Petits murmures du soir

Salut,

Tu m’as manqué. Oui, toi qui lis ceci tout. seul.e derrière ton écran d’ordi,tu m’as manqué, vraiment. J’espère que tu vas bien, de un. Et de deux, j’espère que tu es heureux.se.

De mon côté, la vie file sans que je n’ai le temps d’en apprécier toute la saveur. Je me sens un peu frustrée par ce flot continu d’infos, de trucs à terminer, de mails à envoyer.

J’ai besoin d’une petite pause, de douceur et de lumière.

Voilà un peu le topo.

Je me pose beaucoup de questions aussi. Sur moi, sur l’amour, sur les gens qui me font du bien. Sur cette sensibilité parfois assez handicapante qui peut me faire sombrer d’une seconde à l’autre, tout comme cette faculté à oublier les ennuis et à rire à gorge déployée en un instant.

Quand je repense au Liban, à ma vie d’avant, je m’imagine en chat qui s’étire au soleil. Mon quotidien malgré toutes les difficultés et contradictions de ce pays y était plus léger et plus simple.

Je ne sais pas très bien pourquoi, mais je ne peux me remémorer cette période sans sentir les larmes couler et mon nez se boucher.

J’ai beau vouloir jouer les dures, définitivement, je dois me contenter de ma condition… Je suis un flan sucré qui a besoin qu’on l’aime plus que tout.

Parce que oui, au fait, outre le changement de pays (et donc de climat), j’ai aussi perdu mon mec, mon ami, mon confident.

Et parfois, c’est pas simple-simple.

C’est même difficile, disons les choses franchement.

Alors oui, je sais que ça va passer et que tout passe. Mais pour l’instant, c’est pas évident.

Ce qui est terrible là-dedans, c’est de réaliser mon incapacité absolue à profiter du moment présent. Je suis une éternelle nostalgique et ne suis capable que de me répéter que « c’était mieux avant ».

Je dois changer ça, bien-sûr. Parce que réaliser que les choses / les gens ont de la valeur au moment où tu les perds, c’est pas ce qu’il y a de plus efficace.

Force est de constater que je suis beaucoup moins solide que je ne le pensais. Après, voilà, c’est comme ça.

Tout ça me permet d’avoir au moins une certitude: je veux redevenir un chat quelque part sous le soleil d’un pays ou l’autre.

D’ici là, je continuerai ma vie de flan sucré déguisé en ninja. Je trébucherai encore, je rirai beaucoup et je me forcerai à rêver à demain sans oublier l’hier.

BisouBisou.

(Et pardon, pour la mélancolie mais je suis certaine que tu comprendras)

 

flan

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Ceux qui…

Ceux qui chient dans la rue,

Ceux qui font les poubelles,

Ceux qui dorment sous un banc,

Ceux qui ne fument que des mégots de clopes,

Ceux qui ne craignent plus rien parce qu’après tout, ça ou le reste,

Ceux qui baissent les yeux puisque le monde à l’horizontal ne leur appartient plus,

Ceux qui cachent leur couverture dans un buisson pour ne pas se la faire voler,

Ceux qui courent les rues toute la journée à force de ne pas savoir où aller,

Ceux qui n’ont aucun droit que celui de dégager,

Ceux qui se font violer,

Ceux qui espèrent,

Ceux qui meurent,

Et ceux qui préfèrent regarder ailleurs.

Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas

« Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas », voilà un long titre un peu chiant de meuf semi déprimée qui se la joue romantique. Aujourd’hui, vers 20h38, tout d’un coup, j’ai réalisé, j’ai compris. La réalité m’est tombée dessus comme une enclume: je vis en Belgique, on est en automne et je vais en chier pendant les quatre prochains mois.

Alors oui, je parle beaucoup du ciel. Pardon, c’est mon obsession. Chacun ses lubies, la mienne est (encore) plus ou moins raisonnable, elle ne tue personne, c’est déjà ça.

Bref, à 20h38, aujourd’hui, dans une rue de Schaerbeek, j’ai eu froid. L’air cru s’est infiltré sous ma veste. J’ai eu envie de pleurer (et de prendre un bain chaud).

