Petit hommage du soir à l’infirmière de jour

Alors voilà, il y a des trucs dont je ne parle vraiment pas souvent. J’ai dans ma valise émotionnelle une boîte compliquée que j’ai appris à gérer, à maîtriser.

Ma mère est fragile: quatre mots écrits simplement mais quelque peu plus complexes qu’il n’y paraît.

Et parce que rien n’est noir ou blanc et que parfois la langue n’est pas adaptée à certaines réalités, je garde presque toujours ça à l’intérieur. Et parfois ça ressort en pleures, en cris bizarres. Ce n’est d’ailleurs pas encore le moment de tout accoucher mais ça viendra, enfin, je crois. Les faiblesses forgent nos personnalités, à ce qu’on raconte.

Voilà, le contexte instable est planté. Pas besoin de détails. Tout ça pour te parler de mon passage à l’hôpital cette après-midi.

Je rentre dans sa chambre. Son regard est vide, je ne reconnais pas ses yeux. Ils sont ronds, sans la moindre expression. Elle est calme, impassible, elle mange machinalement.

Je sens mon sang se glacer. Il y a quelques jours, j’avais repris espoir. Nous rigolions en m’imaginant porter le voile en Iran et là plus rien, le vide, le néant.

Je la teste. Quelle est ma date d’anniversaire? Elle me regarde, réfléchit un instant et clame « le 15 décembre ». Un frisson me parcourt le dos. Je suis née le 10 juillet. Le reste de mes questions ne fait que confirmer mon intuition.

Aujourd’hui est un jour sans. Un jour où ça ne tourne définitivement pas rond. Un jour où ma maman n’est plus là, dans le vrai monde, celui où l’on peut se dire les choses et compter les uns sur les autres.

J’ai senti les larmes monter. J’ai serré les dents, c’est un peu ma spécialité.

J’ai cherché l’infirmière. Ce petit bout de femme entre deux plateaux repas a trouvé les mots pour me soulager, pour m’apaiser.

Quand je repense ce soir à cet instant d’humanité dans ce couloir aux lumières artificielles, je ne peux m’empêcher de chialer.

Je lui ai dit merci.

Il y a des trucs que j’arrive jamais à exprimer ni en parlant, ni en écrivant, ni en dansant. Je ne sais pas expliquer ce paquet de nœuds de manière intelligible.  Parfois, j’essaie, quand je sens une certaine intimité, une sorte de fusion, mais j’ai terriblement peur. Peur du jugement, de la mécompréhension. Peur des commentaires mal placés, peur de faire peur.

Cette inconnue m’a dit les choses avec justesse. Sans autre but que celui d’être sincère. Et là, d’un coup, d’un seul, ma cage thoracique si solide et mes épaules toujours prêtes à porter se sont relâchées.

L’infirmière du cinquième est une belle personne. Vraiment. Remplie de bienveillance et de clairvoyance. J’ai eu envie de la serrer dans mes bras, mais tu sais, parfois tu te retiens parce que bon… mais j’espère qu’elle l’a senti (je crois que oui).

Quelques mots anonymes c’est pas grand chose, mais vraiment, celles et ceux dans les hôpitaux qui travaillent dans l’ombre pour apaiser les souffrances des patients méritent tous les hommages du monde.

Ça y est, j’ai la chanson pour l’Auvergnat de Brassens en tête maintenant. Héhé, une petite note d’humour pour ravaler les larmes, demain est un autre jour.

J’espère que tout ça ne finira pas trop mal.

J’essaie d’y croire.

Mais parfois,

je finis par en douter.

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