La randonnée de la muerte

Hey le blog,

Quand j’habitais au Québec, j’ai vécu un truc un peu fou, faut que je te le raconte (mieux vaut tard que jamais tu me diras).

Avec ma colloc québécoise, on est parties faire un petit road trip dans la très jolie région du Saguenay (pour te situer c’est à l’ouest du Québec) c’est assez reculé et sauvage. Notre but ultime était d’aller au Monts Vallin faire une randonnée en raquette. On était au tout début du mois de décembre et on voulait profiter de la neige toute nouvelle de ce début d’hiver.

Quand on disait naïvement aux gens « on s’en va aux Monts Vallin » ils répondaient « aaaah, vous verrez c’est beau, par contre, ça monte en tabarouette, courage »! Je m’en faisais pas plus que ça. Après tout, c’était juste une randonnée dans la neige.  (Ha Ha ha. La bonne blague. Cette petite randonnée a été un des moments les plus intenses de toute ma vie, mais bon, ça je ne le savais pas encore….)

Commençons par le commencement, on part le jour le plus froid de la semaine: -24. C’est un bon début. On arrive, la saison touristique n’est pas encore officiellement ouverte. Les premières touristes de l’hiver: « coucou, c’est nous ». Pas de souci, on peut quand même monter mais les chemins ne seront pas spécialement bien aménagés. (Pas grave qu’on s’est dit: LOL que je te réponds a posteriori). Bref, c’est pleines de courage et armées de bonne volonté qu’on commence la randonnée, il est alors dans les 11h du matin. Qui dit « Monts » dit montée. Du coup, bha, on grimpe, sans arrêt, tout le temps. Tu t’arrêtes, tu gèles donc en fait tu t’arrêtes pas. T’as soif? Pas de chance ta gourde a gelé.
Le froid est tellement fort que tu ressens plus la faim. Tes cheveux gèlent, tes lèvres sèchent. Si ton nez coule un peu, gare à toi. D’ailleurs mon téléphone qui me sert d’appareil photo gèle lui aussi. Du coup, je le cache dans les tréfonds de mes entrailles (ou presque) pour qu’il survive.
Je t’avoue qu’assez vite, je sens que c’est un rien difficile mais je me dis « allé un petit effort » (je suis alors loin de penser que ce n’est que le début des difficultés).

Bref, il est 16h, on arrive au sommet, on est crevées, nos jambes sont en cotons mais faut bien l’avouer, de là haut la vue est dingue. Hauts les cœurs.

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Into the wild. Kikou.

Notre refuge n’est plus qu’à deux kilomètres, la nuit commence à tomber mais on se dit que ça devrait aller. Sauf que…
(Et là, si c’était un thriller, tu entendrais une musique qui fait vraiment peur)
SAUF QUE au sommet de ces p**** de Monts Vallin, il y a de la neige en tabar**** et qu’ostie d’criss il y a pas moyen d’avancer sans s’enfoncer jusqu’à la taille.

Au début, c’est un peu marrant « hé regarde ma jambe s’enfonce dans la neige » au bout de 10 mètres, de 10 pas et donc de 10 chutes. Je rigole plus du tout.
Nous, les européens on peut pas imaginer autant de neige avant de l’avoir vu pour de bon. C’est pas une blague. Il y en a PARTOUT.  Des tonnes. Le hic, c’est que comme on est les premières touristes de la saison la neige n’est pas du tout tassée par les randonneurs et du coup le sol se dérobe sous nos pas. (Au sens propre)
Bref, il commence à faire noir pour de bon. Les forces viennent à manquer. On ne voit plus les balises du chemin. Toujours cette maudite neige qui nous fait tomber (et puis, la chute c’est rien, c’est se relever qui est compliqué, où que tu t’appuies tu t’enfonces à nouveau).

Et puis, voilà, il fait vraiment nuit. Je sens monter les larmes. Shit. J’ai pas envie de crever dans une forêt au milieu de nulle part transformée en bloc de glace. Ma colloc en bonne québecoise ouvre la voie, je suis à la traine. Je crie son nom, « attends moiiiiiiiiiii ». Bon, j’arrête de faire le bébé, je me reprends et me répète calme-toi-JehanneBergéne-et-surtout-ne-te-fais-pas-mal-parce-que-ça-ça-serait-vraiment-la-merde-de-chez-merde-vu-que-t’as-pas-de-téléphone-et-que-l’humain-le-plus-proche-est-à-15kilomètres-au-moins-alors-on-va-y-arriver-et-même-qu’on-va-bientôt-en-rigoler.
Une flèche indique notre refuge: 2km. Et merde, ça fait plus d’une heure qu’on marche dans le noir tu vas pas me dire qu’on a pas avancé d’un pouce. Bref. On s’énerve puis on se calme. Pendant encore trois heures à taton, mètre par mètre, on avance comme on peut. On suit les traces des animaux (pour éviter de tomber dans l’eau d’un lac gelé). On voit rien. On chante fort pour réchauffer nos cœurs. Je fais des blagues sur « ouf que j’ai mon passeport au moins on pourra identifier mon corps ».
Puis, finalement on arrive.  Huit heures de marche dans la neige à -24 degrés. A bout de forces. Le refuge. Enfin.  On ferme la porte. On fait partir le feu. On se fait un câlin et on rigole.

Je vais pas te mentir cette nuit là malgré le silence de la forêt et la fatigue dans tout le corps, j’ai pas pu dormir. Mon corps a tremblé de peur encore pendant de longues heures.

Le lendemain on a pris un autre chemin beaucoup plus facile. Quand on est arrivées en bas j’ai quand même demandé aux gardes forestier si il y avait souvent des morts il m’a répondu : « ouin, ça arrive ». Puis, il s’est marré. J’ai dit « mais c’est quand même dangereux ». Il a répondu « c’est difficile mais pas si dangereux ». J’étais pas vraiment d’accord.
Avec le wifi, j’ai appelé celui qui était alors à peu près comme ma moitié.
– « allo »
-« coucou »
-« ça va? »
-« oui, ça va mais hier, j’ai cru que j’allais mourir. Alors j’ai pensé fort à toi. Et ça m’a donné du courage »
-« mais enfin! T’es dingue ou quoi?! Tu m’énerves à être une tête brûlée »
-« oui, bhen je suis pas morte. Rho ça va. Je pensais que ça te ferait plaisir que j’ai pensé à toi »
-« oui bhen, j’préfère que tu prennes moins risques plutôt que tu penses à moi »
-« han. Tu m’énerves. Tu comprends rien. »
-« Toi aussi tu m’énerves. »
-« bisous »
-« bisous »

(Encore une fois, je crois que je suis vraiment en bonne voie pour le césar du meilleur dialogue)

Bref. On s’est pas compris. Ma colloc et moi, on est retournées à la civilisation. On a dormi. Puis, là vie a continué. Normal quoi.
J’ai raconté mon histoire plein de fois. Les québécois rigolaient un peu de moi. Les belges, ils faisaient des hoooo et des haaaaa mais je crois qu’en fait ils comprenaient pas.

Bref, voilà. C’était l’histoire de la randonnée de la muerte.

Bisou gelé.

ps: si tu veux tu peux liker la page https://m.facebook.com/unjourjetiendraiunblog (parce-que comme tu vois un jour je me suis dit que « un je tiendrai un blog » aurait une page facebook).

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