Pleurer pour un courant d’air? Oui, et pour tout le reste aussi.

Pour cette existence qui passe sans que je ne comprenne rien. Pour ces bulles de vies qui m’échappent. Pour cette beauté que je n’arrive pas à apprécier.

Voilà trois ans que je n’ai pas vécu la saison des feuilles mortes dans mon plat pays. Trois ans, c’est long quand-même, non?

Tant de visages, de sensations, de souvenirs. Des vies d’ailleurs. Et ce sentiment de schizophrénie permanent.

J’avance comme un petit soldat, sur tous les fronts. Je suis plutôt fière de moi. Et puis parfois patatra, je dégringole. Les vieux démons me rattrapent. Les cauchemars retrouvent leur place bien moelleuse dans mes nuits agitées.

L’automne, les gens qui toussent et la lune qui se pointe trop tôt.

La légèreté de l’été a disparu.

Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas.

Voilà,

 

Confidence pour confidence

Parfois, je me dis que je n’évolue pas des masses des masses. L’idée de faire du surplace m’angoisse plus que tout. Mon retour en Belgique a réveillé cette peur d’immobilisme, l’éternel tiraillement entre l’ailleurs et la construction. Dans ces instants de grands doutes, je me donne d’immenses coups de pieds aux fesses pour me bouger, explorer, tomber, me relever, bref tout un tas de verbe en « er » sauf stagner.

Et puis, soudain, dans le brol infini de mes affaires, je redécouvre une petite boite en osier. « La » boite en fait. Celles des traces indélébiles du passé. Celle que surtout il ne faudra jamais jeter.

Dedans, pas grand chose, quelques photos, des bouts de carnets griffonnés et des lettres, d’amour, de rupture ou d’amitié. C’est en relisant ces morceaux du temps d’avant, que la vérité me saute au visage: « Fucking yes, bien sûr que j’ai évolué. Complètement. Je me suis transformée même. »

La petite Jehanne de 15 ans incomprise et torturée jusqu’au plus profond de son être me fait de la peine. J’ai envie de lui dire qu’un jour, elle sera forte, qu’elle osera dire non, qu’elle sera maître des décisions.

La Jehanne qui lit sa première lettre d’amour le feu aux joues, elle, me fait sourire. Le cœur qui s’emballe, la découverte des sens, l’énergie vivifiante du sentiment amoureux. Les désillusions aussi.

La Jehanne qui pleure de rage en se sentant coincée dans cette histoire sans fin me noue l’estomac. Je voudrais lui chuchoter que ce sentiment d’être un pouding pourri éclaté sur le sol ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir.

La Jehanne qui stresse de partir vivre quelques mois au Canada. J’aimerais lui faire une tape dans le dos en lui rappelant que les voyages forment la jeunesse. « C’est la meilleure décision de ta vie ma p’tite, la suite ne sera que surprises et explorations. »

Tous ces visages qui ont tellement compté, ces êtres qui m’ont portée, ces relations intenses, ces rencontres inattendues, ces expressions gravées, ces moments oubliés qui resurgissent le temps d’une nuit agitée… Tout ça fait qu’aujourd’hui, je suis telle que je suis avec mes forces et mes faiblesses.

Je deviens culcul, pardon, mais c’est vrai… Parfois, j’ai envie de faire une liste comprenant toutes celles et ceux qui ont marqué mon existence pour ensuite les remercier. Puis, je me dis qu’ils me prendraient pour une dingo. Néanmoins, quand je croise l’un(e) ou l’autre, il m’arrive de balancer ma reconnaissance avec maladresse.

Voilà, c’était le monologue du dimanche rempli de bribes de passé.

Aujourd’hui, je suis heureuse, enfin je crois.

Et puis, dehors, le soleil est haut dans le ciel.

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Un petit mot d’un grand Monsieur qui m’a appris beaucoup.

confidence du samedi

Salut,

Pourquoi je ne t’ai plus écrit? Je sais pas mon vieux. Parfois, je te laisse tomber et puis, soudain, je reviens à toi, telle une vieille amie qui appelle juste pour se plaindre. Tu vois le genre?

