Petites confidences au lever du jour

Salut,

Il est 5h58 et j’avais envie de t’écrire. C’est le printemps. Il fait chaud. Il y a des fleurs. Les filles portent des jupes. Le soleil se couche tard et se lève tôt. On mange des nectarines et des tomates. Les terrasses sont remplies. Je fais des siestes dans les parcs. La peau devient dorée. J’aime bien.

Pourquoi je ne t’écris presque plus? Je ne sais pas. Je travaille, je vis parfois vite, je rêve plus silencieusement aussi sans doute.

Il y a quelques minutes, je suis sortie de mon sommeil, la lumière était belle, j’ai pensé à toi et voilà.

Tu vas bien? Moi, ça va. Tu sais que je vais bientôt avoir 30 ans? C’est marrant, non? La vie qui passe, les années tout ça. Je deviens une femme. Oui, le blog, une femme.

Plus sérieusement, ces derniers mois, c’était quand-même quelque chose.

D’abord la deuxième moitié de 2017 ne m’a pas épargnée. Le cœur et l’estomac serrés post-rupture, tu connais? Ce sentiment d’anéantissement absolu? J’avais oublié à quel point ça fait mal le fucking love perdu. Pendant la relation, t’es sur un nuage (tumultueux parfois certes mais un nuage quand-même) et puis d’un coup, t’es largué dans les airs. Tu crois voler légèrement et maîtriser totalement tes émotions et puis BOUM un beau matin tu réalises pour de bon et tu t’exploses la tête au sol. Et après, ça prend du temps. Beaucoup de temps. Faut se reconstruire. Petit morceau par petit morceau.

Cette année, j’ai beaucoup voyagé. Ce n’est pas une surprise mais j’adore ça. Vraiment. Avancer dans l’inconnu, c’est (pour l’instant) ce que je préfère au monde. Je veux partir. Beaucoup. Un maximum. Voir, sentir, découvrir.

Cette année, j’ai plongé dans le monde du bio. Pour le boulot et pour moi. J’ai testé des trucs, je tâtonne encore. Changer radicalement d’alimentation a changé ma vie. Depuis que je ne mange plus de merdes, c’est bien simple, je ne suis plus jamais malade. Voilà donc 4 mois, que je n’ai plus éternué (ce qui représente un record absolu pour mon corps si perméable en temps normal).

Cette année, pour la première fois, je me suis sentie célibataire. Pour du vrai, je veux dire. Sans un vieil ex qui trotte dans les parages à qui tu envoies des sms à 4h du mat’ après trop de verres de vin. L’horizon vide et clair. J’ai appris des trucs. Je joue et je découvre comme on dit. Parfois c’est marrant, parfois pas.

Cette année, j’ai réalisé que j’en avais sérieusement ras-le-cul du patriarcat, du harcèlement et du sexisme. Vraiment, je ne supporte plus. Les remarques plus de 10 fois par jour. Me sentir comme un animal sans défense. Avoir peur de sourire trop et de faire passer un visage ouvert pour des avances. Et puis, la rue et ces connards au quotidien. Vraiment, je suis arrivée à saturation.

Cette année, j’ai grandi et j’ai réalisé que mon pays avait une politique d’accueil à vomir. Avant, je lisais les infos. Et puis un jour, j’ai écouté les gens. J’ai imprimé des histoires dans mon cerveau. De mort, de passeurs, de bateaux, de poursuites, de peur, d’humiliation, de viols, d’espoir, de pensées agitées opaques à la douceur des rêves. Depuis, mon monde confortable et moelleux me semble un peu plus hostile et acide.

Cette année, je suis devenue plus calme, plus forte aussi je crois. Je ne pleure presque plus jamais. Je serre parfois les dents. Je lâche prise sur beaucoup de choses. Ce qui m’ennuie, je l’abandonne. La vie est courte (ah oui, ça aussi, je m’en suis souvenue). Trop courte pour se rendre dingue avec des attentes ou des suppositions.

Alors voilà, ces 365 derniers jours, il y a eu plein de hauts, quelques bas. Des adieux, des erreurs, des batailles, des victoires, des sensations nouvelles, des déceptions, des exigences, des résultats, des prises de conscience, de la beauté, des paysages et des tatouages.

C’était un bon gros sac à vider, pas vrai?

T’embrasse.

