Carnet de voyage: le Liban (partie 1)

Si je pars en Espagne on me répond « oh c’est cool, bon voyage » quand j’ai décidé d’aller au Liban on m’a répondu « oh, c’est cool mais pourquoi faire?« .

Avant le départ, je décide, comme d’hab’, d’acheter un guide genre le Routard ou le Lonely: impossible à trouver. « Ils veulent pas pousser les gens à aller dans une région qui est à risques » me dit le vendeur. « C’est sur » que je répond en pensant que RoutardMonOeilOuais. Je finis par trouver une édition 2012 du Petit Futé: un précieux sésame. Pendant ce temps là, mes proches essayent encore de me dissuader: « c’est pas le moment avec tout ce qu’on raconte, et puis les réfugiés et puis ce qu’on voit à la télé et bla et bla et bla.« 

En vain, un jour, je fais mon sac, je prends mon carnet avec l’adresse de mon couchsurfing et je pars. Une longue escale à Istanbul;  assise par terre entre la porte des toilettes et le panneau des départs; j’observe le monde en transit. J’arrive à la porte d’embarquement pour Beyrouth, et là, je sais pas, c’est sans doute un peu niais mais je me sens bien: les gens sont beaux, tout le monde sourit. J’entends du français et de l’arabe. Je les regarde, et je me dis que dans une heure ça y est, je serai au Liban. Dans l’avion, je vais pas te raconter que c’est la fête mais presque, le monde est bien sympathique. Je suis une des seules qui a des euros donc je deviens la banque d’échanges de monnaie officielle du vol, alors on rigole. Le mec d’à côté arrête pas de vouloir me donner à manger et à boire. Je dis non mais il met les trucs dans ma bouche. Je souris, il y a plus de doute, le voyage a commencé. J’arrive à Beyrouth au beau milieu de la nuit où un inconnu plutôt vraiment gentil m’attend à l’aéroport, il s’appelle B.. Tu sais, j’aime les premières secondes dans un nouveau pays. Quand même si fatiguée par le voyage tous mes sens sont en éveil. Cette nuit là, l’air est très chaud. On roule, on prend des tunnels. Sur la route, il y a; des immeubles avec des petits rideaux aux terrasses  (tous ces balcons me font penser à une myriade de petites scènes de théâtre), des panneaux publicitaires avec des femmes en sous-vêtements, des fils électriques qui sortent d’un peu partout, et des statues de vierges et de saints à vendre. On arrive à la maison. Dehors, le vent se met à souffler de toute sa force de vent, on se croirait dans un sèche cheveux géant. On parle un peu. Même beaucoup. Puis, je vais dormir et je me dis que c’est chouette quand même la vie.

Le lendemain matin, l’excitation me gagne: j’ai hâte de voir et de comprendre où je suis, de goûter des trucs, de sentir le soleil, de me balader. On s’exécute. Il fait 35 degrés. On arrive au centre ville. Première chose que je remarque c’est l’immense mosquée el-Amine construite entre 2002 et 2007 par le milliardaire sunnite Rafic Hariri. Rafic Hariri a été premier ministre du Liban durant cinq gouvernements entre 1992 et 2004. Il a été assassiné dans un attentat en 2005. À droite de la mosquée, un grand building avec la photo d’un homme. Je demande « c’est qui lui? » B. me répond « un journaliste assassiné« . Il s’agit de Gébrane Tuéni, un intellectuel défenseur des droits de l’homme mort dans un attentat en 2005 lui aussi. Un peu plus loin, la statue d’un homme. Encore une fois, je demande « c’est qui lui? » et comme dans un mauvais dialogue B. me répond encore un fois avec exactement la même intonation « un journaliste assassiné« . Je rigole, c’est nerveux. Cette fois il s’agit de Samir Kassir, un historien et journaliste franco-libanais tué encore une fois en 2005.

Plus d’infos sur ces attentats par ici: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/12/27/attentat-a-beyrouth-le-dernier-en-date-d-une-longue-serie-d-assassinats-politiques_4340884_3218.html

Après cette joyeuse introduction, je découvre le centre ville pour de bon. Les rues sont très propres, tout est rénové. J’apprends que la vieille ville a été ravagée par la guerre alors oui il a fallu tout reconstruire. Aujourd’hui, c’est une sorte de vitrine lisse d’un Beyrouth clinquant; ambassades, institutions politiques, boutiques de luxe, restaurants de standing, loyers impayables. Le tout sous la surveillance des militaires. Calme et propreté. On est loin de l’agitation urbaine du reste de la ville.

Le soir, je débarque dans le très cool quartier de Jetawi, à Mar Mikhael. C’est la zone bobo. Plein de petits bars, de restos, de clubs, de musique. Des gens cools partout. Même quelques cyclistes! (À Beirut c’est pas fréquent-fréquent nous en reparlerons). Bref, un endroit qui respire la vie, la fête et les verres bien hauts: kessik! (comme ça si tu vas au Liban tu sauras même dire santé). Coup de cœur absolu, pour un petit bar à la programmation plutôt underground le « Radio Beirut »; le matin, sur la terrasse pour un petit café ou le soir devant un concert avec une boisson un peu plus alcoolisée, cet  endroit est devenu mon véritable QG. J’y ai rencontré S. une artiste comédienne/danseuse/performeuse qui connaît Bruxelles et Beyrouth comme sa poche. Elle est belle et respire la vie. On papote de Saint-Gilles, d’art et de la guerre. Et tout d’un coup, elle lâche: « Une bombe peut exploser mais la vie continue. On va mourir un jour donc on profite. » Et puis la papote suit son cours en toute légèreté à propos du chaos organisé de Beyrouth et de la pluie incessante de Bruxelles. Autour de nous, les gens sont beaux. Il fait chaud. La musique est chouette. Ma limonade est délicieuse. Je sens une énergie folle. Je me dis, que voilà ça y est je suis à Beirut et que non ça ne ressemble vraiment pas à ce que je croyais que ça ressemblerait. Je rencontre quelques européens (et même que j’ai trouvé le petit prince, il est écossais et voyage depuis sept mois) ils me demandent pourquoi Beyrouth? Je leur répond « pourquoi pas« . Ils me disent presque tous « attention, on tombe amoureux de cette ville en moins de deux » (ils avaient raison mais ça je ne le savais pas encore). A Radio Beirut, je fais la connaissance de E., personnage énigmatique de la vie underground beyrouthine. E. est DJ de funk et tient un magasin de vinyles dans le quartier arménien de Borj Hammoud. Il est brillant, cultivé et d’une sensibilité déconcertante. Il me raconte la vie de ses parents communistes, le milieu littéraire, la ligne de démarcation pendant la guerre, les soirées sur la plage, sa thèse de philo, ses musiciens préférés de jazz. Bref, on papote et c’est bien. Je lui dis « mais faut faire un docu sur toi ça changera des sujets sur le Hezbollah » il me répond que tracks d’Arte l’a contacté et que l’équipe de Vice l’a déjà rencontré. « Ah, d’acc, en tout cas, c’est moins prestigieux mais il m’arrive d’écrire des histoires et je parlerai de toi c’est sur », ça c’était ma super réponse. On s’est un peu marré. https://www.vice.com/en_uk/read/beirut-vinyl-ernesto-chahoud-764

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