Beyrouth-Bruxelles : une bouteille à la mer

Beyrouth, le 15/12/16

Ça fait quelques jours que je veux écrire quelque chose. J’ai longuement hésité. Je me suis dit que ça ne servirait à rien et que personne ne prêterait attention. Mais finalement, comme depuis une semaine mes neurones sont en ébullition et que mes nerfs sont proches de l’explosion, j’ai décidé de vous adresser quelques mots ici. Chacun en fera ce qu’il voudra.

Yalla, je commence. Je partage mon existence entre Beyrouth et Bruxelles. Je rencontre beaucoup de gens et j’entends énormément d’histoires. C’est une chance, une volonté aussi. Vivre sur une petite parcelle de terre coincée entre un pays en guerre et un pays ennemi, ça invite à relire l’Histoire. Il ne reste que je suis très attachée à ma petite Belgique. Comme tout le monde, je me suis intéressée à l’affaire du Visa refusé à la famille syrienne. Je ne vais pas revenir sur les détails, il me semble que tout a été dit et redit. Néanmoins, il y a deux choses qui me chiffonnent particulièrement, c’est de ça que je voulais vous parler aujourd’hui.

Premièrement, j’ai comme l’impression que Francken et ses lubies ont réveillé un flot incessant de propos racistes et diffamatoires envers ceux qu’on appelle les « migrants ». Je sais qu’il ne faut pas lire les commentaires haineux mais je n’arrive pas à ne pas m’indigner devant cette montée xénophobe. Alors même si ça tombe sous le sens, il me semble important de rappeler qu’on est en train de parler de femmes, d’hommes, d’enfants qui ont des identités et une dignité. (Ça vaut aussi pour certains médias qui parfois ne font qu’attiser la haine avec des titres à scandale pour faire du clic).

Deuxièmement, cette proposition d’envoyer cette famille d’Alep au Liban m’a juste complètement sidéré. Comme le rappelais à juste titre la RTBF, le Liban connaît la plus forte concentration de réfugiés par habitant au monde. Il y a ici plus d’un million et demi de réfugiés syriens pour un pays trois plus petit que la Belgique. Ce n’est pas facile à gérer, pas du tout facile. Ce petit pays est fragile, tant par ses infrastructures (eau, électricité, routes, internet…) que par son équilibre démographique. Alors quand j’annonce à mes amis Libanais que mon pays refuse catégoriquement d’accueillir une famille d’Alep mais propose de l’envoyer ici, je peux vous assurer que je lis le mépris dans leur regard. Ils ne comprennent pas, je ne comprends pas, cette famille syrienne, devenue symbole ne comprend pas (enfin j’imagine).

Ces  derniers jours, après cinq années de guerre, le reste du monde a enfin ouvert les yeux sur Alep et les atrocités qu’ils s’y passent. Devant les images de morts, la mobilisation prend vie. C’est triste mais c’est souvent comme ça. Cependant, malgré les cris, malgré les pleurs,  une partie de la population belge continue de scander des propos ignobles du genre « vive Francken qu’on les foutte tous dehors ».

Je lis, j’entends et je me pose tout un tas de questions. Comment mes concitoyens peuvent dire des choses pareilles ? Je retourne encore et encore ces interrogations dans mon esprit. Je n’ai pas de réponse.

Cependant, je lis partout « je me sens impuissant(e) », franchement moi aussi je me sens spectatrice de l’inhumanité, celle qui se déroule à quelques kilomètres en Syrie mais aussi celle plus discrète qui s’installe chez moi, au plat pays. Je crois qu’il est de notre devoir de citoyen(ne) de nous battre contre une politique de la peur et de l’ignorance. Comment ? Et bien on pourrait commencer par répondre à ceux qui veulent « les fouttre dehors » en rencontrant l’Autre, en écoutant son histoire, en racontant la nôtre. On pourrait partager ces moments-là plutôt que des hashtags  à gogo sur les réseaux sociaux. J’ai l’impression que c’est la seule solution avant que l’horizon s’assombrisse pour de bon. A ce propos, je tiens à saluer le travail de ces femmes, de ces hommes qui sans jugement aucun, au quotidien tendent leurs mains.

Si vous êtes arrivés au bout de ce billet, je vous remercie, si ces quelques mots invitent à ne fût-ce qu’une rencontre qui fera baisser les armes entre les camps opposés, j’aurai tout gagné.

Merci et belle journée,

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4 réflexions sur “Beyrouth-Bruxelles : une bouteille à la mer

  1. Merci pour cet article, qui ouvrira les yeux de certains je l’espère.
    On le voit partout à l’international en ce moment: les étrangers, les migrants, font peurs. Que ce soit aux USA avec l’élection de Trump ou en Angleterre avec le Brexit, l’immigration est au coeur de l’argumentaire de l’extreme droite.
    Pourtant, l’Histoire a été dure avec nous aussi. Avec deux guerres mondiales, les gens de nos propres pays ont migré, eux aussi. Je trouve cela dommage qu’on mette tous nos problèmes (chômages, violence, sécurité sociale, etc) sur le dos de ceux qui fuient leur pays pour trouver la paix ailleurs. Les problèmes étaient présents avant eux, et ils seront toujours présents après eux.

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