Petite mise à nu.
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Un lundi soir à la porte d’Ulysse

La porte d’Ulysse,19h, tout est calme. Les autres bénévoles me présentent les lieux, les chambres, la cuisine. Le soleil se couche. Le ciel est fou ce lundi soir au 1426 chaussée d’Haecht. 20h, on ouvre les portes. Ils arrivent. Très vite, ils s’installent. Certains ont leurs habitudes, leur étage préféré. Ils rassemblent les lits en groupe ou se créent des petits cocons intimes. Chacun essaye à sa façon de construire son nid. Un peu d’anglais, d’arabe, de français. On papote, on rit. Dans le stock, on vient chercher des vêtements, du savon, des mouchoirs. Pas de rasoirs aujourd’hui. Sorry sorry. Très vite, les 200 lits du centre sont remplis. Tout le monde va et vient dans une ambiance joyeuse. Pendant un instant, je me crois au beau milieu d’une colonie de vacances d’un nouveau genre. Pendant un instant seulement. Le temps de réaliser que ces 200 visages ont passé la journée dans le froid. Que ces 200 visages attendent désespérément des lendemains meilleurs. Que ces 200 visages ont tout quitté pour cette réalité. Que ces 200 visages ont vu des choses que mon esprit ne peut même pas imaginer. Que ces 200 visages sont traités comme des sous-hommes par les autorités de mon pays. J’oublie Bruxelles, j’oublie le quotidien. La vie est autre. 23h, chacun rejoint son lit. J’écoute l’histoire de ce jeune Libyen. Il sourit « my camp is your camp, welcome! ». On éteint les lumières. Une nouvelle nuit commence au centre Ulysse. Ulysse, l’exilé. Ulysse, le nostalgique. Ulysse et l’impossible retour.
Voilà, j’avais besoin d’écrire deux, trois mots.
(Et si vous voulez venir aider, n’hésitez pas à me contacter)

Bons Baisers de Buenos Aires

Coucou,

Je suis dans un joli jardin et j’avais envie d’écrire un peu. Voilà près d’un mois que je suis en Argentine, je rentre dans quelques jours en Belgique. Je me sens bien. C’est chouette.

J’avais besoin de prendre l’air, de voir d’autres horizons.

Ici, le soleil est haut, l’air est doux, le ciel est immense.

Les tomates sont juteuses, le vin enivrant, les empanadas un peu grasses.

Les gent ont le cœur ouvert, l’accent charmant et le sourire facile.

On se donne des rdv aux croisements de rues. On vit la nuit, on vit le jour.

Buenos Aires vibre.

On parle politique, celle du passé, celle d’aujourd’hui. Celle qu’on préfère oublier, celle qui donne de l’espoir ou celle qui fait lever les épaules, (c’est selon).

J’ai rencontré des gens extraordinaires. Des humains au regard avisé et curieux. J’ai essayé (et à l’heure qu’il est j’essaie encore) d’absorber toute ces énergies positives. Je veux les emporter avec moi.

J’ai dormi dans des parcs, j’ai goûté à la frénésie des jams de percussions, j’ai médité dans la nature, j’ai fait le chat au bord de piscines, j’ai scruté l’horizon depuis les berges du Rio de la Plata, j’ai traversé les quartiers de long en large, j’ai rien fait et j’ai aimé ça, j’ai laissé tomber ma tête de sommeil dans des bus, des taxis, des bateaux, j’ai observé le monde tourner, j’ai mangé des bbq de dingos, j’ai fumé des clopes au balcon en écoutant  la rumeur de la ville, j’ai eu des coups de cœur, j’ai souvent souri. Et d’autres trucs aussi.

Chaque jour, chaque instant apporte son lot de surprises, d’imprévus, de petits ou grands plaisirs.

Je suis contente. De tout.

Dans mon carnet, j’ai écrit des trucs.

Un jour, dans une petite église à Colonia, en Uruguay, il y a ça qui est sorti: « Avancer vers l’inconnu sans autre but que celui d’avancer. C’est probablement ce qui me procure le plus grand sentiment de liberté. Aussi, j’aime me sentir perdue, découvrir des moeurs, des odeurs, des sons. Et en quelques instants seulement, m’y habituer et les faire miens. L’étrange devient le familier. Ce sentiment est extrêmement fascinant. »

Alors voilà, tout ça pour dire que ce mois passé de l’autre hémisphère m’a convaincu plus que jamais, que voyager, lâcher prise et sortir de ma zone de confort est ce qui me fait le plus de bien au monde.

Bisou-bisou,

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Fuck les cercles vicieux

Salut,.

