L’ami retrouvé

Je voulais titrer ce nouveau billet « Make it last forever, friendship never eeeeeeends » mais j’ai pas osé. Du coup, j’ai opté pour le roman de Fred Uhlman qui m’a bien bousculé les neurones alors que j’devais avoir dans les 15 ans. Tu l’auras compris, aujourd’hui, j’avais envie de te parler d’amitié. Alors voilà, je vais donc te parler d’amitié. (T’as capté qu’on allait papoter d’amitié?) (pardon, parfois, je fais des blagues un peu pourrites) L’autre jour, j’étais à un party (oui c’est comme ça de temps en temps je parle québécois), bref, je buvais des verres avec des amis puis on parlait de voyages, du monde, de l’art, des mecs, de la vie et blablabla. C’était chouette, c’était bien. Plus loin dans la pièce, un groupe de jeunes (au moins cinq ans moins vieux que nous, C’EST POUR DIRE) faisaient la teuf en dansant et chantant. Ils se serraient dans les bras les uns des autres. Se dragaient. Ils étaient plein de fougues et d’énergie. C’était marrant à voir. J’ai un petit peu buggé sur eux pendant cinq minutes. Puis voilà, j’ai continué de refaire le monde autour d’un verre de vin. C’était chouette, c’était bien. Le lendemain sur mon petit vélo, j’ai un peu songé… Il y a encore vraiment pas longtemps du tout, mes copains c’était tout. On faisait des fêtes tout le temps à plein et on finissait dans les rues à la recherche d’un bar cool en attendant interminablement machin qui était parti chercher des clopes ou truc qui était allé pisser. En cours, on faisait des blagues nulles et on se marrait à se defoncer les abdos. On dormait les uns chez les autres. On s’appelait tout le temps. C’était fort. Parfois excessif. Mais c’était fort. J’ai pas remarqué qu’on avait évolué. J’ai pas senti venir le changement et pourtant… HéHo, bien-sûr, on fait encore la teuf. On se marre encore comme des débiles dès qu’on dit « prout », on sort, on rigole mais il y a peut-être moins d’absolutisme aujourd’hui. Aussi loin que je me souvienne, mes amis c’est ma vie. Quand ça se passe bof à la maison tu cherches ton équilibre ailleurs, j’imagine qu’il doit y avoir un truc comme ça. J’ai eu des amitiés vraiment très fusionnelles « si-tu-meurs-je-meurs ». (« Toiiiiiii, tu es mon autreeeee, la force de ma foi, la faiblesse et ma loiiiiii », ouais, je suis une ado des années 2000.) Pour vrai, aujourd’hui encore, si j’écoute « mon frère » de Maxime Le Forestier, c’est possible que je pleure. Puis, il y a eu l’université, la découverte du couple, de l’amour-passion. J’imagine que j’ai mis ma charge émotionnelle ailleurs. Ce qu’il y a de chouette pendant les études c’est que tu te fais plein de nouveaux copains avec des centres d’intérêts plus ou moins proches des tiens. On va chez l’un, on va chez l’autre. On mange des pâtes pas chers avec de la vinasse de bas rayon. Puis, un jour. Après vingt années de scolarité relativement cadrée, tu chantes pour de bon « mais oui mais oui l’école est finie ». Chacun commence sa petite vie; chercher-un-boulot/travailler/partir-à-l’étranger/ne-pas-trouver-de-boulot-et-goûter-à-la-déprime/trop-travailler-et-goûter-à-la-fatigue/chercher-un-appart/se-plaindre-de-la-colloc/s’installer-en-couple/quitter-son-vieil-amour/prendre-sa-vie-en-main/rester-un-peu-ado. C’est la vie d’adulte et là, pour la première fois, faut se fixer des rdv pour pouvoir se voir. On va au resto, dans des petits bars cools ou les uns chez les autres. Mais la cara a laissé place au cava. On grandit et peut être qu’on boit moins souvent la bouteille au goulot, qu’on a un peu moins de temps, qu’on est un peu plus vieux et plus sérieux. Mais on se connaît. Comme le fin fond de notre poche. Et on est là si ça va pas. Et aussi si ça va. Et même si chacun a des hauts et des bas, c’est beau de se voir évoluer, d’observer ce qu’on devient, nos choix, nos ambitions concrétisées et tous ces trucs là. Quand j’étais de l’autre côté de l’océan, un jour j’ai été triste de voir mon petit monde avancer sans moi. (Égocentrique, vous avez dit égocentrique?) Alors j’ai appelé une amie. – « Tout le monde s’en fou de moi, du fait que je sois pas là. Que je vive des trucs fous et parfois pas si faciles. Vous m’avez oublié on dirait. Vous me manquez. » (oui, hum, ce jour là ça n’allait vraiment pas) – « Mais, quoi, tu veux qu’on construise un autel à ta mémoire et qu’on s’y recueille tous les jours? » ( Ma pote a le sens de l’humour) – « Nan, mais, j’ai peur de pas retrouver ma place quand je rentrerai » (Et moi ce jour là j’étais vraiment premier degré) – « Tu verras, rien n’aura changé » (Elle a sut me rassurer) (Aaaah, mes dialogues au style tellement percutant; perso je m’en lasse pas) Toujours est-il, qu’elle avait raison. Le jour où je suis revenue c’était comme se coucher sur un coussin qui prend la forme de ta tête; tout fittait parfaitement. (Pas grave si tu comprends pas cette métaphore, suis pas certaine de la saisir non plus). Du coup, il y a les vieux potes que tu perds parfois de vue le temps d’un temps puis que tu retrouves sans que rien n’ai changé, les amis du quotidien à qui tu racontes tout ou presque et les nouvelles personnes que tu croises et qui petit à petit prennent une chouette place dans ta vie. Et bref. Toutes ces petites âmes sont là à l’intérieur de toi. Comme plein de petites poupées russes (ça y est je me prends pour Klapisch). A propos de Matriochka, tiens, ça tombe bien, j’en ai justement une gravée sur le bras. (c’était ça ou me balader avec un post-it sur le front « tu as plus de ressources que tu ne l’crois ma petite ») Bref, tout ça pour dire que oui mes potes c’est toujours ma vie. Mais voilà, peut-être que maintenant en grandissant, j’accepte aussi de vivre des trucs sans eux. Bref. J’étais sur mon vélo et je pensais à tout ça. Et il y avait un rayon de soleil. Et c’était bien. Voilà. Du coup j’ai eu envie de te raconter tout ça. Kassdedi aux potos! Mais quand même j’espère qu’on deviendra jamais des vieilles croûtes abrutis par le quotidien de la vie, du coup, pour terminer je te cite Baudelaire (le vénéré) et ses vers qui sont un peu une règle de vie… « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentirl’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous,enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. » image

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