bu des bières sur ta terrasse à Brumana? Au milieu des pins. Loin du vacarme… Tu disais, « ici, je suis comblée ». C’est pas mal beau je trouve, d’être comblée.

Des belges blondes, anciennes de l’Ihecs, qui adorent la bd, qui vivent au Liban et qui ont bossé pour les mêmes magazines, avoue qu’il n’y en a 8000… Et bim le destin fou nous fait nous rencontrer entre deux couloirs. C’est drôle la vie des fois.

Et des fois, vraiment, ça l’est pas.

Cécile, tu sais, te voir comme ça, avec ton fils, ton boulot, ta vie au Liban, loin de la Belgique… T’étais un exemple pour moi. Franchement quoi. Je te trouvais super forte d’y être arrivée.

Cécile, toi qui vivais tant. As-tu senti la mort t’attraper?

Il parait que tu n’as pas souffert, que tu t’es envolée.

Le jour où tu as rejoint les étoiles, tes amis ont écrit sur ton profil Facebook. On s’était parlé deux jours plus tôt… Je t’ai envoyé des messages, je t’ai demandé ce que c’était que ce délire… Comment aurais-je pu imaginer cette réalité?

Le lendemain, j’ai appelé l’Alba. J’étais sur le lit. J’ai raccroché.

Vide absolu.

Pour rationaliser, pour faire porter la faute sur quelqu’un ou quelque chose, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur « rupture d’anévrisme ». Je n’ai pas trouvé de coupable et c’est sans doute ce qu’il y a de plus dur.

C’est incroyable la vie Cécile, je te vois toute grande, toute mince, avec tes cheveux blonds éclatants, rire au vent, faire la bise à tout Beyrouth, me présenter à machin et bidule.

Un coup du sort.

Tu nous donnes à tous, la plus belle des leçons de vie. Faut en profiter puisque tout peut s’arrêter. Comme ça. D’une seconde à l’autre.

Tu es,

Un sacré bout de femme.

Une combattante du quotidien.

Un rayon de soleil.

Tu sais, c’est bizarre, mais pour moi tu n’es pas morte. C’est juste que je ne t’ai pas vue depuis longtemps.

Tu nous regardes de quelque part? Tu nous protèges?

Je t’embrasse fort.

Je pense à toi.

Cécile l’éternelle.

En souvenir de cette belle après-midi à causer de tout et rien sur ton balcon….

 

J’ai peur.

Mon père est né pendant la guerre (ouais il n’est pas tout jeune). Il ne se souvient pas de grand chose, seulement, du bruit des sirènes, ou de la chatte qui portait ses petits par la peau du coup jusqu’à la cave avant les bombardements. Par contre, quand les Alliés sont venus libérer Bruxelles, mon grand-père l’a emmené au défilé et lui a dit de ne jamais oublier cette image. Du haut de ses trois ans, il a promis. Le pays redécouvrait le sentiment indescriptible de la Liberté. Il n’a jamais oublié.

Quand j’étais petite, l’idée que la Belgique ait été en guerre me perturbait vraiment. Apprendre que telle ou telle maison s’était fait bombarder me glaçait le sang. Je me suis passionnée pour l’histoire. J’ai lu beaucoup. Les images des camps de concentration m’ont marqué à jamais. Je n’ai toujours pas compris comment des humains avec un cerveau et un cœur avaient été capables de tant d’horreurs.

Pour aller à l’école le matin, je passais quand même pas mal de temps dans la voiture. Je me souviens de ces trajets où je questionnais mon père sur la bonté naturelle de l’homme, sa capacité à détruire, à tuer. Il me disait «heureusement, on a compris, en Europe, il n’y aura plus jamais de guerre. » Alors, je regardais le ciel et je me disais que j’avais quand même de la chance d’être née en 1988 et pas 50 ans plus tôt.

Dans ma petite école de village, je n’ai jamais expérimenté le racisme. Il y avait un centre d’accueil pour réfugiés à quelques rues. Nous les enfants, on était tous ensemble. On s’en foutait de s’avoir que certains venaient de là ou de là, ce qui était important c’était de jouer, peu importe les origines.