2018 a commencé. Tout va bien chez toi? De mon côté, je me tape déjà ma deuxième crève de l’année mais pour le reste ça va. Dehors, il pleut. J’enchaîne les films Netflix et les reportages sur Arte depuis 48h. Tandis que mes microbes se font la malle (lentement mais surement), j’ai décidé de profiter de ce repos forcé pour t’écrire quelques mots.

Un automne de merde

Comme tu l’as peut-être compris dans mes précédentes confessions 2.0, j’ai vécu l’automne 2017 non sans quelques difficultés et questionnements intimes. Jusqu’il y a quelques semaines encore, je pleurais presque quotidiennement à chaudes larmes la tête posée sur l’oreiller sans être capable de voir clair dans mes pensées. Je me sentais enfermée je crois. Coincée dans une existence trop organisée et sans surprise.

Et puis, hop

Fin 2017, le visage marqué par des cernes affreuses, j’ai décidé de prendre ma vie en mains et d’arrêter de vider un paquet de kleenex en chnottes de chagrin tous les jours.

Je suis retournée voir mon psy, mon pédopsychiatre pour être précise. Je le connais depuis plus de 15 ans. « Il me suit » comme on dit dans le jargon (ou est-ce le contraire?). Il a en fait été chargé  par le juge de la jeunesse de faire une expertise de notre famille de foufou dans le cadre du procès entre mon père et ma mère pour ma garde. Le contact est bien passé, et depuis toutes ces années, je viens le voir à intervalles irréguliers. Bref, si je te balance ici, toutes ces informations très intimes c’est pour que tu comprennes un peu que ce médecin-là, il me connait bien. Genre vraiment bien. Et le (non)cadre familial aussi. Du coup, c’est facile, je dois pas y aller par 1000 chemins. Je m’assied dans son bureau feutré, je lui raconte en deux mots mes maux et il écoute en caressant son chat.

Tout ça nous ramène donc à fin décembre. Après 45 minutes de blabla entrecoupés de pleurs et de blancs, la séance s’est terminée. Avant de me serrer la main et de me laisser repartir dans le vrai monde, voilà ce qu’il m’a dit: « Et si, vous ne vous concentriez que sur ce qui VOUS fait du bien? »

Alors, ça peut paraître aller de soi mais ces quelques mots m’ont mis une extra couche de baume au cœur. Ils ont transformé mes nœuds affreux en blocs d’informations. J’emploie des métaphores pourries, pardon. Mais disons qu’avant je m’imaginais dépassée par un paquet de pelotes de problèmes emmêlées dans une toile infinie et après, plutôt comme un personne normale avec plein de caisses plus ou moins en désordre contenant des dossiers à traiter les uns après les autres. Tu comprends le machin que j’essaye d’exprimer maladroitement ici?

Depuis ce jour là, je n’ai plus pleuré. (Ce n’est pas il y a si longtemps, tu me diras mais quand même).

Revenir en Belgique, ce n’était pas simple. S’ancrer dans le réel ce n’est pas évident. Imaginer un futur que je ne connais pas encore, c’est enivrant.

Voilà, un peu le topo.

Je t’ai écrit tout ça, pas seulement parce que j’ai un côté égocentrique et exhibitionniste 2.0, mais parce que je crois que c’est possible que toi aussi, tu sois parfois coincé.e dans un monde intérieur compliqué.

Et que de temps en temps, regarder l’horizon sans se voiler la face, ça fait du bien. Croire en d’autres perspectives, se donner la chance d’être libre. Tout ça.

Voilà, fuck les cercles vicieux. A un moment, on coupe le fil et on s’envole.

J’arrête là, je deviens définitivement culcul.

La bise.

ps: je pars un mois à Buenos Aires dans quelques jours, je suis contente.

Petits murmures du soir

Salut,

Tu m’as manqué. Oui, toi qui lis ceci tout. seul.e derrière ton écran d’ordi,tu m’as manqué, vraiment. J’espère que tu vas bien, de un. Et de deux, j’espère que tu es heureux.se.

De mon côté, la vie file sans que je n’ai le temps d’en apprécier toute la saveur. Je me sens un peu frustrée par ce flot continu d’infos, de trucs à terminer, de mails à envoyer.

J’ai besoin d’une petite pause, de douceur et de lumière.

Voilà un peu le topo.