Ouais, aujourd’hui, j’ai envie de râler. Nous sommes le 15 juillet, il fait plus gris qu’en novembre et je broie du noir, alors je te le dis.

J’ai eu 29 ans. Dans moins de 365 jours, j’en aurai 30. Je n’ai aucune idée de ce que je veux faire de ma vie. Je continue mes petites affaires sans être capable de me projeter à plus de trois mois.

Je rêve secrètement d’une grande maison (un petit appart’ ça marche aussi), d’un mec avec qui je ferais une équipe du feu de dieu et de temps pour vivre, penser, écrire et voyager.

J’ai envie de connaitre à nouveau ce sentiment (tellement enivrant) de débarquer dans un nouveau pays, une nouvelle ville, une nouvelle vie. Se perdre dans les rues, se confronter à une autre culture, découvrir d’autres rituels. Et puis, petit à petit s’habituer, pour enfin créer de nouveaux repères.

Se coucher sans avoir la moindre idée de ce à quoi demain va ressembler. Je veux ça.

Repartir de zéro pour s’émerveiller de chaque avancée.

Mais c’est pas la vraie vie. Et je le sais mais parfois, j’ai dur à l’accepter.

Cet éternel sentiment de non-satisfaction, tu crois que ça passe un jour?

S’ancrer dans la réalité. J’y travaille. Beaucoup. Mais parfois mes idées voguent et je m’échappe.

Sinon, ça va, ne t’inquiète pas.

Juste que parfois, je suis un peu fatiguée.

Yalla je te reparle un jour de soleil pour te raconter les temps heureux, okay?

BisousBisous.

A toi, Cécile

Un jour, tu m’avais dit que tu lisais mon blog, puis que tu l’aimais bien. J’avais souri un peu en baissant les yeux (comme souvent dans ce genre de moment).

Un jour, tu as disparu. Tu as quitté la terre comme ça, pouf.

Je ne vais pas te mentir, aujourd’hui, un an plus tard, je ne réalise toujours pas.

Je me suis dit que t’écrire quelques mots serait une belle idée.

La dernière fois qu’on s’est vues au Zatar w Zweit de Sodeco, on a mangé des frites au fromage et tu as dit que la prochaine fois on referait ça. Tu vois, vraiment, je ris en me souvenant de ce moment. Des frites aux fromage = l’insouciance, drôle d’image, pas vrai?

Yalla Bye. On s’appelle, hein. Rentre bien. Bisous. Allez, ciao.

Comment peut-on imaginer que tout s’arrête là?

Tu te souviens quand on a bu des bières sur ta terrasse à Brumana? Au milieu des pins. Loin du vacarme… Tu disais, « ici, je suis comblée ». C’est pas mal beau je trouve, d’être comblée.

Des belges blondes, anciennes de l’Ihecs, qui adorent la bd, qui vivent au Liban et qui ont bossé pour les mêmes magazines, avoue qu’il n’y en a 8000… Et bim le destin fou nous fait nous rencontrer entre deux couloirs. C’est drôle la vie des fois.

Et des fois, vraiment, ça l’est pas.

Cécile, tu sais, te voir comme ça, avec ton fils, ton boulot, ta vie au Liban, loin de la Belgique… T’étais un exemple pour moi. Franchement quoi. Je te trouvais super forte d’y être arrivée.

Cécile, toi qui vivais tant. As-tu senti la mort t’attraper?

Il parait que tu n’as pas souffert, que tu t’es envolée.

Le jour où tu as rejoint les étoiles, tes amis ont écrit sur ton profil Facebook. On s’était parlé deux jours plus tôt… Je t’ai envoyé des messages, je t’ai demandé ce que c’était que ce délire… Comment aurais-je pu imaginer cette réalité?

Le lendemain, j’ai appelé l’Alba. J’étais sur le lit. J’ai raccroché.

Vide absolu.

Pour rationaliser, pour faire porter la faute sur quelqu’un ou quelque chose, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur « rupture d’anévrisme ». Je n’ai pas trouvé de coupable et c’est sans doute ce qu’il y a de plus dur.

C’est incroyable la vie Cécile, je te vois toute grande, toute mince, avec tes cheveux blonds éclatants, rire au vent, faire la bise à tout Beyrouth, me présenter à machin et bidule.