En grandissant, j’ai réalisé que le monde était plus compliqué. En tous cas que certains le rendaient plus compliqué. Un jour, des policiers m’ont demandé mes papiers d’identité. En pleine rue, comme ça, pour rien. C’est la seule et unique fois que ça m’est arrivé. Ce jour-là, j’étais avec un groupe de jeunes Belges aux origines étrangères. Cet épisode quotidien pour la plupart d’entre eux, m’a complètement traumatisé, j’ai alors réalisé que tous les Belges n’avaient pas les mêmes droits dans l’espace public.

Les années ont passé. Le repli identitaire a grandi. Le vivre ensemble s’est transformé en utopie. Les mots « sécurité » et « peur » ont envahi les médias, souvent accompagnés du terme « étranger ».

Et puis, il y a eu la crise économique. Et tout est devenu encore pire. Les portes fermées, les visages baissés et les dents serrées. Au lieu de tendre les mains, on a levé les poings.

Et un jour, les bombes ont explosé chez nous. Et tout est définitivement parti en couille. Les morts étaient à peine enterrés, que des discours de haine ont été diffusés.

Aujourd’hui, un vent nauséabond souffle sur nos maisons. La société se divise. Les racistes ne se cachent plus. Le rejet est devenu la base de tous les discours. Les mots sont forts. Face au pire, plus personne ne s’étonne. L’inacceptable est devenu banal.

Impossible de ne pas relire l’histoire. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les événements se répètent. Il faudrait être fou pour ne pas tirer la sonnette d’alarme.

Peut-être sommes-nous devenus fous ?

Ou bien peut-être avons-nous oublié la valeur de la liberté?

J’ai peur.

Le retour.

Le blog,

Je ne t’ai plus écrit. Je suis désolée. Figure toi qu’en cinq jours, cinq personnes m’ont parlé de toi, alors cette nuit je reviens au clavier. Aujourd’hui, je ne vais pas te raconter d’histoires, je vais te parler de moi. Ouais, comme avant avec plein de « je » et de « me ». Te voilà prévenu.

Je (re)vis en Belgique. C’est une première information qui change quand même pas mal la donne par rapport à mon existence, pas vrai? Je prends souvent l’avion pour retrouver Beyrouth, mon amoureux et ma deuxième vie. Comme tu le sais, je n’aime pas trop me retrouver dans les airs, du coup, chaque départ dans un sens ou dans l’autre crée un petit ascenseur émotionnel dans mon cerveau. Mais ça va, c’est comme ça.

Quoi d’autre? Le we passé, j’ai beaucoup pleuré. Des litres. (Au moins dix). J’ai vidé une boite de mouchoirs (que je venais d’acheter (c’est con parce que depuis j’ai plus de mouchoirs quand je dois me moucher)). Je regardais le ciel, je pleurais, le mur, je pleurais, un film, je pleurais. Une espèce de mega gastro de chialement. Je crois que j’ai atterri, puis ça m’a fait mal aux fesses. La réalité, pas celle des rêves, la vraie.

Ce soir là, par hasard mon père m’a appelé, j’avais le nez en patate et je faisais des drôles de bruits avec ma respiration pour retenir les larmes. Il m’a dit « tu as un rhume? » J’ai répondu « Non, j’essaye de grandir mais c’est pas si facile » et j’ai (re)chialé. (Depuis, je crois qu’il croit que je suis triste, il me demande souvent si ça va.)

En vrai, ça va, c’est juste que je suis vraiment une petite chochotte des fois. Quand trop d’éléments perturbateurs viennent me perturber bhen je pleure. Et puis, ça passe. Et c’est passé et tout va bien (je ne veux pas que tu crois que je suis triste maintenant parce que je ne le suis pas.)

C’est drôle de recroiser tous ces visages familiers. Les uns attendent un enfant, les autres achètent un appartement. Et là je réalise que oui, les années ont passé et que pendant que je découvrais les trésors du Liban, la vie continuait ici aussi. C’est évident tu vas me dire… Oui mais quand on est loin, on a tendance à l’oublier.

Ah, il y a un truc qui me chiffonne quand même, c’est la gestion du temps. J’ai l’impression qu’ici, tout le monde est occupé, tout le temps. Faut prendre des rdv pour se voir entre potes. Je vais pas te mentir, la phrase « faut qu’on se voit » me donne de l’urticaire… Ce serait quand même plus cool de la remplacer par « voyons nous ».

