Une bouteille à la mer

Beyrouth, 10 décembre 2016

J’ai mal à ma Belgique. J’ai peur. Je ne sais plus quoi espérer pour demain. Je ne veux plus penser que tout ira bien.

Je vous écris du Liban, un pays trois fois plus petit que la Belgique, où vivent plus d’un million de réfugiés syriens, où l’Europe dépense des sommes énormes, pour que surtout, ces familles restent ici et ne traversent pas les frontières de notre Empire européen.

Je n’ose plus regarder ces hommes, ces femmes et ces enfants qui me demandent pourquoi mes dirigeants préfèrent les laisser crever plutôt que de les aider. Je suis horrifiée de lire des commentaires haineux sur ceux qu’on appelle les réfugiés. J’ai beau retourner la chose dans mon esprit encore et encore je ne comprends pas. Qui sont ces belges qui sortent les crocs ? Sont-ils les mêmes que ceux qui pleurent devant la photo du corps du petit Aylan ou qui partagent le cliché du petit Omran sorti des décombres ? Pourquoi mes concitoyens aux verbes agressifs en veulent-ils à ceux qu’on appelle les migrants ? Leur ont-ils volés leur maison ? Leur travail ? Leur vie ? Je ne crois pas. Que se passe-t-il pour que le populisme nauséabond déborde de tous les horizons ?

A l’heure où je vous écris ces mots, à quelques kilomètres à peine, des civils crèvent sous les bombes. Des enfants, des hommes, des femmes et même des clowns. Ils ont des noms, des visages, des vies. Après s’être battue pour les démarches, une famille à Alep attend sa seule chance de survie : un visa de trois mois pour la Belgique. Mais un homme et son parti ont décidé que non « on ne pouvait pas accueillir en Belgique tous les réfugiés du monde entier ». Et pour empêcher le droit d’asile à une famille, Theo Francken est prêt à mettre en danger la démocratie.

Je n’ai plus de mots, plus de force face à cette situation.

Peut-être seulement ceux-ci.

Toi ma Belgique, toi qui n’aimes pas les grands débats et te contentes souvent de compromis… Cette fois, il faut que tu te battes, que tu restes digne et humaine. Réveille-toi ma Belgique, réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard. Nous n’avons plus d’autre choix que de lutter contre l’obscurantisme puisqu’il a envahi notre lumière. Alors luttons, chacun à notre façon. En lisant, en parlant, en rencontrant, en écrivant, en dessinant, en descendant dans les rues, en embrassant, en hurlant, en protégeant. Je ne sais pas mais luttons.

Ps : Ce 10 décembre marque la journée internationale des droits de l’homme. Puisse les souffrances du passé, éviter les douleurs d’aujourd’hui.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s