Faut qu’on parle

Le blog,

Mercredi, j’ai reçu un mail de Flair proposant aux 5 finalistes du concours FOTA d’imaginer un moyen pour récolter des fonds en ligne pour l’association SOS Villages d’enfants. Du coup, je t’ai écrit un long texte pour t’expliquer le pourquoi du comment il fallait aider l’association.

Mais je viens de tout effacer.

Pourquoi ? Je vais te le raconter.

Depuis ma chambre beyrouthine je t’écrivais en te de démontrant par A + B que la guerre en Syrie fait des centaines de milliers de morts dont des dizaines de milliers d’enfants et qu’il est urgent et vital de soutenir des causes tel que SOS villages enfants. Soudain, un événement est venu interrompre mes pensées théoriques.

J’ai entendu un cri, un hurlement dans la rue. Au début, j’ai cru que c’était le vendeur de brols qui passent tous les jours avec sa charrette. Mais le timbre était terrible. Je suis allée sur la terrasse et là 4 étages plus bas j’ai vu un vieillard pousser un enfant dans une chaise roulante.

J’ai arrêté de t’écrire, j’ai enfilé un jeans, pris un billet et un pain frais et je suis descendue. J’ai rattrapé l’homme, lui ai tendu le pain et le billet. Il a pleuré en me demandant plus. Avec mes deux mots d’arabe et demi, je lui ai demandé d’où ils venaient. « Homs* » m’a-t-il dit. « Shu esmak** » j’ai demandé, « Youssef » m’a-t-il répondu.

* ville syrienne

**comment tu t’appelles

Je me suis avancée vers la chaise sale qui contenait l’enfant inconscient. J’sais pas dire « et lui » en arabe. Alors, je l’ai montré du doigt, « Ahmet » m’a lancé le vieux avant de se remettre à pleurer.

L’enfant était noire de crasse et entouré de paquets de chips vides. Il devait avoir maximum 6 ans. Tout maigre, les yeux fermés. Je ne sais pas quel est son handicap, ni même si il est handicapé. Je ne sais pas pourquoi il a les yeux fermés. Je l’ai regardé sans bouger. Je me suis sentie bête et fragile.

J’ai serré la main du vieux et je suis remontée à la maison.

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Qu’est-ce que je peux faire ? Qui est ce vieux ? Pourquoi cet enfant est dans cet état ?

Je suis revenue à mon ordi pour continuer mon argumentaire sur la guerre en Syrie et j’ai tout effacé pour recommencer en t’écrivant cette histoire.

Tu comprends maintenant?

Aucun enfant n’a à vivre une telle situation.

A quelques kilomètres d’ici, à Alep-Est, la population continue de se faire bombarder jour après jour.

On s’habitue aux morts. ON S’HABITUE AUX MORTS.

SOS villages d’enfants a beaucoup de projets à travers le monde dont trois centres en Syrie : à Damas, à Alep et à Tartous. Ils veillent  à ce que la population reçoivent de l’eau, de la nourriture et que les familles soient prêtes à affronter l’hiver.

En parcourant le site, je découvre qu’à Damas, le Village d’Enfants SOS a été touché par deux tirs de mortier.

C’est con mais en lisant ces mots, j’ai chialé. J’imagine ces gamins avec un semblant de sentiment de paix et de sécurité envahit par la peur et le danger.

A Alep, le centre a été délocalisé vers Damas mais l’association continue de nourrir les familles et d’accueillir les enfants pendant la journée.

Avec un don de 45 euros, tu peux offrir à un enfant un soutien psychologique pour traiter les traumatismes vécus. Avec un don de 60 euros, trois repas par jour pendant un mois. Avec un don de 115 euros, un accueil de cinq jours dans l’un des Centres d’accueil SOS.

Aussi, il est possible de s’impliquer en Belgique en aidant les migrants à s’intégrer, en leur donnant des cours de français, en les invitant à rencontrer tes amis, à rentrer dans ta vie.

Imagine deux secondes devoir quitter ton pays, ta famille, tes amis sans savoir si tu les reverras un jour en vie. L’arrivée en Belgique est stressante. Zero certitude quant à l’avenir. Trouver sa place dans une société qui ne te  fait pas sentir le bienvenu. Non, mais tu lis les commentaires des internautes aux articles de presse ? Parfois (souvent même) c’est à vomir. Franchement, ça me rend dingue.

Pardon, je me calme.

Bref, je voulais te dire que l’asso a ouvert cet été un centre en Belgique pour accueillir les réfugiés mineurs non accompagnés. Sans doute que leur parents ont tout vendu pour leur offrir un avenir meilleur mais ils arrivent ici sans rien ni personne.

Voilà, c’est pas le billet le plus drôle du monde mais des fois ça devient difficile de faire autrement. Je me rends compte que les mots vont dans tous les sens et je m’en excuse. Difficile de garder les idées claires.

Je repense au petit dans la chaise roulante.

Soutenons Sos Villages d’enfants pour ne plus avoir à observer un regard complètement vide d’insouciance. Franchement.

Merci pour eux.

https://www.sos-villages-enfants.be/

N’hésite pas à partager et à passer le message à ton voisin. 🙂

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2 réflexions sur “Faut qu’on parle

  1. Bonjour Jehanne, je me rends au Liban du 31/10 au 18/11, pour un reportage photo sur l’exil des Syriens (que je peux te détailler). Je serais heureux de te rencontrer si tu es sur place ou d’avoir les contacts de ton amie, qui connais Joseph. je recherche tout type de rencontre me permettant de rendre compte des situations individuelles, pour en dégager « l’humanité ».

    Merci d’avance.

    Claude

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