Au Liban, on ne planifie pas, fin pas des semaines en avance en tous cas. La vie se déguste au jour le jour, puisque finalement on ne sait jamais très bien ce qui peut arriver demain. Ici, en Belgique, j’ai l’impression que si tu « n’as rien de prévu » t’es un looser alors faut remplir, remplir, remplir.Quand, les choses sont planifiées, je me sens emprisonnée. (Bon du coup, j’essaye de m’adapter au rythme effréné mais j’y vais molo-piano parce qu’en fait finalement, chacun fait ce qu’il veut, pardi).

Franchement, entre nous, vivre entre deux pays c’est développer une certaine forme de schizophrénie. Quand je suis au Liban, je vois que ma vie est là, je parle de la Belgique, un peu, mais au final tout le monde s’en fou. Ici, c’est pareil mais dans l’autre sens. A chaque endroit ses codes, ses repères, ses humains. Me faut toujours quelques jours pour débarquer de l’un à l’autre.

Aussi, je me rends tous les jours un peu plus compte, que j’ai eu une chance inouïe d’avoir rencontrer mon coéquipier de vie. Tu vois le blog, j’ai l’air forte et solide mais en fait j’le suis pas tant que ça. B. est toujours là avec moi pour me donner un coup de pied au cul ou pour me tirer vers le haut, même à 3000km. Et je trouve ça beau. (C’est un peu bête mais en écrivant ça, il y a des petites larmes qui coulent.)

Enfin, je travaille quand même beaucoup, mais j’aime bien, ça stimule mon cerveau, c’est toujours ça de pris.

Alors tu vas surement me poser LA question: tu es contente d’être en Belgique? Je suis contente oui. Mais tout me va. Ici ou là. Je suis contente d’être, c’est déjà ça. Le reste, c’est des détails.

C’est fouillis ce texte, pardon.

J’espère que tu vas bien toi. Que tu t’en sors pas trop mal entre tes espoirs, tes objectifs et tes déceptions. (Bha oui, on s’entend que quand je m’adresse à mon blog, c’est à toi, derrière ton ordi à qui je parle (au cas où t’avais pas compris)).

Je te fais une petite tape dans le dos et te dis à bientôt,

Jehanne.

C’était notre 70ème anniversaire de mariage

Salut le blog,

voici un morceau de vie de ceux qu’on ne regarde plus. Il me semblait important de t’en parler un instant.

J’arrive à l’hôpital pour rendre visite à ma mère. Je me perds dans les couloirs. Voilà sa chambre, enfin. Je rentre. Je l’embrasse, j’écoute ses problèmes de genoux. A côté d’elle, une vieille dame s’agite. Elle tape des pieds dans son fauteuil. Elle doit aller aux toilettes mais ne peut pas se lever. Elle pleure de peur de se pisser dessus. J’appelle l’infirmière.

Je m’occupe de ma mère. Enfin, j’essaye. Mais le regard terriblement triste de la dame m’interpelle. Elle essaye de me dire quelque chose. Elle a un problème à la mâchoire, je ne comprends presque rien. Je me concentre un peu plus. « Mon mari est mort il y a deux ans. » Je ne sais pas très bien que répondre. « J’ai 90 ans, on allait fêter nos 70 ans de mariage, il est mort la tête sur mes genoux dans le taxi. »

Je regarde son petit corps trop vieux coincé dans son fauteuil. Ses cheveux raides et gris, sa mâchoire déformée. Elle me dit qu’elle ne parle plus bien depuis qu’on l’a opérée.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. « Avant, on était encore bien tous les deux. » Elle a besoin de parler. De crier au monde qu’elle n’a pas toujours été une petite vieille coincée dans un fauteuil qui a besoin de pleurer et de taper des pieds pour pouvoir aller pisser.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Personne ne vient la visiter. « Mon cousin va venir me chercher. » L’infirmière lui explique que personne n’en a entendu parler.

Je regarde son petit corps trop vieux  coincé dans son fauteuil. Un petit corps qui n’attend plus qu’une seule chose rejoindre l’être aimé pendant 70 années.

Ma pudeur, ma maladresse m’ont empêché d’agir mais chère madame, je vous ai écouté. J’ai entendu la mort et l’amour. J’ai vu la peur de n’être plus qu’un sac d’os qui articule mal et que personne ne comprend.