Un coup du sort.

Tu nous donnes à tous, la plus belle des leçons de vie. Faut en profiter puisque tout peut s’arrêter. Comme ça. D’une seconde à l’autre.

Tu es,

Un sacré bout de femme.

Une combattante du quotidien.

Un rayon de soleil.

Tu sais, c’est bizarre, mais pour moi tu n’es pas morte. C’est juste que je ne t’ai pas vue depuis longtemps.

Tu nous regardes de quelque part? Tu nous protèges?

Je t’embrasse fort.

Je pense à toi.

Cécile l’éternelle.

En souvenir de cette belle après-midi à causer de tout et rien sur ton balcon….

 

J’ai peur.

Mon père est né pendant la guerre (ouais il n’est pas tout jeune). Il ne se souvient pas de grand chose, seulement, du bruit des sirènes, ou de la chatte qui portait ses petits par la peau du coup jusqu’à la cave avant les bombardements. Par contre, quand les Alliés sont venus libérer Bruxelles, mon grand-père l’a emmené au défilé et lui a dit de ne jamais oublier cette image. Du haut de ses trois ans, il a promis. Le pays redécouvrait le sentiment indescriptible de la Liberté. Il n’a jamais oublié.

Quand j’étais petite, l’idée que la Belgique ait été en guerre me perturbait vraiment. Apprendre que telle ou telle maison s’était fait bombarder me glaçait le sang. Je me suis passionnée pour l’histoire. J’ai lu beaucoup. Les images des camps de concentration m’ont marqué à jamais. Je n’ai toujours pas compris comment des humains avec un cerveau et un cœur avaient été capables de tant d’horreurs.

Pour aller à l’école le matin, je passais quand même pas mal de temps dans la voiture. Je me souviens de ces trajets où je questionnais mon père sur la bonté naturelle de l’homme, sa capacité à détruire, à tuer. Il me disait «heureusement, on a compris, en Europe, il n’y aura plus jamais de guerre. » Alors, je regardais le ciel et je me disais que j’avais quand même de la chance d’être née en 1988 et pas 50 ans plus tôt.

Dans ma petite école de village, je n’ai jamais expérimenté le racisme. Il y avait un centre d’accueil pour réfugiés à quelques rues. Nous les enfants, on était tous ensemble. On s’en foutait de s’avoir que certains venaient de là ou de là, ce qui était important c’était de jouer, peu importe les origines.

En grandissant, j’ai réalisé que le monde était plus compliqué. En tous cas que certains le rendaient plus compliqué. Un jour, des policiers m’ont demandé mes papiers d’identité. En pleine rue, comme ça, pour rien. C’est la seule et unique fois que ça m’est arrivé. Ce jour-là, j’étais avec un groupe de jeunes Belges aux origines étrangères. Cet épisode quotidien pour la plupart d’entre eux, m’a complètement traumatisé, j’ai alors réalisé que tous les Belges n’avaient pas les mêmes droits dans l’espace public.

Les années ont passé. Le repli identitaire a grandi. Le vivre ensemble s’est transformé en utopie. Les mots « sécurité » et « peur » ont envahi les médias, souvent accompagnés du terme « étranger ».

Et puis, il y a eu la crise économique. Et tout est devenu encore pire. Les portes fermées, les visages baissés et les dents serrées. Au lieu de tendre les mains, on a levé les poings.

Et un jour, les bombes ont explosé chez nous. Et tout est définitivement parti en couille. Les morts étaient à peine enterrés, que des discours de haine ont été diffusés.

Aujourd’hui, un vent nauséabond souffle sur nos maisons. La société se divise. Les racistes ne se cachent plus. Le rejet est devenu la base de tous les discours. Les mots sont forts. Face au pire, plus personne ne s’étonne. L’inacceptable est devenu banal.

Impossible de ne pas relire l’histoire. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les événements se répètent. Il faudrait être fou pour ne pas tirer la sonnette d’alarme.

Peut-être sommes-nous devenus fous ?

Ou bien peut-être avons-nous oublié la valeur de la liberté?

J’ai peur.