Je me pose beaucoup de questions aussi. Sur moi, sur l’amour, sur les gens qui me font du bien. Sur cette sensibilité parfois assez handicapante qui peut me faire sombrer d’une seconde à l’autre, tout comme cette faculté à oublier les ennuis et à rire à gorge déployée en un instant.

Quand je repense au Liban, à ma vie d’avant, je m’imagine en chat qui s’étire au soleil. Mon quotidien malgré toutes les difficultés et contradictions de ce pays y était plus léger et plus simple.

Je ne sais pas très bien pourquoi, mais je ne peux me remémorer cette période sans sentir les larmes couler et mon nez se boucher.

J’ai beau vouloir jouer les dures, définitivement, je dois me contenter de ma condition… Je suis un flan sucré qui a besoin qu’on l’aime plus que tout.

Parce que oui, au fait, outre le changement de pays (et donc de climat), j’ai aussi perdu mon mec, mon ami, mon confident.

Et parfois, c’est pas simple-simple.

C’est même difficile, disons les choses franchement.

Alors oui, je sais que ça va passer et que tout passe. Mais pour l’instant, c’est pas évident.

Ce qui est terrible là-dedans, c’est de réaliser mon incapacité absolue à profiter du moment présent. Je suis une éternelle nostalgique et ne suis capable que de me répéter que « c’était mieux avant ».

Je dois changer ça, bien-sûr. Parce que réaliser que les choses / les gens ont de la valeur au moment où tu les perds, c’est pas ce qu’il y a de plus efficace.

Force est de constater que je suis beaucoup moins solide que je ne le pensais. Après, voilà, c’est comme ça.

Tout ça me permet d’avoir au moins une certitude: je veux redevenir un chat quelque part sous le soleil d’un pays ou l’autre.

D’ici là, je continuerai ma vie de flan sucré déguisé en ninja. Je trébucherai encore, je rirai beaucoup et je me forcerai à rêver à demain sans oublier l’hier.

BisouBisou.

(Et pardon, pour la mélancolie mais je suis certaine que tu comprendras)

 

flan

Ceux qui…

Ceux qui chient dans la rue,

Ceux qui font les poubelles,

Ceux qui dorment sous un banc,

Ceux qui ne fument que des mégots de clopes,

Ceux qui ne craignent plus rien parce qu’après tout, ça ou le reste,

Ceux qui baissent les yeux puisque le monde à l’horizontal ne leur appartient plus,

Ceux qui cachent leur couverture dans un buisson pour ne pas se la faire voler,

Ceux qui courent les rues toute la journée à force de ne pas savoir où aller,

Ceux qui n’ont aucun droit que celui de dégager,

Ceux qui se font violer,

Ceux qui espèrent,

Ceux qui meurent,

Et ceux qui préfèrent regarder ailleurs.

Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas

« Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas », voilà un long titre un peu chiant de meuf semi déprimée qui se la joue romantique. Aujourd’hui, vers 20h38, tout d’un coup, j’ai réalisé, j’ai compris. La réalité m’est tombée dessus comme une enclume: je vis en Belgique, on est en automne et je vais en chier pendant les quatre prochains mois.

Alors oui, je parle beaucoup du ciel. Pardon, c’est mon obsession. Chacun ses lubies, la mienne est (encore) plus ou moins raisonnable, elle ne tue personne, c’est déjà ça.

Bref, à 20h38, aujourd’hui, dans une rue de Schaerbeek, j’ai eu froid. L’air cru s’est infiltré sous ma veste. J’ai eu envie de pleurer (et de prendre un bain chaud).

Pleurer pour un courant d’air? Oui, et pour tout le reste aussi.

Pour cette existence qui passe sans que je ne comprenne rien. Pour ces bulles de vies qui m’échappent. Pour cette beauté que je n’arrive pas à apprécier.

Voilà trois ans que je n’ai pas vécu la saison des feuilles mortes dans mon plat pays. Trois ans, c’est long quand-même, non?

Tant de visages, de sensations, de souvenirs. Des vies d’ailleurs. Et ce sentiment de schizophrénie permanent.

J’avance comme un petit soldat, sur tous les fronts. Je suis plutôt fière de moi. Et puis parfois patatra, je dégringole. Les vieux démons me rattrapent. Les cauchemars retrouvent leur place bien moelleuse dans mes nuits agitées.

L’automne, les gens qui toussent et la lune qui se pointe trop tôt.

La légèreté de l’été a disparu.

Bonsoir l’automne bien que je ne t’aime pas.

Voilà,