Ce soir, je pense à vous et à votre petit corps trop vieux  coincé dans un fauteuil.

Faut qu’on parle

Salut,

Je ne sais pas si je vous l’ai dit un jour, mais j’ai grandi à Rixensart, un petit village tranquille du Brabant Wallon. A Rix’, il y a quelques commerces, une excellente boulangerie, des écoles, un cinéma, des logements sociaux, des maisons classe moyenne et des grosses villas de bourgeois. A Rixensart, quand j’étais petite, Fedasil a ouvert un centre d’accueil pour réfugiés. Voilà, le décor est planté.

J’allais à l’école communale du centre, une charmante petite école remplie de gentillesse et de bons sentiments. Dans la cour des petits, il y avait un grand marronnier, autour duquel on dansait pendant la fancy-fair. C’était chouette.

Un autre truc qui était chouette, c’est qu’on avait des amis du centre d’accueil qui arrivaient dans nos classes. Parfois, ils parlaient pas bien français mais pour jouer à pierre-papier-ciseaux ça marchait sans langage. Nous les enfants, on aimait ça, acceuillir des enfants du Kosovo ou du Congo. Nos professeurs nous expliquaient que c’était pas trop facile pour eux et qu’il fallait être gentils.

Et puis un jour, les murs colorés de l’école sont devenus gris.

Dylan* n’est pas venu en classe. Au début, on a cru qu’il était malade, on s’est dit que c’était rien, mais Madame avait l’air embêtée et triste, alors j’ai commencé à avoir une sensation bizarre au coeur. Elle nous a demandé de nous asseoir parce qu’elle devait nous expliquer quelque chose.

Dylan avait été forcé de quitter la Belgique, il ne reviendrait pas. Il avait dû rentrer dans son pays avec sa famille. 

Bien-sûr, on a commencé à pleurer. Notre copain qui était si fort à touche-touche, on le reverrait jamais. On n’avait même pas pu lui dire aurevoir.

Bien-sûr, on a demandé pourquoi et qui l’avait obligé.

La réponse a été très bizarre. Il n’avait plus le droit d’être ici. Et c’était des adultes belges qui avaient décidé de ça.

C’était terrible. Dans ma tête, j’imaginais Dylan avec son petit cartable monter dans un avion. Je me posais plein de questions. Est ce qu’il avait emporté ses cahiers pour continuer ses devoirs? Est ce qu’il avait pleuré? Est ce que les adultes belges sont des méchants?

On a continué notre vie sans Dylan. D’autres enfants sont arrivés. On savait maintenant qu’on pouvait nous les voler.

Les années ont passé.

Aujourd’hui, je ne suis plus petite. je suis moi même devenue une adulte belge. Je n’ai pas beaucoup de pouvoir mais j’ai au moins celui de savoir m’exprimer alors je l’utilise.

Je n’ai plus beaucoup de contacts avec la petite école du centre mais je suis amie Facebook avec l’une de mes anciennes professeurs. Madame F. a partagé sur son mur, un post qui a retenu mon attention.

Une famille arménienne qui vit en Belgique depuis des années est menacée d’expulsion. Les plus jeunes enfants, respectivement en 3ème et 4ème année, sont nés en Belgique et y ont fait toute leur scolarité. A partir d’aujourd’hui, la famille peut être expulsée du pays du jour au lendemain.

Ces quelques lignes me tuent. Je ne suis plus une enfant, je comprends le monde et il est de mon devoir de vous en parler aujourd’hui.

C’est injuste et incroyablement triste.

Je ne suis pas en Belgique en ce moment mais si vous, qui lisez ceci avez un quelconque pouvoir, merci de faire quelque chose.

Cette politique à vomir ne doit pas être faite en notre nom.

Ces enfants ont le droit de croire en leur avenir.

Peut être que ce billet ne changera rien, mais peut être que si.

Une pétition est en ligne, je vous invite à la signer.

Merci.

Je tiens par ailleurs à saluer le travail de ces professeurs anonymes qui accueillent, conseillent, amusent, encouragent, motivent les enfants, quelles que soient leurs origines.

Plus d’infos par ici: https://soutenirlafamillemgroyan.wordpress.com/

*j’ai changé le prénom